La volonté - Faculté d’âme à cultiver

“La volonté permet de grimper sur les cimes ; sans volonté on reste au pied de la montagne.”

La maîtrise de ses forces volontaires

Docteur Walther Bühler

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Volonté et formation du caractère


Le philosophe Schopenhauer a édifié sa conception du monde sur deux notions fondamentales : « volonté et représentation ». Il la fonde ainsi sur une polarité qui joue aussi un rôle significatif dans la nature humaine. En d'autres termes, il s'agit de l'opposition entre force et image.


Considérons d'abord nos représentations. Elles naissent au niveau de la pensée qui s'enflamme au contact des impressions sensorielles, puise les souvenirs dans le trésor de la mémoire ou rencontre l'activité imaginative et essaie d'éclairer et de mettre en concepts toutes ces images intérieures. C'est le domaine de la connaissance et du savoir.


Si nous tournons ensuite notre regard vers la volonté, nous découvrons un autre domaine de la vie de l'âme, tout aussi vaste et riche en degrés variés. Cela va du réflexe inconscient (comme celui de la paupière qui se ferme dès qu'un objet étranger touche les cils) à l'action humaine pleinement consciente et orientée vers un but précis.


Sans pulsions intérieures, à travers lesquelles agissent, par exemple, les instincts de survie, de nutrition ou l'instinct sexuel, aucun être doué d'âme ne pourrait entreprendre la moindre activité. Les envies, les passions, l'agressivité et les désirs jouent également leur rôle. Mais seul l'être doué de raison, l'être humain, est capable d'intervenir dans la sphère de la volonté en lui imposant directives et impulsions selon ses intentions et idées.


Nous pouvons mobiliser nos représentations mentales à la vitesse de l'éclair, les modifier, les refouler ou les remplacer par d'autres. Elles sont, comme des pions sur un échiquier, impuissantes, manipulées par la pensée. Par contre, au niveau de la volonté, nous ressemblons à un dompteur qui, dans la cage ou sur la piste, travaille avec des créatures relativement autonomes et dotées de forces propres. Les animaux peuvent réagir tout à fait autrement qu'il le veut ; ils peuvent même le menacer, l'attaquer, le blesser ou alors, une fois domptés et dressés, obéir à leur maître et exécuter des numéros qui sont inhabituels pour eux et même étrangers à leur nature. Le dompteur doit toujours être sur le qui-vive, faire preuve de la plus grande prudence et concentration et aussi de présence d'esprit.


Sa réussite ne dépend pas tant de son savoir que de ses réactions. Tout ce qui relève de la volonté sollicite notre être de toute autre manière que la simple acquisition de connaissances.


L'exemple suivant montre que nous pouvons acquérir relativement facilement de nouveaux savoirs : la lune évolue à travers le zodiaque selon le rythme, appelé sidéral, de 27,321 jours alors que le changement de phase de cet astre, c'est-à-dire le rythme synodique, est plus long et comprend 29,530 jours avec une marge de variation de quelques heures. Pour cette raison, la pleine lune suivante n'a pas lieu dans le même signe zodiacal, mais dans le suivant.


Une telle information peut dorénavant faire partie des connaissances acquises… si l'on a une bonne mémoire. Mais, par contre, combien de temps nous faudra-t-il pour nous débarrasser d'une mauvaise habitude, pour apprendre à réprimer une envie ou, mieux encore, pour acquérir une capacité ou une qualité nouvelle ?


Au niveau du savoir, il faut distinguer entre des idées claires ou confuses, justes ou fausses ; mais dans les profondeurs de la volonté, il s'agit d'une capacité ou d'une incapacité, d'une attitude égoïste ou altruiste, d'un comportement bon ou mauvais. Au domaine de l'intellectualité s'oppose celui, autrement plus complexe, de la moralité. Toute culture de la volonté est finalement une question de formation du caractère. Ce n'est pas la première fois que l'on fera la remarque que le progrès moral doit être comparé à la petite aiguille d'une montre qui, avançant lentement, marque toujours un retard sur la grande aiguille plus rapide qui représente les progrès de la connaissance. Et ne peut-on pas affirmer que la caractéristique de toute notre civilisation moderne, marquée par le rythme accéléré, parfois démentiel des progrès techniques, est le retard dramatique des forces morales ?


On ne cherchera pas ici à définir ce qu'est la volonté ou la force de caractère en soi. Mais cet aspect de l'être humain se définit lui-même, lorsque nous faisons, par exemple, l'expérience désagréable d'une promesse donnée et non tenue, plusieurs fois de suite. Nous nous détournerons peut-être de la personne en question, choqués de son manquement à la parole donnée, de sa légèreté, de sa déloyauté. Quelle différence entre une nature passive ou désinvolte et un caractère actif et appliqué ! Quelle satisfaction d'avoir un collaborateur actif, énergique, décidé, ayant peut-être même le goût de l'initiative ; mais que l'on est déçu lorsqu'on a à faire à une personne de caractère faible, instable, terne. Nous ne découvrons la nature profonde et vraie d'un être humain qu'après avoir approfondi notre connaissance de la nature de sa volonté.


