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Lettre sur l’astrologie d’Elisabeth Vreede commentées N°1

LA NATURE DE L'ASTROLOGIE


Rudolf Steiner a lui-même indiqué qu’à côté de l’astrono­mie, il peut exister une astrologie ; il a parlé de la triade : astronomie, astrologie, astrosophie, comme de trois branches du savoir humain. Il y a « astrologie » quand on s'attache, non plus uniquement à l'existence, mais à l'influence réelle des corps célestes. Une telle astrologie florissait en un temps où l’homme se sentait particulièrement relié au monde des astres par son « âme de sentiment » — le corps astral. Nous savons que ce fut le cas pendant la période égypto-chaldéenne. A l'apogée de cette civilisation, l'homme fit l’expérience de sa relation avec le monde stellaire, surtout la nuit, à l'état de sommeil. Les constellations étaient comme les signes, les let­tres d'une écriture occulte. Elles témoignaient de l'activité des entités spirituelles qu'on savait de moins en moins perce­voir directement. On sentait l'homme comme un être entière­ment inféodé à l'action des étoiles. Tout se déroulait pour lui selon des lois stellaires : comment se développaient son corps, son âme et son esprit, ce qu'il faisait au cours de sa vie, comment les conditions de son habitat géographique agissaient sur lui. Même la vie sociale extérieure était réglée selon ces lois.


Mais la faculté de s'insérer ainsi directement dans le monde des étoiles se perdit relativement tôt. Elle fut remplacée par une autre faculté, celle du calcul. Cela toucha surtout les Chaldéens. On commença par dessiner les constellations, si bien que l’on a pu retrouver sur des tablettes d'argile ou autres documents quelle avait été la position des planètes à une époque donnée. A partir du VIe siècle avant J.-C. on cultiva cette astronomie calculatrice, à vrai dire très primitive. Ainsi, à côté de l’astrologie, naquit l’astronomie qui fut une toute autre branche du savoir humain. Rien n’empêchait de conti­nuer à appliquer les notions acquises autrefois par le moyen de la clairvoyance atavique, mais le « calcul » s’était inter­posé entre le Cosmos et l'homme.


Les Greos apprirent des Chaldéens l’art de l’astrologie. Il était florissant en Grèce à l'époque où s'accomplit le Mystère du Golgotha. Mais, avec cet événement, l’astrologie perdit sa justification intérieure. Car l’homme devait, grâce à l’acte du Christ, se rendre peu à peu indépendant du Cosmos. Lors de sa mort sur la Croix, des forces cosmiques furent implan­tées dans la terre elle-même, des forces que l’homme peut recevoir librement. Depuis lors, il n’est plus vis-à-vis du monde stellaire dans la même dépendance qu’autrefois. Car ce qui avait été semé comme une graine par la « Chute originelle », ce qui s’était développé très fortement après l’ère atlantéenne, le resserrement des liens entre le corps physique et le corps éthérique, avait de plus en plus fait obstacle à une influence réelle des forces cosmiques sur ces deux constituants infé­rieurs de l’entité humaine. Voici ce qu’on peut dire : l’horos­cope n’était plus « juste » pour le corps physique ni pour le corps éthérique. Et aujourd’hui, dans notre ère michaélique, il sera de moins en moins juste. (Rudolf Steiner a dit un jour qu’on peut constater cette dégradation d’une décennie à l’au­tre.)


