L’enfant dans l’histoire

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La place donnée à l'enfant est liée à des attentes très différentes selon les personnes et les cultures.

La nature démographique, la capacité à planifier les grossesses et les naissances, l'enfant vu comme simple force de travail (aux champs par exemple), le statut même du sexe d'un enfant (sexe féminin déprécié dans certaines cultures), la volonté politique de restreindre les naissances (infanticides des filles pour ne garder que les garçons), la crainte de ne pas pouvoir tous les nourrir ou leur donner du travail vont induire des comportements très différents voire opposés dans les différentes sociétés selon les lieux et le temps.


Historiquement, la mortalité infantile était tellement forte que la place de l'enfant en dépendait étroitement. La mortalité ne devait régresser véritablement qu'au milieu du XVIIIe siècle après la fin des grandes épidémies de peste ou de choléra et des grandes famines. Au XVIIIe siècle, alors que l'espérance de vie s'allonge, la fécondité diminue et ce jusqu'au milieu XXe siècle.


Devant l'impossibilité de vaincre les épidémies, les maladies virales ou la malnutrition, l'enfant était en même temps l'objet de soins et de tendresse ou de plaisir à jouer ensemble et l'objet d'un non-investissement pour éviter la souffrance liée à une mort prématurée très probable. Ces décès affectaient tout autant les familles qu'aujourd'hui comme l'attestent les documents qui relatent la mort d'un enfant en traduisant la souffrance que les adultes vivaient face à ce fait inacceptable. La pauvreté globale était telle qu'un grand nombre d'enfants non attendus étaient souvent abandonnés. Même si l'abandon a toujours été très réprouvé et parfois puni, le nombre des enfants était tellement important qu'après la création de l'hôpital des Enfants trouvés par Saint Vincent-de-Paul (1 638), de nombreuses institutions ont été créées en vue de réduire la mortalité de ces enfants laissés à eux-mêmes. Les infanticides sont « de pratique populaire » dit un rapport officiel lyonnais en 1 828 et son importance quantitative semble attestée par les témoignages des confesseurs.


Tout aussi réprimé était l'avortement qui venait compléter les procédés de régulation naturelle et touchait tous les milieux sociaux, même s'il concernait plutôt les milieux défavorisés. On parlait fin 1 800 de plusieurs centaines de milliers d'avortements par an (enquête hospitalière) qui entraînaient aussi de nombreux décès de mères du fait des techniques utilisées très rudimentaires (potions toxiques, techniques de percement de la poche des eaux par aiguille à tricoter).


Vers la fin du XIXe siècle, du fait d'une diminution des risques vitaux et sous la férule de l'église et de pédagogues, l'enfant apparaît comme un « adulte en réduction » il est alors nécessaire de lui apprendre les lois religieuses ou sociales et de rejeter les badineries d'enfants. L'enfant doit sortir du monde des adultes dans lequel il était mêlé pour pouvoir recevoir et parfois subir cette formation coûte que coûte. La scolarisation est vécue comme un passage obligé pour que l'enfant puisse naître à l'étape adulte il a fallu attendre 1 874 pour que les lois sur la réglementation du travail des enfants commencent à être respectées. Auparavant l'enfant travaillait aux champs ou à l'usine jusqu'à 14 heures par jour. Et il faut attendre 1 882 pour qu'une loi institue l'école obligatoire jusqu'à 13 ans (Jules Ferry).


Les progrès du XXe siècle ont permis de penser l'enfant autrement. La valeur symbolique de l'enfant qu'on attend, tel l'enfant unique, attendu, prévu et conçu selon la volonté des parents et qui de surcroît fait naître les adultes à une nouvelle identité de parentalité sera bien différente de celle qui correspondait à la venue de l'enfant donné par Dieu. Le droit à l'enfant devient de plus en plus fort dans notre société. Il revient d'ailleurs à la société de donner à tous cette possibilité notamment par le développement de toutes les procédures de procréation ou de conception médicalement assistée. Cela amène doucement à la notion d'un enfant parfait, idéal, dont le corollaire est la demande consciente ou non d'éviction de toutes personnes avec handicaps hors de cette société utopique, alors que dans le même temps les droits de l'enfant sont déclarés droits universels (déclaration des droits de l'enfant, ONU, 1 959) pour rappeler formellement que ce sujet possède les mêmes droits que tout adulte.


Ces éléments soulignent l'ambivalence de l'adulte face à l'enfant notamment quand le discours souligne le désir de singularité avec principe d'autodétermination pour chacun et la réalité où on refuse de plus en plus la différence (refus du handicap, émergence des bienfaits du clonage).


De quel enfant les adultes parlent-ils ? Quelle place lui accordent-ils ? Au moment où l'enfant devient un sujet à part entière, et parfois même dès la conception, puisque l'on parle alors d'un « être humain en devenir », on ne lui reconnaît cependant pas le droit à la différence, notamment par le refus du moindre handicap ou par un système scolaire défaillant. Situation ambivalente : d'un côté on souligne l'importance de permettre à un enfant adopté l’accès à ses origines, de l'autre on choisit l'anonymat des « origines » aux enfants nés par procréation médicalement assistée avec donneur et on débat de la possibilité d'adopter des enfants dans des contextes très différents du lien généalogique !