Toutes les méthodes pour cultiver la volonté exigent un entraînement, des exercices, c'est-à-dire la pratique répétée et régulière d'un effort donné pendant un temps assez long. Déjà le simple fait de se décider, pour la première fois, à entreprendre un tel entraînement de la volonté exige le courage de l'initiative, la force de persévérer et la fidélité envers la décision prise.


Une couche profonde de notre être est concernée ainsi. C'est qu'il ne s'agit pas en effet de l'acquisition rapide de savoirs intellectuels, mais de la transformation d'habitudes ou de traits de caractère donnés, de leur maîtrise, voire de la formation de nouvelles capacités. Cela nécessite une croissance intérieure et une lente maturation psychique et suppose patience et rigueur envers soi-même.


C'est dans la sphère de la volonté que s'engage le combat pour notre humanité : elle peut être ou n'être pas, nous pouvons la faire croître ou au contraire en déchoir. Le criminel, l'auteur d'un crime sadique, est l'illustration tragique de cette perte du contrôle de soi ; il devient un monstre « inhumain ». En fait, il n'y a pas de domaine dans lequel l'être humain soit le plus directement confronté à sa parenté avec le monde animal que celui des pulsions, désirs et passions liés au sang et à la sexualité.


L'alcoolique au stade final de la cirrhose du foie et du delirium montre une personnalité ravagée et détruite dans ses fonctions physique, psychique et spirituelle.


Ces caricatures d'existence humaine nous font voir à quel point il est important de guider le Moi, toujours plus fortement et consciemment, vers la domination de la volonté, la transformant en source de mesure, de progrès moral, de responsabilité et de contrôle de soi. Voilà qui éclaire le sens et la nécessité de toute culture de la volonté. Elle est une composante indispensable de l'éducation de soi dans le cadre d'une « hygiène psychique ».


L'activité physique, une nécessité


Le problème de la volonté a des aspects physique, psychique et spirituel.


Du point de vue corporel, l'outil proprement dit de la volonté est la musculature qui agit sur le squelette par l'intermédiaire des articulations. Elle représente 40 à 50 pour cent de notre poids !


On se rend compte à quel point l'être humain est fait pour le mouvement en considérant sa musculature. De fait, nous ne possédons pas seulement les muscles des bras et des jambes ; tout notre tronc est enveloppé par la musculature : les puissants muscles dorsaux, abdominaux, respiratoires. Quant aux muscles du cou, de la phonation et de la mastication, ils assurent la transition avec ce pôle plus calme qu'est la tête. Il s'ensuit pour l'éducation une tâche particulièrement importante qui est d'aider l'âme et l'esprit de l'enfant, par l'intermédiaire du jeu, de la culture physique, du sport, des travaux manuels et des exercices de dextérité, à se saisir de son corps avec force, souplesse et joie.


Le processus d'incorporation, qui dure vingt ans, nécessite de nombreux petits pas avant d'aboutir à une saine et complète incarnation. Le mot incarnation contient le mot « chair » et fait donc référence aux muscles, outils de la volonté. Parvenus à l'âge adulte, nous répétons encore ce processus d'incarnation d'une manière condensée, chaque matin au réveil. Mais à notre époque où triomphent la technique et la machine, l'homme a de moins en moins l'occasion d'activités corporelles.


Avec les moyens modernes de transport comme l'automobile, le téléphérique, l'escalier roulant et l'ascenseur il n'a même plus besoin de faire d'effort pour se déplacer. Le travailleur de force d'antan s'est transformé de plus en plus en un conducteur de machines, aux commandes de boutons et de leviers, ou bien il a quitté son bleu de travail pour devenir un col blanc. En outre, nombreux sont les emplois où l'on est, toute la journée, assis à un bureau.


Le manque d'exercice qui en résulte favorise l'apparition de beaucoup de maladies, liées en particulier à l'obésité, comme rhumatismes, déformations des os, arthrite, hypertension artérielle, excès de cholestérol et diabète. Chaque adulte devrait, par conséquent, examiner par quels moyens adaptés à sa situation et à ses goûts, il compte compenser ce manque d'exercice physique. Car ce déficit n'affaiblit pas seulement l'emprise de sa volonté sur son corps, mais il a, sans cesse, des effets négatifs sur les fonctions métaboliques qui sont indissociablement liées à elle.


Aussi est-il extrêmement important de prévoir une activité physique à exercer pendant ses loisirs. Peu importe laquelle. Cela peut être un sport comme le tennis, la natation, l'aviron, la randonnée et aussi le jogging pratiqué avec modération ou une des multiples activités de loisir comme le bricolage, le jardinage ou encore la gymnastique et l'eurythmie.


