L’âme de conscience - Du point de vue de la Christologie

Âme de conscience :


En notre âme nous cherchons la vérité, et dans cette vérité l'âme ne s'exprime pas seule. Les objets du monde extérieur s'expriment également en elle. La vérité que reconnaît la pensée a une valeur propre, autonome, qui concerne les réalités du monde et pas seulement l'âme pensante (…) la vérité que je pense aujourd'hui était vraie hier aussi et le sera demain, même si elle ne m'occupe qu'aujourd'hui. La joie que peut me provoquer l'acquisition d'une connaissance n'a de valeur qu'aus­si longtemps qu'elle dure, la vérité que renferme cette connaissance a une valeur en soi, indépendamment de la joie (...) L'homme doit se dire que la vérité éternelle existe bien en soi, bien que ses pen­sées n'en soient que des formulations transitoires (...) Si la vérité n'était pas autonome, si les senti­ments seuls lui donnaient une valeur et un sens, elle ne pourrait pas être un but unique pour tous les hommes. La rechercher, c'est lui reconnaître une existence indépendante.


Et il en est de même du Bien. Le Bien moral est indépendant de toute inclination, de toute passion, tant qu'il leur commande et ne se laisse pas commander par elles. Le plaisir ou le déplaisir, l'attrait ou la répulsion, sont des sentiments personnels à l'homme. Le devoir les domine tous. Nous pouvons le placer si haut que nous lui sacrifions notre vie. Et plus l'âme est élevée, plus elle ennoblit ses plaisirs, ses inclinations, ses impulsions, de manière que tous ses sentiments se conforment eux-mêmes au devoir sans contrainte ni assujettissement. Comme le Vrai, le Bien porte en soi une valeur d'éternité et ne la reçoit pas de l'âme sentante.


En éveillant en soi le Vrai et le Bien indépendants, l'homme s'élève au-dessus de l'âme sentante. L'esprit éternel illumine celle-ci. Une lumière impérissable s'allume en elle. Dans la mesure où elle vit dans cette lumière, l'âme participe d'un principe éternel auquel elle unit sa propre existence. Le Vrai et le Bien qu'elle renferme sont immortels.


Nous appellerons âme de conscience ce principe éternel qui s'éveille dans l'âme. Et nous la distinguons de l'âme d'entendement qui est encore captée par les sensations, les pulsions, les mouvements affectifs, etc. Nous savons tous que d'instinct nous reconnaissons pour vrai ce que nous préférons. Mais seule est durable la vérité qui s'est affranchie de toute sympathie ou antipathie provoquée par la sensation. La vérité reste vraie, même si elle révolte tous les sentiments person­nels. C'est cette partie de l'âme qu'habite la vérité que nous appelons âme de conscience (...) Plus l'âme se pénètre de vérité et de bien plus grandi et s'étend en elle le principe éternel.


Pour le voyant qui la perçoit, le rayonnement d'une âme en qui croît le principe éternel est aussi réel que la lumière d'une flamme pour l'œil physique.


Maurice Nouvel - Dictionnaire de Christologie


Anthroposophie