Le fait que l’horoscope coïncide de moins en moins avec le destin de l’homme n’est pas resté un symptôme de décadence ; il a été transformé par l’impulsion du Christ en un signe de liberté humaine. Bien plus, l'apparition du Christ lui-même en est un « symbole réel ». Car d'après les circonstances as­trales, le Christ aurait dû venir bien plus tôt sur la terre : vers le milieu de l’ère atlantéenne. Mais alors, l’humanité qui venait tout juste de recevoir l’impulsion du Moi n’aurait pas pu l’accueillir librement. Le Christ vint à une époque ulté­rieure, qui ne fut pas déterminée au premier chef par les conditions cosmiques, mais pair les nécessités de l’évolution humaine ; l’humanité, à la fois innocente et coupable, était obligée de les subir comme conséquence de la Chute origi­nelle. Ainsi, le Christ brisa, par la date de son apparition, le réseau des lois astrales, de même que, pour son entourage, il brisa le réseau des lois du sang qui régnaient chez île peuple juif, puisqu’il naquit dans le peuple hybride des Galiiléens. Et de même que le Christ mit publiquement un terme à l’an­cienne forme de l’initiation lorsqu’il réveilla Lazare — car à partir de ce « fait mystique », l’ancienne initiation cessa d’être efficace bien que, pendant des siècles encore, on ait continué à initier des hommes à l’ancienne manière, plus ou moins légitimement — de même, à partir de l’incarnation du Christ, le rapport entre l’homme et le monde stellaire a changé : il est plus libre.


Ce n’est pas dire que l’humanité ait été tout à coup arrachée au monde stellaire. De tels processus ne se font que lentement et progressivement, même lorsqu’il sont les conséquences d’une impulsion qui est intervenue soudain, comme ce fut le cas de ¡l'impulsion du Christ. Le Cosmos, pouirraiton dire, veille à toujours sauvegarder la continuité. D’autre part, la venue du Christ était inscrite au ciel par un signe d’une grande importance : il ne pourrait venir, dans la 4e époque post-atlan- téenne, qu’au moment où l’impulsion civilisatrice se trans­porterait de la constellation du Bélier à celle des Poissons, de la partie « claire » à la partie « sombre » du Zodiaque.


Mais dans les sièales qui suivirent l’événement du Christ, l’astrologie chaldéo-hellénique se répandit dans des propor­tions extraordinaires. C’était comme si les hommes voulaient s’agripper d’autant plus énergiquement à ce système qu’il allait plus sûrement leur être enlevé. Et l’on peut dire qu’avec l’obscurcissement grandissant de la vie spirituelle, dans les siècles suivants — où seul le jeune christianisme jetait une vive lumière —, île fait de s'occuper des lois stellaires repré­senta pour le moins une dernière façon de se relier intérieure­ment aux mondes divins et spirituels. Mais l’astrologie se fit de plus en plus traditionnelle, en même temps qu’elle se dégradait en « calculs ». Et si l’on avait d’occasion de compa­rer, on trouverait que les horoscopes, qu’ils se fondent sur la constellation de la naissance ou sur l’apparition de nou­velles constellations au cours de la vie, s’accordèrent de moins en moins à la réalité.


C’est ainsi qu’il se forma finalement, au XVe siècle, un petit groupe d’hommes qui étaient en relation avec le monde spiri­tuel et qiui décidèrent de sacrifier consciemment l’ancienne sagesse astrologique, de renoncer aux connaissances supéri­eures se rapportant à l’influence du monde stellaire (30). Et le sacrifice fut accepté par le monde spirituel.


Depuis ce temps-là, une science astrologique à proprement parler n'existe plus. Toutefois, on trouve encore, dans les siècles qui suivirent, des esprits parfois très éclairés qui s’en occupèrent. Ce sont — dans la mesure où il s’agit d’esprits éclairés — des hommes qui, à l’époque du matérialisme montant, avaient gardé encore une relation instinctive avec le Cosmos, soit en raison de leur organisation personnelle, soit sous un afflux d'impulsions spirituelles provenant de leurs incarnations passées. Rudolf Steiner a consacré une conférence à trois hommes de cette sorte (41).