Que personne ne sous-estime l'importance d'une telle activité corporelle dans le cadre d'un entraînement physique qui, bien entendu, doit être adapté à la constitution et à l'âge de la personne et se pratiquer dans la joie et la bonne humeur ! La nature humaine prise dans l'engrenage de la civilisation moderne a besoin de tels soins supplémentaires pour soutenir, consciemment, le processus quotidien d'incarnation.


La nécessité en devient encore plus évidente si nous considérons que le muscle inactif, au repos, ne se fortifie pas, mais s'affaiblit. Dans le système neuro-sensoriel, c'est le contraire qui est vrai : les sensations et représentations s'accompagnent toujours de processus de dégradation qui rendent nécessaire la phase de repos et de régénération du sommeil. Par contre, les activités qui engagent la volonté brûlent certes le glucose musculaire pour produire de l'énergie physique, mais le muscle lui-même, se fortifie, se raffermit.


Quand on enlève le plâtre qui immobilisait une jambe après fracture, on ne trouve pas des muscles reposés et fortifiés, mais une musculature affaiblie, atrophiée et des articulations raidies qui ne récupéreront leur fonctionnement normal qu'après force séances de massages et de physiothérapie. Dans le cadre de cette polarité, déjà soulignée plus haut, entre le système des membres et le système nerveux, le muscle se fortifie lorsqu'il est en action et gagne en volume et en poids comme le sait tout sportif. D'où l'utilité d'un entraînement sportif pratiqué avec régularité. D'ailleurs les exercices corporels n'exercent pas seulement un effet bénéfique sur l'ensemble de la circulation sanguine (faisant baisser une tension trop élevée ou monter une tension trop faible), mais ils fortifient en même temps, de façon mesurable, le cœur, ce muscle creux, le plus puissant de notre corps où notre volonté de vivre est fortement ancrée.


Ces phénomènes montrent à quel point la volonté est étroitement liée aux profondeurs vitales du métabolisme et à toutes ses fonctions reconstituantes : nutrition, formation du sang, force de régénération - et ceci jusque dans les organes de la reproduction. C'est pour cela que la plupart des exercices suivants tout en cherchant à cultiver la volonté exercent aussi des effets positifs sur la santé physique.


Le courage de l'initiative


On attend de l'écolier qu'il arrive à l'heure en classe. De même au concert, au théâtre, à une conférence, la ponctualité est de mise. À ceux qui arriveraient un peu en retard, on accorde souvent « un quart d'heure académique » avant de commencer. Mais les autobus et les trains ne peuvent pas attendre ! Les moyens modernes de transport éduquent leurs utilisateurs à la ponctualité par la force des choses. Une personne qui arrive toujours en retard donne une impression de désordre ou d'indiscipline et ne mérite pas notre confiance. Ne sait-elle pas s'organiser ou se moque-t-elle des règles de la vie en société ? Quelle est la raison de ce comportement inconvenant ? Mais comment nous enseigner à nous-mêmes cette vertu qu'est la ponctualité ?


Sur le chemin de l'initiation anthroposophique, l'élève est confronté à l'exigence impérative d'accompagner les exercices méditatifs spécifiques des 6 exercices dits complémentaires. Il en découle une harmonisation de l'âme sans laquelle cette initiation présenterait de grands dangers. Le premier de ces exercices consiste en « la maîtrise des pensées » ; le deuxième conduit à une véritable éducation de la volonté.


Pour cet exercice, il faut s'astreindre à faire tous les jours au même moment de la journée, le matin par exemple, une action de portée limitée, choisie librement. Cet acte doit être dépourvu de motivation professionnelle ou familiale. Par exemple, on pourrait, au bureau à 16 heures précise, ouvrir et refermer brièvement trois fois de suite la même fenêtre. Comme cette façon rapide « d'aérer » ne laisse pas entrer d'air frais, ce geste semble apparemment inutile.


On pourrait tout aussi bien mettre sa montre-bracelet au poignet droit et la remettre deux heures après au poignet gauche. Ou sortir un objet précis du sac à main, le tenir dans la main gauche et immédiatement le ranger à sa place dans le sac. Voilà une chose qui semble complètement dénuée de sens ! Celui qui ne sait où il se trouvera au moment choisi se proposera peut-être de frapper légèrement le sol trois fois de son talon gauche. Ce n'est pas compliqué à réaliser !


Quiconque entend parler pour la première fois de cet exercice apparemment facile sera peut-être enclin à penser que les petits gestes évoqués ne peuvent pas mener bien loin, d'autant plus que de telles activités gratuites n'ont pas d'effet ni d'utilités visibles. Cependant celui qui entreprend de pratiquer cet exercice, ne serait-ce que durant dix jours pour essayer, éprouvera sûrement beaucoup de respect pour lui. Il aura au moins remarqué combien il est difficile, au milieu des tâches quotidiennes, de se rappeler au bon moment le petit devoir que l'on s'est donné et de le faire jour après jour à l'heure fixée.


