L’accès mélancolique

L’accès mélancolique - Douleur morale, inhibition psychique, inertie et aboulie


Après un mode de début généralement insidieux, avec aboulie, asthénie, tristesse, bradypsychie, céphalées, anorexie, insomnie, etc., le tableau de l’accès mélancolique constitué à la période d’état peut s’étudier selon quatre plans de clivage caractéristiques.


Sur le plan de la présentation, l’attitude est marquée d’entrée par l’immobilité, la prostration, voire l’anéantissement : tête basse, épaules tombantes, tronc affaissé sont de règle ; le faciès porte « le masque de la douleur » avec effacement des reliefs, abaissement des coins de la bouche, mais aussi plissement du front, contraction des muscles des sourcils, fixité des yeux tenus grands ouverts ; les mouvements sont lents, rares, ébauchés, de faible amplitude ; la voix est basse, affaiblie, monotone et les réponses sont brèves, monosyllabiques avec des temps de latence allongés ; le fond habituel est d’ailleurs celui d’un semi-mutisme.


Sur le plan de la sphère affective, la douleur morale centre le psychisme mélan­colique dans un contexte de concentration sur la tristesse. Toujours profonde, celle-ci peut révéler plusieurs faces dans le détail sémiologique : humilité, scrupules, contrition, mais aussi découragement, dégoût, conviction d’amoindris­sement ; sensation diffuse aussi intense que vague de malaise, mais aussi sentiment d’impuissance, de vide, de néant ; reproches quant au passé immanquablement taxé de faute et appréhension quant à l’avenir envisagé comme irrémédiable­ment bouché ; anxiété continue, s’exacerbant aussi par périodes, mais para­doxalement mêlée à une désespérante sensation d’anesthésie morale. Cette concentration sur la tristesse peut aller depuis un sentiment flou d’indignité et de honte, de remords et de reproche sans horizon de pardon, jusqu’aux idées délirantes caractérisées de culpabilité, d’auto-accusation et de ruine où la péjoration se précise en dépassant parfois le patient.


Sur le plan de la sphère intellectuelle, l'inhibition psychique centre l’activité intellectuelle comme la douleur morale centrait l’activité affective. Ici encore l’inhibition psychique peut se spécifier selon plusieurs registres : bradypsychie, mais essentiellement par chute de la vigueur et inertie dans la production men­tale ; concentré dans la méditation douloureuse, l’esprit mélancolique se mobi­lise d’autant plus difficilement que les habitudes et les intérêts se sont effon­drés ; les perceptions restent exactes, mais parcellaires et mal intégrées ; l’attention est conservée, mais inégale, défaillante, difficile à susciter ; la mémoire au fond est indemne, mais parésiée tant pour la fixation que pour l’évocation ; l’association des idées est appauvrie et stérile. Dans l’ensemble l’exercice des fonctions classiques est oblitéré par une incapacité à l’effort.


Sur le plan de la sphère d'activité, l’inertie et l’aboulie dominent, sauf dans un domaine pratiquement toujours présent : la recherche de la mort. C’est le même sujet qui passe ses journées cloué au lit ou sur une chaise, indifférent même au minimum de toilette ou d’alimentation (cela peut aller jusqu’au refus d’ali­ments). Le sujet saura méditer patiemment une tentative de suicide. Pour le personnel médical, c’est une hantise, d’autant que la recherche de la mort est aussi fréquente dans les raptus anxieux voire même dans les amorces d’amélio­rations thérapeutiques.



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