Nostradamus, un médecin rejeté de son ordre, véout vers le milieu du XVIe siècle ; il pouvait passer des heures à contempler le ciel étoilé. Alors montaient en lui des images qu’il reproduisait en vers. A vrai dire, ce sont des vers obscurs, mais ils ont un caractère prophétique et les faits ont montré que ces prophéties contenaient du vrai, non seulement pour l’entourage immédiat de Nostradamus et pour le proche avenir, mais encore pour notre temps. Chez lui, il ne s’agit pas de calculs ; il n’en faisait absolument pas.. Ce n’était pas non plus une interprétation des constellations observées. C’étaient les étoiles elles-mêmes qui transformaient en visions de l’avenir les forces refoulées de son activité médicale antérieure. La vue du cied étoilé n’était pour Nostradamus que le moyen de faire surgir ces visions. Il fut, dans une certaine mesure, un cas tout à fait isolé, ainsi que Paracelse et Swedenborg avec lesquels sa destinée présente certaines analogies.

Tout autre fut le cas de Tycho Brahé (1546 — 1601), un peu plus jeune que Nostradamus. Lui aussi s’occupa d’astrologie, bien que ce fût le plus souvent sur ordre royal ; mais ses horoscopes des petits princes danois, des Cils du roi Frédéric II, donnent bien l'impression qu'il a pris au sérieux l’influence du monde des étoiles sur la destinée humaine et aussi qu’il n’utilisait pas beaucoup de calculs pour interpréter les constel­lations, mais se fiait plutôt à une faculté instinctive de son être ; sans doute devait-il cette faculté à son incarnation précédente (Julien l’Apostat). Plus tard, son collaborateur et successeur en astronomie pratique, Kepler, est déjà plus hostile à l’astrologie. Il vitupère contre elle et néanmoins, il est obligé d’y croire, lui qui était la réincarnation d'un ancien initié égyptien ; il la manie même avec une grande sûreté.


Mais il est amené à calculer beaucoup et, en ce qui concerne l’inter­prétation, il s’en rapporte entièrement à la tradition. Ainsi, nous voyons, dans l’intervalle d’environ cinquante ans, le pas­sage de la vision au calcul, du savoir immédiat à la manipu­lation des règles traditionnelles. C’est un peu comme si la tran­sition de l’époque égypto-chaildéenne à l’époque gréco-latine s’était renouvelée. Depuis Képlesr, on peut dire que le manie­ment de l’astrologie par des esprits éclairés a cessé d'être.


Les trois sièdes qui ont passé depuis lors ont fait de l'homme, toujours davantage, un calculateur et l'ont de plus en plus rendu étranger au Cosmos. Mais en même temps, l’homme est devenu de plus en plus libre vis-à-vis du Cosmos, non seulement en son âme mais encore en ce qui concerne ses fonctions corporelles. Tous ces facteurs collaborent pour faire de l'homme actuel un mauvais astrologue au sens tradi­tionnel. Nous pouvons donc lire sans étonnement les jugements très durs que Rudolf Steiner a portés sur ce qu'on appelle de nos jours l'astrologie. (25)


« Il ne s’agit pas ici d’imiter les méthodes des astrologues modernes, car elles surpassent tout en fait de matérialisme et n’ajoutent à l’ignorance matérialiste que l’ignorance de la superstition. Il s’agit de prendre conscience des conditions et des lois d'un monde spirituel qui se manifeste dans l'homme aussi bien que dans le Cosmos. La véritable science spirituelle ne cherche pas des lois humaines à partir des constellations célestes ; elle cherche, à partir du spirituel, les lois humaines aussi bien que les lois naturelles. Bien qu'on ne cesse de confon­dre cette science spirituelle avec les tentatives mystiques les plus insensées de notre temps, elle n’a rien de commun avec oelles-ci. Etant donné que nous voyons dans certains gestes du corps humain des analogies avec des rapports cosmiques et que nous en faisons la base d’un art expressif (l’eurythmie), il faut souligner que la science spirituelle n’a rien à voir avec le dilettantisme des astrologues modernes, ni avec leurs pseudo-révélations extrêmement terre-à-terre. »