Il est conseillé au début, dans la mesure du possible, d'exécuter le même exercice à la même heure pendant quelques semaines et après d'en changer l'heure et finalement d'en changer aussi le mode d'exécution, assez souvent pour qu'une telle occupation ne devienne pas, à son tour, une habitude. On peut aussi conserver tel quel un exercice donné et y adjoindre une deuxième action dont on variera quotidiennement le moment et le mode d'exécution.


Cet exercice illustre, mieux que d'autres, le proverbe « les petits ruisseaux font les grandes rivières ». Il y a une différence, si on laisse passer une année sans faire le moindre exercice ou si, 365 fois, on s'est donné la peine d'exécuter un ordre que l'on s'est fixé soi-même. Dans les centres d'initiation et les ordres religieux d'antan, l'obéissance absolue aux devoirs de la règle monastique faisait partie de la formation des novices et frères de l'ordre. Les supérieurs veillaient strictement à la discipline et à la ponctualité. Dans notre cas, nous sommes appelés à assumer nous-mêmes les devoirs du novice et la fonction de surveillance de l'abbé. Notre Moi est l'instance qui, d'une part, est l'exécutant fidèle et obéissant et, d'autre part, le surveillant et l'initiateur. C'est ainsi qu'il atteint lui-même un certain éveil et renforcement de sa volonté. Il s'ensuit que notre ponctualité, notre sens du devoir et des responsabilités progressent ; ce qui ne restera pas sans effet sur notre vie de tous les jours et sur la manière dont nous remplissons nos obligations sociales. L'entourage appréciera alors avec satisfaction les fruits de cet entraînement silencieux. En même temps, celui qui s'exerce acquiert une plus grande confiance en lui-même parce qu'il ressent : « Je peux mieux compter sur moi-même. »


Pour rester jeune : changer ses habitudes


Toute la vie psychique est sous-tendue d'habitudes multiples. Elles vont des habitudes de pensée aux comportements ou gestes habituels relevant du domaine de la volonté. Les habitudes sont apparentées à nos capacités et facultés. Mais alors que ces dernières ont été acquises sciemment, au prix d'un apprentissage pénible, comme par exemple l'apprentissage de l'écriture ou d'un instrument de musique, c'est plus ou moins à notre insu que la plupart de nos habitudes se sont introduites.


Tout apprentissage présuppose une mémoire ; elle a son siège dans les profondeurs inconscientes de nos forces vitales que l'on appelle en anthropologie anthroposophique corps de vie ou corps éthérique. En acquérant de nouvelles capacités, nous pénétrons avec notre volonté plus profondément dans ce corps éthérique dont la mission est de vivifier et reconstituer sans cesse le corps physique. Il se forme comme des sentiers battus, permettant à l'âme de saisir facilement les corps physique et éthérique sans qu'une réflexion sur la manière de le faire soit nécessaire à chaque fois. Pensons par exemple à la capacité d'écrire à la machine sans regarder les touches. Il en est de même pour toute habitude.


Changer sciemment une habitude pour une autre, cela signifie donc que le Moi reprend en main un certain domaine d'activité tombé en désuétude. C'est comme si on labourait une terre rendue dure à force d'être piétinée pour l'ouvrir à un nouvel ensemencement. Les liens entre le corps éthérique et le corps physique s'en trouvent assouplis ; les flux et les fonctions du corps éthérique sont stimulés, ce qui contribue à le fortifier et le raviver.


Chaque être humain a de bonnes et de mauvaises habitudes, mais aussi des habitudes neutres du point de vue de la santé. La manière dont nous nous habillons en est une. On pourrait, par exemple, enfiler son manteau ou sa veste en commençant par le bras gauche au lieu du bras droit, ou essayer autre chose de ce genre. À ce sujet Rudolf Steiner dit : « Il n'est pas du tout nécessaire d'être partisan fanatique de l'"ambidextérité". Mais si l'on essaie, sans exagérer, d'accomplir au moins certaines choses de la main gauche — sans continuer davantage, dès que l'on est capable d'y parvenir — on exerce ainsi une heureuse influence sur la domination que le corps astral doit exercer sur le corps éthérique. » Dans le même ordre d'idées, il conseille de se voir soi-même, comme de l'extérieur, et d'observer ses propres gestes, par exemple les mouvements de ses mains ou de sa tête pour, le cas échéant, réprimer ou modifier tel ou tel geste habituel.


Quiconque essaie une fois de nouer sa cravate d'une manière différente et constate qu'il s'y prend aussi maladroitement qu'un petit enfant, se rend compte alors à quel point une habitude peut-être profondément enracinée. On est obligé de recommencer quasiment à zéro, de mobiliser sa volonté en procédant avec la plus grande concentration. Mais justement : « On est forcé de s'appliquer à ce que l'on fait ; et c'est là, mettre toujours le centre de son être en connexion intime avec l'objet. Le fait de créer cette connexion fortifie notre corps éthérique. Et ainsi nous devenons par cela même des êtres plus sains. » Cela vaut aussi particulièrement lorsque l'on s'efforce, en vacances par exemple, de consacrer un quart d'heure à une demi-heure à transformer son écriture ou à en améliorer au moins quelques lettres particulièrement déformées ou illisibles, en s'y prenant comme si on les peignait.


