« L’histoire » de toute personne qui consulte

“La volonté permet de grimper sur les cimes ; sans volonté on reste au pied de la montagne.”

La connaissance de l’histoire personnelle d’une personne constitue la base de toute thérapie digne de ce nom.


Lorsqu’une personne a tendance à réprimer son agressivité, que telle autre personne lutte à perte dans un combat sans fin, que telle autre encore est assaillie d’angoisse ou sombre dans la dépression, ce n’est pas le fait d’un hasard orchestré par des molécules.


On ne peut comprendre une personne et ses réactions que si l’on connaît son histoire. L’histoire passée d’une personne doit servir à éclairer ce qui se passe dans le présent. C’est d’ailleurs en revisitant son passé en thérapie qu’une personne arrive à mieux comprendre son présent. Lorsque l’on ne sait pas d’où l’on vient, on ne sait pas non plus où l’on va.


Digression : C’est pourquoi c’est une bénédiction que de pouvoir lire et comprendre son thème astral. « Je viens du ciel et les étoiles entre elles ne parlent que de toi » - Francis Cabrel ou encore « L’Homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux » - Blaise Pascal.


La plupart des désordres psychologiques sont la conséquence d’un déterminisme constitutionnelle et développementale. Le déterminisme constitutionnel inclut le déterminisme phylogénétique et ontogénétique [1], c’est-à-dire le terrain sur lequel va s’édifier « la maison ». Le déterminisme développemental concerne toutes les années au cours desquelles celle-ci se construit.


On comprendra dès lors que l’enfance et surtout les premières années de la vie occupent une place déterminante. C’est le temps de l’élévation progressive d’un édifice avec ses fondations, son gros œuvre.


Avec le temps, des réaménagements successifs parachèveront les finitions. Des transformations du cours de la vie pourront alors intervenir, mais elles ne remodèleront pas fondamentalement la structure.


On peut considérer la structure comme une forme brute à la fin de l’enfance et qu’au début de l’âge adulte cette structure devient définitive. Cependant, cet aspect définitif pourrait être réaménagé plus tard au fil des événements de vie : les succès, les échecs, les expériences diverses et variées, les déboires, les traumatismes de vie, etc — Des réaménagements sont également possibles en cours de thérapie.


Il existe donc un déterminisme dans le développement de l’enfant qui dépend des expériences successives qu’il va vivre en interaction avec ses parents, sa famille [A]. De la conception et durant les premières années de la vie, l’enfant va, en interaction avec son entourage et en fonction des diverses contingences rencontrées, se former une image de lui-même, une personnalité avec tout ce que cette personnalité comporte de systèmes défensifs qui lui sont propres.


En fonction de sa psyché de naissance, qui pour l’astrologue est symbolisée par le thème astral, dans ce déterminisme de départ donc, l’enfant va au milieu de ses parents, de sa fratrie, de sa famille, de son milieu social, par le biais d’interactions complexes au centre desquelles règne le fonctionnement inconscient de chacun, se forger un « je ».



[A] « L'astrologie psychologique envisage tout cela d'une manière légèrement différente. Au lieu de vous considérer à la naissance comme une simple page blanche et de croire que ce que l'on vous a fait dans votre enfance est à l'origine de vos opinions sur la vie et sur vous-même, l'astrologie psychologique estime que vous possédez déjà à la naissance une prédisposition innée qui s'attend à voir se produire certaines choses. Plus que le conditionnement de l'enfance, c'est votre propre nature intérieure, telle qu'elle apparaît dans les configurations de votre thème de naissance, qui vous prédispose à percevoir l'expérience d'une certaine manière. Au cours de votre enfance, certaines attentes archétypiques innées vont structurer ce que vous filtrez de votre expérience ».


Howard Sasportas - Le développement de la personnalité



Mais, quels que soient le contexte, les événements et le fonctionnement de chacun, les étapes du développement sont chronologiquement identiques chez toutes les personnes. La construction du psychisme, comme celles du corps, passe par des étapes successives incontournables communes à tous les individus.


Lorsqu’il vient au monde, le bébé ne ressent que de l’excitation, excitation indifférenciée et non spécifique. Selon son état physiologique et perceptif, son état de satisfaction ou d’insatisfaction, le bébé aura une valence [2] tantôt positive, c’est-à-dire hédonique, soit négative, c’est-à-dire désagréable. On verra alors se produire alternativement des phases d’agitation ou de détresse et des phases d’apaisement ou de plaisir.