D’un autre point de vue encore, Rudof Steiner nous a mis instamment en garde contre les dangers qui peuvent résulter du maniement des horoscopes, justement par les personnes qui aspirent à un développement ésotérique. Car, dit-il, il y a un égoïsme subtil à vouloir, de cette façon, apprendre quelque chose sur soi-même ou sur ses semblables. Et lorsqu’on aspire à un développement intérieur, on peut facilement succomber à ce genre raffiné d’égoïsme, qui est d’autant plus dangereux qu’il reste plus intime. Mais la connaissance des vies terres­tres successives et du Kiarma peut nous montrer combien l'horoscope est peu apte à nous faire comprendre l’homme véritable. Car, pendant la vie que mène l’âme humaine dans le monde spiritual, avant la naissance, cette âme passe en revue ce qu’elle a apporté de ses incarnations antérieures en fait d’expériences et ce qui lui est resté de défauts, de lacunes. C’est d’après cela qu’elle détermine sa nouvelle vie terrestre. Elle recherche les occasions qui pourront la conduire à ren­forcer ou à transformer son caractère. Il faut à cet effet certaines données du monde physique et l’âme choisit pour sa nouvelle naissance la date et le milieu où ces données pour­ront se réaliser. Les intentions conçues dans la vie prénatale deviennent, dans la vie terrestre, des faits et des événements. Ce peuvent être par exemple des catastrophes ou des occasions de honte, selon les conceptions humaines. Il n’empêche que l’âme les a voulues avant de naître et on ne peut aucunement les détourner, une fois incarné, en les prévoyant par le calcul de l’horoscope. Plus on ferait d’efforts pour échapper à son destin (et il est naturel à l’égoïsme de le souhaiter), plus sûre­ment ces efforts conduiraient au but pré-déterminé. Mais l’âme perdrait, par ces tentatives, le courage, la force intérieure qui permettent de supporter les épreuves. Ce courage existe dans les profondeurs inconscientes de l’âme humaine et c’est un guide sûr. Tout ce qu’on peut apprendre des arrêts du destin par des méthodes aussi extérieures que l’horoscope ne peut que Je paralyser.


Ces paroles de Rudolf Steiner ne veulent pas dire que l'hom­me doit rester ignorant de son destin (31). D’ailleurs, déchif­frer l’écriture stellaire conduit de plus en plus à une compré­hension de la destinée humaine. Mais alors, l’horoscope «cal­culé » ne s’interposera plus entre l’homme et son destin.


Il en va autrement quand on cherche à étudier les lois stel­laires par l'examen du passé. Là l’égoïsme n’a pas la parole, puisque nous ne pouvons exercer aucune influence sur le passé. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre ce que Rudolf Steiner a dit de la constellation qui préside à l'instant de la mort (32). Nous ne pouvons pas agir sur l’âme qui est entrée dans le monde spirituel comme nous agissons sur celle qui s’incarne parmi nous. Mais il faut bien se rendre compte que, dans ce domaine non plus, l’astrologie courante ne peut être d’aucun secours. Rudolf Steiner conclut en disant que seul l’occultiste expérimenté, parvenu en quelque sorte à la fin de sa carrière, peut véritablement faire de l’astrologie.


En 1905, dans le numéro 28 de la revue « Luzifer-Gnosis », Rudolf Steiner a répondu à des questions concernant l’astro­logie. Ce passage est extraordinairement instructif et, vue son importance, nous allons le reproduire ici presque entièrement.


« Comment se comporte la théosophie vis-à-vis de l’astrolo¬gie ? Il faut dire tout de suite qu’actuellement, on sait très peu ce qu’est en réalité l’astrologie. Car ce qui paraît sous ce nom n’est souvent qu’un assemblage purement extérieur de règles dont les raisons profondes sont rarement expliquées. On donne des méthodes de calcul pour déterminer certaines constel¬lations à l’instant de la naissance d’un être humain ou à la date d’un événement important. Ensuite, on dit que ces constellations signifient ceci ou cela, sans qu'on puisse déduire de ces indications pourquoi il en est ainsi ou pourquoi il pourrait en être ainsi. Il n’est donc pas étonnant qu’à notre époque on tienne tout cela pour du charlatanisme et de la superstition. Car on ne peut y voir que des affirmations arbitraires.