Il est particulièrement utile de veiller aux habitudes de nutrition, de sommeil et à toute autre habitude de vie ayant un impact direct sur la santé du corps et de l'âme. Par exemple, quiconque mastique mal, mange trop vite et essaie, par-dessus le marché, de « dévorer » son journal tout en avalant son repas, favorise l'apparition de troubles nerveux de l'estomac qui finissent par créer un ulcère gastrique. Par contre, on rend service non seulement à soi-même, mais encore à son estomac si on apprend à apprécier, avec une certaine dévotion et reconnaissance, les petits plats préparés avec soin et amour. S'efforcer de surmonter une inappétence, une aversion contre certaines nourritures, fortifie aussi la volonté. On devrait, à l'occasion, manger volontairement un plat que l'on n'aime pas du tout ou qu'on ne supporte apparemment pas et même faire l'effort de le mettre au menu pendant quelque temps.


Il est probablement encore plus difficile de se défaire d'un comportement irritable ou impatient. L'expérience montre que la simple résolution : « À partir de demain je ne serai plus impatient ou coléreux » ne suffit pas ; car, comme le dit le proverbe : « Le chemin de l'enfer est pavé de bonnes intentions ». Il faut, d'une certaine manière, préparer le terrain et acquérir une certaine « technique » pour changer une habitude si solidement enracinée dans le caractère. Il faut se donner le temps de réfléchir, de manière répétée et approfondie, aux causes, aux conséquences néfastes et à l'inutilité de cette habitude que l'on ressent comme mauvaise ou gênante et que l'on veut combattre.


C'est à force d'y réfléchir qu'on verra naître, lentement mais sûrement, la force intérieure qui permettra au Moi de fléchir ce comportement qui avait plus au moins échappé à son contrôle. Il s'agit pour le disciple de s'imposer si bien « dans les moments de calme, le sentiment de l'inutilité de ses énervements que cette conviction lui devient présente dès qu'une occasion d'impatience survient ». Ainsi il ne combat pas un sentiment négatif avec une simple représentation de l'esprit ou une décision abstraite, mais il va à sa rencontre, armé d'un autre sentiment qu'il a éveillé librement. Ne dit-on pas : « traiter le mal par le mal ?» Si on oppose un sentiment à un autre sentiment : « L'énervement qui commençait à poindre s'évanouit et les minutes qui eussent été stupidement consumées à se représenter cette impatience peuvent être mises à profit pour des observations fructueuses ».


Comme le problème de la ponctualité l'a déjà montré, le fait de partager son temps entre différentes habitudes que l'on entretient consciemment revêt une importance toute particulière. Le corps physique doit être compris comme spatial alors que le corps éthérique, responsable de la vitalité et du pouvoir de régénération et qui est avant tout le support du tempérament et des habitudes, est à définir comme un corps temporel.


Signalons encore un exercice psycho-spirituel directement lié à ce qui précède et qui fortifie tout particulièrement le corps éthérique en tant que support de la mémoire. Il demande également à modifier une de nos habitudes. Que l'on essaie de se représenter des poèmes, de petits morceaux de musique, voire un acte d'une pièce de théâtre à rebours, en allant de la fin au commencement.


Pour cela il faut un effort de volonté qui s'oppose au déroulement habituel et plus ou moins automatique des souvenirs. De nouveau nous intervenons dans le corps temporel en lui donnant un nouveau dynamisme. « C'est d'une importance extraordinaire. Car si nous généralisons cet exercice, nous contribuons à un renforcement prodigieux de notre corps éthérique. Examiner à fond, de la fin au commencement, des œuvres dramatiques ou ce que nous avons lu en fait de narrations ou autres écrits analogues, s'avère d'une importance capitale pour l'affermissement du corps éthérique. » On peut y voir par exemple un moyen de combattre l'augmentation constante des affections allergiques. Celles-ci ne sont-elles finalement pas dues surtout à certains effets de la vie moderne qui affaiblissent et détruisent les défenses vitales ?


En biologie, on considère actuellement la mutation, c'est-à-dire la modification fortuite de la structure moléculaire des chromosomes, comme une cause principale de l'évolution des êtres vivants. Grâce à elle, ces derniers peuvent s'arracher au déterminisme de l'hérédité impliquant l'éternel retour des mêmes formes. Lorsque l'homme travaille à modifier consciemment ses habitudes, il utilise un processus apparenté, mais métamorphosé et élevé à un niveau supérieur, comme principe d'évolution. Il acquiert ainsi une certaine souplesse intérieure. C'est justement cette dernière qui a un effet stimulant sur le corps éthérique qu'elle maintient élastique à son tour et contribue à renforcer la mémoire et l'assimilation des connaissances ainsi que la vitalité jusqu'à un âge fort avancé. Modifier ses habitudes, c'est rester jeune !


