Construire une famille solide et soudée dont les membres sont capables de rester ensemble dans la durée est devenu un véritable défi dans nos sociétés contemporaines. Pour les parents il s’agit de tisser des liens conjugaux afin de bâtir un avenir pour leur(s) enfant(s), baliser les difficultés de la vie de tous les jours, faire face aux conflits interrelationnels et se charger des problématiques et des coups durs de l’existence.


Le projet de construire une famille et de tenir le cap est un challenge des temps modernes qui demande une énergie considérable et qui se heurte à de nombreux écueils à différents niveaux.


On constate une recrudescence des divorces dans les pays développés. Il s’en suit des désarrois qui contaminent la structure familiale et perturbe le fonctionnement psychologique des enfants. Chaque situation de divorce a ses spécificités, néanmoins, le divorce implique toujours des conséquences à la fois chez l’homme et la femme qui se séparent, mais également et surtout chez l’enfant qui est directement impacté par la rupture.


Selon les cas, les conséquences varient en intensité et connaissent des développements très variables. Le monde médico-social est de plus en plus préoccupé par ce phénomène. En effet, les effets délétères d’un divorce sont source de souffrance pouvant entraîner un dérèglement dans l’équilibre psychique.


Deux personnes qui ont vécu ensemble et qui se séparent induisent de façon explicite et/ou implicite des réactions émotionnelles qui ne sont pas toujours faciles à contrôler. On peut observer chez les parents une série de réactions plus ou moins impulsives, souvent irrationnelles, parfois désordonnées qui peuvent induire des conséquences difficilement prévisibles ou réversibles. Selon les circonstances, la séparation ou le divorce coïncide avec un moment de rupture et de crise pour le couple, très impliquant pour chacun des protagonistes et provoquant un véritable choc psychologique analogue à un séisme existentiel.


Dans l’impact psychologique de la séparation, la communication entre les parents devient souvent difficile, voire impossible, les incompatibilités d’humeur sont fréquentes, la relation atteint un point de non-retour, l’échec de la conjugalité télescope l’exercice de la parentalité, de nombreux clivages s’installent, d’anciens conflits refont surface, chacun essayant d’avoir raison sur l’autre et les ressentiments l’emportent souvent sur la raison.


Il devient difficile, voire impossible, d’évoquer et de parler des bons moments passés ensemble, car la mauvaise image de l’autre fait ressortir des ressentiments qui envahissent l’esprit et rendent impossible tout échange serein. L’échec de la relation fait renaître d’anciens conflits, avec son lot de souffrances et d’angoisse. Le couple a pourtant fonctionné, chacun a connu de bons moments, par engagement, l’un et l’autre ont concrétisé un projet de vie commune, une famille s’est construite, un ou plusieurs enfants sont nés, ils ont connu des moments de joie et de bonheur. De cette responsabilité partagée à la rupture consommée, chacun y reflète ses manques, ses frustrations, ses contradictions, son ambivalence et sa souffrance, cherchant la faute chez l’autre parent ou reportant la culpabilité sur l’autre en s’abstenant de se remettre en question.


Lorsque la décision de se séparer est prise, il semble difficile de faire marche arrière. L’un des parents prend conscience que l’autre prend la voix de la séparation, qu’il est sur le chemin du renoncement, qu’il va quitter le lieu de vie commune et qu’il n’est plus possible d’arrêter le processus. Dans de nombreux cas, la rupture est inéluctable et la cessation de la vie commune devient concrète.


Dès lors, plusieurs options s’offrent à l’enfant. Suivant le choix du modèle d’hébergement, il peut être amené à changer de lieu de résidence. Un changement résidentiel peut avoir autant d’impact, sinon plus encore, que la séparation initiale de ses parents. La plupart des enfants sont confiés à la mère qui conserve l’hébergement principal. L’enfant reste donc domicilié au même endroit, il continue à se rendre à la même école, fréquente les mêmes camarades et conserve ses habitudes existentielles. La séparation ne change pas trop son contexte de vie, même si un de ses deux parents a quitté le domicile commun. Un déséquilibre dans la fréquence des relations personnelles s’ajoute à cette situation inhabituelle. Lorsque l’enfant s’éloigne de son lieu de vie habituelle, il doit aussi s’adapter à un nouveau cadre de vie et nouer de nouvelles relations. À partir du moment où l’enfant exprime le désir de maintenir une relation équitable avec ses deux parents, le modèle d’hébergement alterné apparaît comme la moins mauvaise des solutions, à condition que les deux parents élaborent un accord fiable dans le temps et la réalité.


Si l’enfant devait faire un choix plus personnel, il ferait en sorte que ses parents se réconcilient et reconstituent un couple parental idéal et sans disputes. Longtemps après la séparation de ses parents, l’enfant s’autorise à rêver de maturité, l’enfant peut répondre qu’il se sent mieux depuis la séparation, que la situation est meilleure depuis que ses parents ne se disputent plus. La plupart des enfants révèlent qu’ils auraient préféré que leurs parents réussissent à ne plus se disputer sans pour autant se séparer. Toutefois, l’enfant imagine et parfois souhaite vivement un règlement à l’amiable des différends qui opposaient ses parents. Par certaines attitudes, ils cherchent aussi à réparer ses blessures et à retrouver les moments de joie d’une famille unie autour d’un même projet de vie commune.