Peu à peu vont apparaître au cours de la première année de vie les émotions de base telles que la surprise, le dégoût, la joie, la colère, la peur ou la tristesse. Ces émotions qui s’expriment sont bien évidemment destinées à l’attention de la mère, c’est à elle de les interpréter et d’y répondre. Cette tâche est une des plus importantes et des plus complexes pour une jeune mère.


Peu à peu, vont apparaître, chez l’enfant qui grandit, des sentiments. Ces sentiments proviennent de ce que la mère réprime parfois le comportement de son enfant, de la médiation qu’elle entretient avec lui par la parole, des états affectifs composites qui se développent, le tout conduisant à l’élaboration et à la transmutation des émotions en sentiments.


Petit à petit et progressivement vers le huitième mois, l’enfant va construire ses propres représentations. En témoigne, l’angoisse qu’il peut ressentir devant une personne étrangère. Son cerveau est encore en cours de maturation et cette maturation ne sera atteinte que vers l’âge de 12 ans. Pendant les 10 premières années de la vie, le développement cérébral présente un type spécial de plasticité fonctionnelle et une potentialité particulière pour la formation à long terme de l’organisation cérébrale, et donc de la structure et du fonctionnement psychique et des comportements. Au-delà, le cerveau conserve encore un certain degré de plasticité tout au long de la vie. Même si vers l’âge de quatre ans, tous les neurones ont leur taille définitive, leur maturation n’est cependant pas terminée.


La myélinisation des fibres du cortex continue de se former de 4 à 10 ans. Les étapes du développement neuronal commencent par la multiplication cellulaire, puis par l’organisation cellulaire, l’organisation fibrillaire et enfin par l’organisation des synapses. Cette organisation synaptique subira des remaniements régressifs ou évolutifs en fonction des zones du cerveau qui seront plus ou moins sollicités. En effet, l’activité d’un être humain et ses intérêts se répercutent sur la constitution physiologique de son cerveau.


La façon dont les synapses sont distribuées et s’organisent, détermine la structure des réseaux neuronaux et la création des systèmes fonctionnels qui sont la base neurologique des comportements, des modes de pensée et de ressentir.


Toute vie humaine qui va se construire commence au moment de sa conception dans l’imaginaire parental, c’est-à-dire bien avant sa conception au sens physiologique du terme.


Avant de naître, l’enfant est source de représentation, d’attente, de projet. Désire-t-on une fille ? Un garçon ? Un enfant qui ressemblera ou ne ressemblera pas au père ou à la mère ? L’enfant attendu vient-il combler un vide ? Souder un lien ? Prolonger ou réparer une part de soi-même ? Pour effacer le deuil d’un enfant précédemment perdu ?


Autant de représentations parentales conscientes, mais le plus souvent inconscientes, qui persisteront après la naissance, d’autant plus nocive parfois pour l’enfant à venir, qu’elles seront déniées. Ainsi, se conditionnera dès le départ une part du devenir de l’enfant et par là même du futur adulte.


À la naissance, les parents relieront avec plus ou moins d’aisance ces représentations avec celles que leur suscite le nouveau-né. Les images antérieures n’en disparaîtront pas pour autant : une part deviendra inconsciente, l’autre par ceux réorganisera. Ce phénomène et ses potentielles conséquences pathogènes concerneront entre autres l’identité sexuelle de l’enfant.


Le choix du prénom d’un enfant n’est pas une chose hasardeuse. Là aussi il est déterminé par l’imaginaire des parents, imaginaire construit à partir de personnages réels ou fictifs qui jalonnent ou ont jalonné leur existence : héros de roman, artiste en vogue, parents, grands-parents ou amis disparus, amours perdus, personnage idéalisé, etc. lorsque l’imaginaire personnel fait défaut, surgissent alors des épidémies de prénoms ou, à l’opposé, le prénom d’exception, témoin d’un besoin narcissique de démarcation, ou encore, heureusement de manière plus rare, le prénom qui, adossé au patronyme, constituera un jeu de mots.


Le choix du prénom détermine de toute façon une proto-identité de l’enfant attendu et constitue de ce fait un des matériaux primitifs de la construction de sa personnalité. Le patronyme a une place centrale dans le déterminisme de l’identité de l’enfant.