Réprimer un désir : une ascèse adaptée à notre temps


Aujourd'hui beaucoup d'éducateurs et de parents se font du souci, à juste titre, au sujet de la drogue qui, depuis plus de deux décennies, fait des ravages surtout dans la jeunesse, et essaient de découvrir la cause profonde de ce phénomène, Mais cela ne sera pas possible tant que l'on ignorera que la dépendance en tant que telle est devenue chez les adultes eux-mêmes un problème de notre société d'abondance, revêtant des formes multiples et restant insoluble. Tandis que les peuples dits sous-développés souffrent de la misère et que des millions d'hommes meurent de faim, « nous mourons de vivre », comme on dit mourir d'ennui ou mourir de rire, selon la formule du professeur Jores qui fustigeait avant tout les excès de nourriture, de boisson et de tabac.


Le besoin immodéré de jouissance représente un des plus grands maux de notre société et a gagné presque tous les domaines de la vie. L'abus des analgésiques, somnifères, calmants et excitants trouve son prolongement sur le plan purement psychique dans cette consommation effrénée d'images et ce goût malsain du sensationnel qu'encouragent de plus en plus les médias. Les maladies qui résultent de l'intempérance contribuent à l'explosion des coûts de la santé pour laquelle aucune solution n'a encore pu être trouvée. Les traitements médicaux, l'absentéisme et les dispenses d'activité pour invalidité coûtent très cher à la société. Au plan moral, nous assistons à un phénomène de décadence sociale qui s'accompagne en outre d'indicibles souffrances humaines.


Cela explique pourquoi beaucoup de médecins, psychosomaticiens et psychothérapeutes ont insisté de façon répétée sur la nécessité d'une auto responsabilité et d'une modération accrues. Ainsi Bodamer, par exemple, proposa il y a déjà plusieurs décennies, dans son livre « L'homme sans moi » (« Der Mensch ohne Ich » - non traduit), une « ascèse » volontaire concernant l'usage des médias. Mais comment expliquer l'échec de presque tous ces avis et conseils bien intentionnés ?


Tous les phénomènes de dépendance, quelle que soit leur origine, sont principalement le signe d'une faiblesse de volonté chez la personne concernée. Car la plupart des gens n'ignorent pas, parfaitement informés et instruits qu'ils sont par de multiples canaux d'information, les dangers, les conséquences graves que leur inconduite impose à leur santé physique et psychique. Le combat entre la raison et les passions (qui n'en a pas déjà fait l'expérience soi-même ?) se solde trop souvent par la défaite de la raison.


Le pourcentage élevé de rechutes après les cures de désintoxication de tous genres confirme cette triste constatation. Déjà Faust devait reconnaître : « Deux âmes, hélas ! se partagent mon sein ! » D'autre part, un nombre croissant de médecins et de psychologues constatent que le seuil de tolérance de la douleur est en baisse continue dans l'ensemble de la population. C'est un signe supplémentaire de faiblesse de la volonté ; ceci explique pourquoi on attend moins longtemps avant de prendre des médicaments, voire des drogues en cas de douleurs, d'indispositions, de tensions psychiques qui seraient encore tout à fait supportables.


Nous voici ainsi dans le vif du sujet : l'éducation de la volonté, les problèmes qu'elle pose et sa nécessité. La question d'une hygiène individuelle de l'âme dans le cadre de l'éducation de soi-même est à replacer dans un contexte plus large, celui d'une hygiène sociale, dont notre époque a besoin, pour toutes les couches de la population. Voilà la tâche à laquelle ce bulletin se veut une contribution.


Dès 1912 Rudolf Steiner s'était rendu compte, comme il ressort de la conférence déjà plusieurs fois citée : « Nervosité et le Moi », qu'en la matière « c'est surtout ce que l'on pourrait appeler la culture de la volonté qui est de toute importance ». Il dénonce « une certaine faiblesse de la volonté » qui consiste par exemple dans le fait que « les gens veulent à la fois quelque chose et ensuite ne le veulent pas, ou tout au moins, n'arrivent pas réellement à exécuter ce qu'ils veulent ».


Pour pallier cette profonde faiblesse de caractère, le fondateur de la science spirituelle conseille, entre autres, de réprimer des désirs, systématiquement, dans toutes sortes de situations de la vie quotidienne. Ce faisant, il s'agit de « réprimer les désirs qui se manifestent indéniablement, ne point les réaliser, du moins lorsque cela est parfaitement possible et ne nuit à personne… sans manquer à son devoir… désirs dont la satisfaction nous ferait un certain plaisir… mais qui peuvent aussi bien rester inassouvis… le renoncement ne doit causer aucun tort, et la réalisation ne devrait apporter rien de plus qu'un sentiment de bien-être, de la joie, du plaisir… Donc si on réprime systématiquement un tel désir, il en résulte chaque fois, et pour toute espèce de désir, un afflux de volonté qui fortifiera l'empire du Moi sur le corps astral », sur l'aspect psychique de nos pulsions, convoitises et égoïsmes si fortement attachés à la chair.