« Mais la véritable astrologie est une science entièrement intuitive et elle exige de celui qui veut la pratiquer le déve¬loppement de forces de connaissance supérieures, supra- sensibles, qui sont absentes aujourd’hui chez presque tous les hommes. Rien que pour exposer son caractère fondamental, il faut se reporter à de très hauts problèmes cosmologiques qu’étudie la science spirituelle. A cause de cela, je ne pourrai indiquer ici que quelques points de vue très généraux.


« Le système stellaire auquel nous autres humains appar¬tenons forme un tout. Et l’homme est rattaché à toutes les forces de ce système stellaire... Le soleil par exemple agit lui aussi sur les humains par tout autre chose que la force d’attrac¬tion, la lumière et la chaleur qu’étudie la science. De même, il existe des liens de nature suprasensible entre l’homme et Mars, Mercure ou les autres planètes. En partant de là, chacun peut, s’il est doué pour le faire, établir tout un réseau de relations supra-sensibles entre les corps célestes et les êtres qui les habitent. Mais pour élever ces hypothèses au niveau d’une connaissance scientifique claire, il est nécessaire de développer une faculté de voyance suprasensible très haute, à savoir : les degrés les plus élevés de l'intuition qui soient accessibles aux humains. Il ne s’agit pas des pressentiments diffus ni des rêves à demi visionnaires qu’on qualifie aujour¬d’hui trop souvent d’intuitions. Il s’agit d’une faculté de perception aussi nette que la pensée mathématique. Or, il a existé et il existe encore dans les écoles secrètes des maîtres capables de faire de l'astrologie dans ce sens-là. Et ce qui se trouve à ce sujet dans les livres accessibles au public est sorti, d’une façon ou d’une autre, de ces enseignements secrets. Seule¬ment, même alors, ces doctrines restent inaccessibles à la pen¬sée courante, car, pour les comprendre, il faudrait être doué soi-même d'une profonde intuition. Ce qui a été rédigé, d'après les révélations de ces maîtres, par des écrivains qui ne les comprenaient pas, n’est naturellement pas de nature à donner une opinion favorable aux lecteurs entièrement imbus des manières actuelles de penser. Il faut dire cependant que même ces livres-là sur l’astrologie ne sont pas dénués de valeur. Leurs auteurs ont copié d’autant mieux qu’ils comprenaient moins ce qu’ils écrivaient. Dans ces écrits astrologiques, si obscure que puisse être leur origine, celui qui est capable d’intuition peut découvrir des perles de vérité ; mais à vrai dire, celui-là seul le peut.


« Les lois astrologiques reposent elles-mêmes sur des intuitions auprès desquelles la connaissance de la réincar¬nation et du Karma reste une chose très élémentaire. »


L’œuvre de Rudolf Steiner est justement remplie de ces connaissances profondes qui sont nécessaires à une vraie compréhension de l’astrologie. Il suffit d’évoquer sa « Lettre aux membres » qui traite de « La mission de Michaël à l’ère cosmique de la liberté humaine. » On y trouve le résumé des relations de l’homme avec le Cosmos au cours des temps. (5)