La période qui suit la naissance est appelée la période primaire. Sa durée ne peut être définie avec précision, elle correspond globalement aux deux premiers mois au cours desquels se constitue la matrice des premières interactions. Ces interactions constituent parfois un prolongement de la relation intersubjective vive primitive. Dans d’autres cas, de nouveaux facteurs liés au contexte de la naissance, à l’arrivée du bébé, à des facteurs contingents, viennent changer complètement la donne. Dans tous les cas, la mise en place des interactions entre le bébé et la mère est faite de tâtonnements, d’interrogations, d’essais, voire d’échecs, de surprises et de remaniements. C’est une période cruciale pour le développement ultérieur de l’enfant et du futur adulte. De nombreuses pathologies, psychiques, comportementales, somatiques, trouvent leur origine première dans des problématiques et des achoppements survenus lors de cette période.


Les problématiques et les achoppements peuvent être multiples et sont souvent intriqués : représentations inconscientes parasitant la relation, souvent induites par la réactivation de conflits internes, de réaction paradoxale du nouveau-né, de difficulté à investir l’enfant, de surinvestissement anxieux et d’une ambivalence dans laquelle captivité et rejet inconscient cohabitent.


Sans parler de facteurs contingents extérieurs qui jouent un rôle majeur comme les traumatismes obstétricaux, les césariennes, les enfants prématurés, les séparations au cours de la grossesse, les maladies, les hospitalisations, les paroles et les interventions médicales inadaptées, les divers traitements en cours et les événements traumatiques familiaux ou conjugaux.


En réponse à l’angoisse et à la détresse, à la dépression ou aux difficultés ainsi induites chez la mère par les circonstances de vie, le nouveau-né réagit le plus souvent comme il peut : il pleure de façon continue, il fait des crises de rage, il a des réactions de rejet envers sa mère, etc. En retour, l’angoisse, la déception et le désarroi s’accentueront chez la mère faisant entrer la relation mère enfant dans un cercle vicieux.


L’absence de symptômes bruyants chez l’enfant ne doit pas pour autant faire considérer qu’il ne se passe rien. Quelques mois suffisent pour influencer son développement psychique et une aide thérapeutique rapide pour la mère permettra d’atténuer ou d’éviter les éventuelles séquelles.


Les désordres de l’excitation chez le nourrisson n’ont pas d’autre issue que de s’exprimer dans son corps. On voit ainsi apparaître des désordres alimentaires et digestifs (régurgitations, vomissements, reflux gastro-œsophagien, coliques, anorexie), mais également des pathologies cutanées qui se manifestent essentiellement par de l’eczéma, enfin des troubles du sommeil sont à craindre lorsque les circonstances de vie deviennent difficiles. Combien de troubles pourraient être ainsi évités par des séances thérapeutiques de la mère ?


Au cours de la première année, la zone orale et la peau constituent les zones érogènes principales. La zone orale doit être considérée de manière extensive : préhension par la bouche et les lèvres, succion, gustation, morsures, déglutition, émission de son, inspiration et expiration de l’air. Le plaisir de l’oralité se fonde sur un besoin physiologique déterminé par l’instinct des nécessités alimentaires. Le réflexe de succion apparaît dès les premières heures de la vie. La satisfaction du besoin répond aux exigences vitales, mais a aussi une valeur hédonique par le soulagement de la tension, le bien-être, le plaisir qu’elle induit.


Concernant la complexité de la peau et les enjeux qui se posent sur la psychologie de l’enfant, je ne peux que conseiller l’admirable livre de Ashley Montagu : La Peau et le Toucher.




[1]


Ontogenèse, nom féminin


BIOLOGIE : Développement de l’individu du moment où l’œuf est fécondé jusqu’à l’âge adulte. Ontogenèse humaine. Ontogenèse d’un insecte.


PAR EXTENSION - Développement d’une aptitude ou d’une habileté chez un individu de sa naissance jusqu’à sa mort. Ontogenèse de la confiance. Ontogenèse de la communication.



Phylogenèse, nom féminin


Discipline qui a pour objet d’étudier la formation et l’évolution des espèces animales et végétales afin d’établir leur parenté.


[2]


Valence : En psychologie : Attirance ou répulsion qu’éprouve un sujet à l’égard d’un objet ou d’une activité. Valence positive, négative.



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La vie m'a toujours semblé être comme une plante qui puise sa vitalité dans son rhizome ;

la vie proprement dite de cette plante n'est point visible, car elle gît dans le rhizome.

Ce qui devient visible au-dessus du sol ne se maintient qu'un seul été, puis se fane... Apparition éphémère... Je n'ai jamais perdu le sentiment de la pérennité de la vie sous l'éternel changement.

Ce que nous voyons, c'est la floraison — et elle disparaît — mais le rhizome persiste.


C.G. Jung


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