À notre époque, cette proposition ne manquera pas de passer pour impopulaire ou peut-être même pour passéiste ou malsaine. Car l'homme moderne recherche une élévation continue de son niveau de confort et un maximum de plaisirs. Il y a même des écoles de psychothérapie qui professent un défoulement sans frein, où le patient hurle et se roule par terre pour se « libérer » de toute contrainte et de tout refoulement. De telles opinions sont l'expression pure et simple d'une conception matérialiste de l'existence : elles ignorent les lois fondamentales de la vie de l'âme et de l'esprit.


L'exercice en question ne doit pas nous interdire l'accès aux plaisirs de la vie dans la joie, l'amour et la gratitude. Mais parce qu'il consiste en un renoncement occasionnel, mais systématique et réfléchi, cet exercice crée les prémices de cette vertu qu'est la modération qui fait si cruellement défaut et dont Rudolf Steiner a dit qu'elle était la vertu cardinale que notre temps devait acquérir.


Ainsi en fortifiant la volonté, on empêche, dès le début, tout glissement vers les excès et la dépendance. Vu sous cet aspect, cet exercice présente le caractère d'une psychothérapie prophylactique que chacun peut appliquer à soi-même ; c'est pourquoi il est à même d'offrir une solution radicale, avec tous ses effets positifs, au problème évoqué ci-dessus des drogues et de la menace qu'elles font peser sur l'ensemble de la population. Il devrait être porté à la connaissance du grand public avec tous les moyens de communication modernes.


La privation volontaire ne doit pas éveiller l'impression désagréable qui naît de l'interdiction : « Tu ne dois pas, tu n'as pas le droit, c'est déconseillé ou interdit pour des raisons de santé ou autres ! » Il faut au contraire être conscient que l'on a la possibilité de se déterminer librement et en toute connaissance de cause, en engageant ce qu'on a de meilleur en soi, son Moi d'être humain. On peut apprendre à se dominer et à s'opposer ainsi à un danger omniprésent, tout en faisant un pas essentiel, quoique limité, sur le chemin du développement de sa personnalité.


La confiance en soi qui s'en trouve ainsi grandie compense plus que largement la perte volontaire de quelques petits plaisirs. On devrait aussi prendre conscience que dans les civilisations de l'humanité préchrétienne et dans les ordres religieux du moyen âge, il n'existait aucune initiation spirituelle sans l'ascèse pratiquée à différents niveaux. Elle jouait, en tant que principe d'exercice spirituel, un rôle formateur de culture et on en retrouve encore l'écho dans les périodes de jeûne, prescrites pour des raisons religieuses dans le calendrier ecclésiastique. Le renoncement à un désir, pratiqué en toute liberté, reprend le principe de l'ascèse sous une forme individuelle et adaptée aux exigences de notre temps.


L'exercice ci-dessus se recoupe sur plusieurs points avec l'exercice consistant à changer d'habitude et permet justement pour cette raison d'en renforcer les effets positifs. Le fait de supprimer pendant 4 semaines le sucre dans son café ou son thé peut, le cas échéant, créer une nouvelle habitude.


Cependant Rudolf Steiner met en garde les pédagogues d'introduire, sans autre précaution, « dans les principes éducatifs la répression des désirs des élèves ». Cela pourrait susciter des antipathies graves.


Il conseille plutôt aux adultes : « si, en présence de ceux que nous devons éduquer, nous nous refusons ostensiblement quelque chose, ils nous imitent et trouvent que cela mérite bien un effort. » Ce faisant nous stimulons l'instinct d'imitation, ce qui est très important. De cette manière on pourrait ajouter au dimanche sans automobile un jour sans sucre, sans viande, sans tabac ou sans télévision et peut-être même en faire une semaine entière d'exercice pour toute la famille. Si le père de famille renonce régulièrement chaque jeudi à la lecture habituelle de son journal du matin ou bien si les parents renoncent quatre semaines par an aux cigarettes et à l'alcool, une telle action ne renforce pas seulement la volonté des adultes, mais fait une impression forte et durable sur leurs enfants.


Voilà qui est plus efficace que toutes les remontrances ou interdictions. Ainsi pourraient se créer les conditions propices à des périodes de renoncement pour une durée de 4 semaines par exemple et auxquelles participerait toute la communauté familiale. Et pourquoi ne pas les placer de telle façon que le dernier jour tombe la veille d'une fête de famille, d'un anniversaire par exemple. Ne dit-on pas que tout vient à point à qui sait attendre ? De telles coutumes familiales seraient à même de freiner la consommation croissante de nicotine et d'alcool surtout chez les scolaires qui, de plus en plus jeunes, ont besoin d'en être protégés.