Dans des ères cosmiques passées, l'homme a acquis son corps physique et son corps éthérique. Ceux-ci résultent donc des actions et des forces cosmiques, bien qu’ils aient été déformés par la tentation luciférienne et, comme nous l’avons déjà dit, trop fortement accouplés l’un à l'autre. Le corps astral est déjà une création plus récente ; mais c’est dans le Moi, « le bébé parmi nos éléments constituants », comme Rudolf Steiner l’a appelé, que l'homme ressent sa liberté. A vrai dire, en des temps reculés, l’influence cosmique rayonnait, non seulement dans les corps physique et éthérique, mais encore, à travers eux, jusque dans le corps astral et le Moi. L’homme de ces temps-là ne pouvait pas être libre. De nos jours, il doit encore abandonner ses deux corps inférieurs aux actions divines et spirituelles, mais il peut s'élever par son Moi dans les mondes supérieurs. Pour son acte terrestre libre, il doit se soustraire à l’ancien appui cosmique et trouver d’une autre manière un soutien dans le monde spirituel, afin que sa liberté ne soit pas de l’arbitraire, de la simple anarchie, qui répandrait dans le monde spirituel des effets destructeurs. Et ce qui vient à sa rencontre, ce qui lui donne une base véritable pour son acte libre, il le reçoit des forces de Michaël, qui ont été gardées et mises en réserve depuis un très lointain passé. (Voir la « Lettre aux membres » citée plus haut). Ce sont des forces qui proviennent, elles aussi, du Cosmos, des étoiles et du système planétaire, mais qui ne peuvent plus être contraignantes, étant donné qu’elles n’interviennent pas dans la nature. Aux tout premiers temps de l’évolution terrestre, des farces spirituelles et morales étaient reçues par l’homme en même temps que les substances extérieures et même par la perception des sens ; elles se sont sublimées en quelque sorte et sont devenues, dans l'être spirituel de l’homme, la connaissance. (Voir aussi la fin de notre 8e Lettre.)


Puis vint une époque qui s'étendit presque jusqu'à l'ère de Michaël ; là, il se forma pour ainsi dire un domaine inter­médiaire où confluent d'une part ce qui monte de l'organisme (et renferme un élément cosmique) et d’autre part ce qui s’enfonce dans l’âme en tant que perceptions des sens à demi oubliées et images mémorielles ; le tout forme une région subconsciente où les éléments cosmiques se mêlent aux éléments non-digérés de l’âme humaine. Cette région de 1 ame a été très étudiée au XIXe siècle, mais pas toujours avec des méthodes heureuses ; et c'est encore sur elle que se fixe l’attention des psychologues qui ne savent pas lire les signes d’un temps nouveau.


Aujourd’hui, cela doit changer, tout au moins pour les âmes qui veulent se développer dans le sens de l’ère michaélique. On lit dans l'article déjà cité de Rudolf Steiner et intitulé : « La mission de Michaël à l'ère cosmique de la liberté humaine » :


« L’homme comprendra de moins en moins sa position à l'égard du monde et de son essence s’il ne consent pas à reconnaître, à côté des rapports qu’il possède avec les êtres et les phénomènes de la nature, ce qui le rattache à la mission de Michaël... L’homme rejette alors des forces cosmiques qui voudraient continuer à le former, à donner à son Moi des appuis physiques nécessaires comme elles l’ont fait avant l’ère de Michaël... Michaël a pour tâche de puiser dans la partie spirituelle du Cosmos des forces qu’il donne à l’homme de la manière qui est décrite ici, pour remplacer en lui les forces naturelles qui ont dû être dépassées. Michaël y parvient en mettant sa propre activité dans la plus parfaite harmonie avec le Mystère du Golgotha. »


Ensuite, Rudolf Steiner montre comment l’homme, de même qu’il reçoit du soleil physique de la lumière et de la chaleur, peut se sentir pénétré de chaleur par le soleil spirituel du Christ.


« Et l’effet qu’il en ressentira lui communiquera ce senti­ment : cette chaleur délivre mon être humain des entraves cosmiques dans lesquelles il n’a pas le droit de s’attarder... »


« Le Christ me donne mon essence humaine, — tel sera le sentiment fondamental qui, tel un souffle puissant, telle une vague toujours renouvelée, emplira l’âme de l’homme. Et lors­que ce sentiment-là sera devenu assez fort, il en entraînera un autre. L’homme se sentira soulevé par le Christ au-dessus de la simple existence terrestre. Il se sentira uni aux étoiles qui entourent la terre et à tout ce qu'on peut connaître de divin dans cet univers stellaire.


« Ainsi en est-il aussi de la lumière spirituelle... L’homme s’unit, à l’époque actuelle, avec les puissances cosmiques lumi­neuses du passé qui régnaient au temps où il n’était pas encore une individualité libre. »


Nous voyons ici une influence qui est tout île contraire de la force fataliste dont parlent les écrits astrologiques actuels. Notre idéal doit être avant tout de diriger vers elle notre regard.