Lorsque la séparation parentale devient effective, il est important que l’enfant comprenne la situation et qu’il bénéficie d’informations pertinentes et honnêtes. Il a besoin d’être informé à propos des circonstances dans lesquelles il évolue afin d’avoir une meilleure appréhension de la réalité. En aucun cas, il ne doit apprendre cet état de fait par surprise ou par lui-même. L’idéal serait que les deux parents lui expliquent calmement et à un moment choisi qu’ils vont se séparer quelques jours, voire quelques heures avant que l’enfant ne le constate dans les faits et commence à se poser des questions. Lorsque l’enfant est très jeune, l’annonce de la séparation devrait se dérouler peu de temps avant le jour effectif du départ de l’un des parents. Selon les circonstances, l’enfant peut réagir de manière différente. Dans la réalité, l’enfant peut exprimer son désarroi, sa tristesse, refuser la situation, éprouver un sentiment de colère ou de révolte, voire d’incompréhension, ou souffrir en silence.


Dans ce contexte, l’enfant a besoin d’être préparé et soutenu. Il a besoin d’entendre des explications qui justifient la décision. Chaque cas de séparation est singulier et il n’existe pas de remède miracle qu’il suffirait d’appliquer à la lettre. Quelques conseils sont néanmoins utiles :


• préparer l’enfant quelques jours à l’avance, lui expliciter les motifs de la séparation en fonction de sa maturité et de son âge ;


• éviter si possible un déménagement de quartier ou un changement d’école ou d’amis ;


• maintenir les liens et les visites aux grands-parents maternels et paternels, et dans la famille élargie des deux côtés ;


• dialoguer avec l’enfant seul à seul ;


• être à l’écoute de ses questions et observer ses réactions (verbale et non verbale) ;


• rassurer l’enfant en terme d’affection et d’amour ;


• éviter d’évoquer avec l’enfant les conflits d’adultes ;


• laisser l’enfant vivre sa vie d’enfant ;


• inciter l’enfant à maintenir des contacts réguliers avec l’autre parent, l’autoriser à passer et à recevoir des appels téléphoniques ;


• entretenir et maintenir des règles précises et cohérentes ;


• en fonction des difficultés rencontrées, demander des conseils à un spécialiste ;


• maintenir un esprit de coparentalité, etc.


La coparentalité est essentielle au bon fonctionnement des relations de l’enfant avec chacun de ses parents. La manière dont il gère la situation et coopère dans l’actualisation de leurs rôles parentaux respectifs auprès de l’enfant définit la qualité de la coparentalité. L’entente dans le partage des responsabilités, les fonctions de chaque parent, la communication des informations quotidiennes concernant l’enfant, apporte un soutien considérable. Il existe une charte de coparentalité qui reprend les principes fondamentaux de cette réorganisation entre parents. Il s’agit d’éviter que l’enfant ne devienne l’enjeu d’un conflit où l’otage d’un des parents contre l’autre. L’enfant a besoin de retrouver ses marques et de s’adapter à de nouvelles habitudes dans la manière dont il envisage ses relations avec chacun de ses parents. Lorsqu’il est pris par un conflit, il devient alors incapable de gérer la situation et utilise ses propres compétences à d’autres fins, accentuant sa souffrance et réduisant à néant ses possibilités d’adaptation.


Les réactions de l’enfant varieront en fonction de son âge et du stade de développement auquel il se trouve. De manière générale, les enfants subissent les situations que leur imposent les adultes. S’ils subissent la décision de séparation, ils n’en comprennent pas toujours le sens et cherchent plutôt à réconcilier leurs parents. Les enfants ressentent beaucoup de tristesse et de la culpabilité. Ils éprouvent des sentiments ambivalents et contrastés qui leur font vivre des moments difficiles, voire douloureux. Les conflits de loyauté ne sont pas rares.


Lorsque l’enfant a moins de 5 ans, il éprouve une grande tristesse et a peur d’être abandonné. Il peut entrer dans une régression et recommencer à sucer son pouce. Il se culpabilise, pleure fréquemment, perd le sommeil et l’appétit. Il peut être pris d’accès de colère et d’agressivité.


De 5 à 7, l’enfant éprouve de la tristesse face à la séparation. Il a peur de l’abandon et de la perte d’amour. Il a tendance à vouloir remplacer le parent qui est parti par sentiment de loyauté. Il espère une réconciliation. À l’école, il éprouvera de la difficulté à se concentrer et d’accomplir certains travaux scolaires. Ses comportements sociaux à l’école ou avec ses amis peuvent changer subitement. Il est envahi par la nostalgie.


De 8 à 12 ans, la tristesse est toujours présente et une anxiété dépressive se manifeste, l’enfant se dévalorise et ressent un sentiment de honte ou de gêne face à la séparation. Il peut s’en prendre au(x) parent(s) responsable(s) par des accès de colère, mais également au parent qui a pris l’initiative de la séparation. Pour masquer son chagrin il a tendance à la négation ou à la minimalisation. Il peut prendre de faux airs d’assurance et de calme, être triste, mais ne rien laisser paraître. On constate une augmentation des symptômes somatiques comme les maux de ventre, les maux de tête, les douleurs musculaires. La confiance en soi vacille, car un sentiment de culpabilité prend la place. On observe également un repli sur soi avec refus de participer aux activités habituelles, sportives ou culturelles.


L’enfant de 13 à 17 ans peut entrer dans une profonde tristesse qu’il n’est pas toujours à même d’exprimer. Il vit une angoisse dépressive et entre fréquemment en colère contre les deux parents ou contre l’un en particulier. Il vit un sentiment intérieur de déchirement consécutif au conflit des parents. Il éprouve de l’embarras face au comportement immature de l’un ou des parents. Il rejette les solutions proposées comme la résidence alternée. Il rejette l’autorité et refuse de suivre les recommandations lorsque l’un de ses parents refait sa vie avec un nouveau conjoint.



Fin.

Sous réserve de rajout ou de modification.



BLOG

Enfance, adolescence et divorce

Publié par Pascal Patry

BLOG