La vertu stimulante de certains idéaux


Un acte raisonnable, c'est-à-dire l'acte humain par excellence, est toujours sous-tendu de pensées qui lui confèrent direction et impulsion. Cela attire notre attention sur le fait que tous les mouvements de la vie de l'âme forment un tissu entremêlé dont on ne peut extraire la volonté pour la considérer isolément. Ainsi aucune représentation de l'esprit ne se réalise en suivant le chemin de la tête à la main sans passer par la sphère des sentiments. Un minimum de sympathie ou d'antipathie qui, dans les cas extrêmes, peuvent se transformer en amour ou haine, ou un certain sens du devoir et des responsabilités sont nécessaires pour créer un lien, un intermédiaire entre représentation et acte volontaire. Quand on agit sous le coup d'une émotion forte, c'est l'aspect affectif qui occupe le premier plan.


D'autre part, le manque d'intérêt et l'indifférence affaiblissent à coup sûr la volonté qui, justement dans son élément intuitif sous-jacent, nécessite un psychisme dynamique. Ceci explique que, surtout dans le domaine pédagogique, tout intellectualisme est nocif, voire inhumain car il ne parvient pas à imprégner de chaleur les forces de l'âme et n'est pas capable de les stimuler. L'attitude superficielle si courante de nos jours qui s'accompagne d'un appauvrissement de l'âme exerce un effet profondément négatif sur la volonté et ouvre la voie aux pulsions impures.


Pour obtenir l'effet contraire, il faut raviver la vie de l'âme siégeant dans la zone centrale de l'être humain grâce à des impressions et des activités artistiques réelles ; de plus, on assistera à un éveil des facultés volontaires créatrices.


Chacun aura déjà constaté le fait que l'on se fatigue vite à faire un travail inintéressant et déplaisant, voire rébarbatif. À la longue la volonté serait paralysée.


Par contre si la flamme de l'enthousiasme vous habite, vous vous sentez pousser des ailes et êtes tout revigoré.


Voilà qui a suscité les plus grandes réalisations de l'humanité, ainsi qu'en témoignent de nombreux exemples historiques. Le fait que l'âme et l'esprit s'enflamment pour une idée réalise une relation directe avec la vraie nature de la volonté qui est un feu dont l'expression physique est un véritable processus de combustion, celui du métabolisme musculaire.


Seule créature douée d'esprit, l'être humain est capable d'imposer ses pensées à sa volonté et ainsi de la motiver. Il n'est donc pas strictement déterminé comme le sont les animaux, par des pulsions instinctives héréditaires.


Dans les profondeurs de la volonté repose un potentiel créateur qui, tout d'abord plus ou moins inconscient, ne demande qu'à être éveillé et aiguillonné par l'esprit humain. Rien n'affaiblit et n'inhibe plus la volonté que la paresse au niveau de l'esprit et, au niveau de l'âme, la frustration et le sentiment que l'existence n'a pas de sens.


La vision d'un malade atteint de dépression, englué dans son manque total d'initiative et la paralysie de sa volonté, provoque une prise de conscience effrayante de ce qui peut surgir d'un organisme quand des phases de déception et de résignation s'y sont accumulées, que le vécu n'a été ni accepté, ni transformé. La volonté humaine a besoin de la stimulation sans cesse renouvelée qui émane de certains idéaux. Ils donnent un sens à la vie et par là même à toute activité humaine. Eux seuls abreuvent la volonté d'un sang de vie dont elle a besoin pour conserver force et santé. Mais il faut, bien entendu, que ces idéaux soient les fruits d'une conception de la vie dans sa totalité, incluant la spiritualité de l'univers.


De même l'énergie et la persévérance nécessaires pour exécuter les exercices cités dans le présent bulletin exigent un idéal précis et individuel justifiant les efforts qu'impose l'éducation de soi-même.


On attend d'une volonté humaine éduquée et cultivée, énergie, persévérance, dynamisme, créativité et goût de l'initiative (qualités au développement desquelles les exercices mentionnés peuvent servir). Mais de même que la parole est associée à l'écoute attentive et que la vertu du silence précède le discours, de même le versant actif de la volonté est inséparable de la patience et d'une certaine soumission. C'est ce qui manque à celui qui accuse le sort ; cela affaiblit la volonté, alors que le fait de savoir que le destin a un sens et que, par conséquent, il faut l'accepter, la renforce.


Au niveau le plus élevé, celui du symbole originel, ce secret transparaît au travers des paroles du Christ au Mont des Oliviers : « Que Ta volonté s'accomplisse, non la mienne ».


Dans la prière fondamentale du christianisme, le « Notre Père », se trouvent ces mots : « Que Ta volonté soit faite, sur la terre comme au ciel ». Mais cette volonté divine à laquelle s'adresse notre prière ne peut se réaliser et trouver son accomplissement qu'à travers l'action volontaire de l'être humain sur la terre. Ainsi on soulignera, en conclusion, l'aspect moral et religieux de la volonté, dont le développement permet à l'être humain d'atteindre un niveau tel qu'il se surpasse lui-même, dépassant son égoïté dans une participation altruiste, dévouée au service de l'humanité et de l'univers entier.


En progressant vers ce but, l'être de volonté qu'est l'homme donne à la liberté et à la dignité humaines leur vraie dimension.



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