C’est seulement quand nous nous efforçons en ce sens que nous acquérons un rapport juste, parce que libre, parce que pénétré de connaissance, avec la fatalité qu’implique notre constellation « natale », laquelle paraît effectivement déter­minée par le Cosmos. Nous trouvons le fondement de cette connaissance dans un autre article de la série des « Lettres aux membres » intitulé « Avenir de l’humanité et activité de Michaël » :

« La plus profonde satisfaction qu’ait éprouvée Michaël est celle d’avoir réussi à maintenir à travers l’homme un rapport encore direct entre le monde stellaire et la divinité. Voici de quelle façon: Lorsque, après avoir accompli sa vie supra- sensible, l’homme reprend le chemin d’une nouvelle incarna­tion, alors, en descendant vers l’existence physique, il cherche à établir une harmonie entre ses vies terrestres et le cours des étoiles. Cette harmonie, qui était naturelle jadis puisque la divinité agissait dans les étoiles et que la vie humaine y avait aussi sa source, n existerait pas de nos jours si l’homme ne la cherchait pas, puisque le cours des étoiles ne se perpétue que comme un effet de l’énergie divine. L'homme établit un rapport entre l’élément spirituel et divin qu’il a reçu jadis et les étoiles qui n’ont d’autre élément spirituel que les effets quelles éprouvent encore d’un état antérieur. Les rapports de l’homme avec le cosmos revêtent en conséquence un carac­tère divin qui correspond à ces temps anciens mais ne se manifestent que plus tard. Cet état de choses est l'œuvre de Michaël. Il en éprouve une si profonde satisfaction qu’il puise en elle en partie l'élément même de sa vie, son énergie vitale, son vouloir vivre solaire. »


C’est en vue de notre liberté qu'a été étendu autour de nous le « monde-œuvre ». Il ne peut pas contraindre l’homme dans son noyau spirituel. A ce « monde-œuvre », à cette « maya », appartient aussi l’apparence du ciel étoilé à l’instant de la naissance. Elle ne fait que montrer ce que l’âme humaine a vécu dans le monde spirituel avant sa naissance, en même temps que « les forces illuminantes spirituelles du passé ». Tout ce qui, derrière cet aspect stellaire, est réel et efficace, s’est déroulé auparavant, dans une existence purement spiri­tuelle. Si cette action spirituelle donne d’elle en outre une marque imagée dans le monde stellaire, se rend visible dans le ciel « natal », dans l’horoscope — bien qu’en réalité, au stade actuel de l'évolution du monde, ce ne soit plus « utile » — on le doit à l’action de Michaël.


Ceci nous révèle peut-être aussi pourquoi, de nos jours, tant de personnes aspirent à un renouveau de l’astrologie. Elles cherchent inconsciemment Michaël. Mais elles s’égarent néces­sairement, parce qu'elles n'ont pas les connaissances nécessai­res. Elles ne peuvent pas distinguer Jes actions du passé des actions du présent, la volonté prénatale du déterminisme terrestre, les forces cosmiques spirituelles iÜuminantes du rayonnement purement terrestre des étoiles. La route que l’on suit de la sorte ne pourra jamais conduire au Christ. Car… « ... l’influx spirituel divin des origines ne brille plus. Dans la lumière que le Christ apporte au moi humain, se retrouve la Lumière primordiale... L’homme peut trouver dans cette lumière la voie juste qui le mènera au but s’il sait s’unir à la mission de Michaël. »


Dans un effort de vulgarisation, j’ai réécrit et enrichi la lettre ci-dessous d’éléments complémentaires afin de la rendre accessible au grand public d’une part. D’autre part des apports bibliographiques, eux aussi commentés, enrichiront l’ensemble dans l’objectif d’une plus grande compréhension.

            L’originale de la lettre se trouve dans « Le ciel des dieux » d’Elisabeth Vreede - Éditions Triades.