INTRODUCTION À L’ÉTUDE DES HIÉRARCHIES par Simone Rihouët-Coroze - Source




S’appliquant à en (de Dieu) repro­duire une parfaite image, elles s’élè­vent de toutes leurs forces vers leur Archétype, et à leur tour s’inclinent, à la façon de la divinité, vers les essences inférieures, pour les transformer.


Denys l’Aréopagite - La Hiérarchie céleste, chapitre VIII




Ésotérisme chrétien


Les Anges et la sphère de la Lune

Les Archanges et la sphère de Vénus

Les Archées et la sphère de Mercure

Les Puissances et la sphère du Soleil

Les Vertus et la Sphère de Mars

Les Dominations et la sphère de Jupiter

Les Trônes et la sphère de Saturne

Les Chérubins, accordeurs de planètes

Les Séraphins, esprits de l’amour universel



L’homme dit : « Dieu… » et il s’élève sans transition vers un absolu immuable et transcendant à toutes les créatures. Il dit : « Dieu… » par une exigence intérieure qui pose l’antithèse de tout ce qui lui apparaît sur terre borné, bas, périssable, impur. Son esprit a un besoin non seulement sentimental, mais rigoureusement logique, de Dieu comme d’un contrepoids à l’irrationnel qui l’entoure. Et, quand bien même il ne connaît pas Dieu, il l’imagine. Il ouvre dans un coin de son âme le paradis d’une divinité qui sera le point d'appui fixe, l’absolu aux pieds duquel viendra battre le flux déconcertant de la vie. L’homme moderne n’a plus la vision de Dieu ; mais sa pensée sèche et aride le pose comme un axiome qu’il juge nécessaire.


Cependant Dieu n’est pas en réalité cette abstraction inaccessible qui se soutient dans le vide. Si la pensée moderne trop liée au corps s’est appesantie au point de ne plus pouvoir appréhender l’Être divin dans sa réalité, il n’en a pas toujours été ainsi. Entre elle et la divinité, elle a connu et vénéré toute une gamme d'intermédiaires ; elle a même possédé la vision de ces esprits médiateurs entre sa petitesse et l’incommensu­rable grandeur divine. Cette vision a nourri sa vie spiri­tuelle. Il n'en reste plus de trace profonde dans l’âme moderne ; celle-ci trouve bien encore dans l'Église un ensei­gnement théorique relatif aux Hiérarchies, mais plus aucun commerce affectif avec ces êtres surnaturels ; on ne les connaît plus qu'à travers les documents d'un art religieux qu'inspire la tradition.


Interrogeons la science spirituelle sur la nature de ces êtres, l'origine de la vision qu'en eut l'homme autrefois, les raisons pour lesquelles il n'en a plus conscience aujourd'hui.


Elle nous dit : ce que l'art et la tradition religieuse trans­mettent au sujet des Hiérarchies célestes remonte certes à un lointain passé ; mais ce n'est encore qu'une pâle survivance d'époques bien plus reculées, pendant lesquelles l'humanité a possédé une vision directe de l'univers. Cette vision, sans comparaison possible avec la conscience actuelle, était moins une perception qu'une communion de l'être humain avec un univers lui aussi bien différent de celui que nous connaissons. Il faut remonter, pour s'en faire une idée, à un passé qui précède même celui qu'atteint la préhistoire : la terre n'était pas encore le sol ferme qu'elle est devenue sous nos pieds ; le corps humain n'avait pas non plus acquis son actuelle densité ; les éléments n'étaient pas différenciés comme de notre temps où le liquide est distinct du solide, le gaz de la chaleur. Quant à la vie humaine, elle oscillait entre la terre et le milieu cosmique au sein duquel lentement elle se chargeait de densité terrestre.


Les investigations de Rudolf Steiner permettent de se représenter ces étapes (1).


Aux époques de sa vie où il est davantage un habitant de la terre, l'homme ressent la planète comme le point où tout l'univers vient se condenser, se contracter ; il a d'elle l'impression qu’on aurait de ses os au fond de la chair. Il la voit baigner dans une atmosphère vivante ; depuis ce sol - vers lequel son corps l’attire toujours plus - jusqu’aux confins du ciel, il ressent des couches successives dont chacune dépasse en subtilité celle qu’elle laisse au-dessous d’elle. Ces sphères, que cernent les orbites des planètes, forment autour de la terre des cercles successifs qu’occupent la lune, Mercure, Vénus, le soleil, Mars, Jupiter, Saturne, jusqu’à la ceinture des astres fixes - le Zodiaque.


À d’autres moments de sa vie, l’homme perd la conscience terrestre et déserte son corps. Il s’identifie complètement par sa nature spirituelle avec l’univers dont aucune conscience personnelle ne le sépare encore, comme l’enfant dans le sein de sa mère. S’unissant par une partie de son être à chacune des sphères planétaires, il en prend la couleur, le rythme : ce rythme particulier est la pulsation même des entités spiri­tuelles qui composent cette sphère. Car des colonies d’êtres divins, de qualités diverses et hiérarchisées, s’expriment dans ces substances planétaires, lieu électif de leur manifes­tation. La gradation se poursuit depuis les entités les plus proches de la nature humaine terrestre - les Anges - jusqu’aux Chérubins et Séraphins qui dépassent même la sphère des planètes ; les plus parfaites, les plus proches de la divinité ne s’exprimant plus par des astres mouvants, errants, en qui le mouvement même est encore signe d’imperfection, mais par les constellations du Zodiaque, qui ont acquis déjà quelque chose du caractère divin : l’immuta­bilité.


Ainsi, par ses deux états de conscience, l’homme contemple les deux faces d’une même réalité : il voit tantôt l’astre par les yeux de la chair, tantôt l’entité par ceux de l’esprit.


Et lui, qui se sent vivre et respirer dans cet univers comme dans un organisme vivant, lui qui ressent le mouvement des planètes dans ses membres, leur rythme dans sa circulation, la majesté des étoiles immobiles dans la fixité de sa tête, il voit l’entité spirituelle transparaître dans l’astre qui en est le vêtement. Pour lui, astre et entité sont inséparables ; l’un est le corps de l’autre.


Dès que la conscience terrestre s’affirme, la différence devient plus marquée entre ce que l’homme perçoit lorsqu’il est dans son corps et ce qu’il vit dans les moments semblables au sommeil, alors qu’il participe à la vie spirituelle de l’univers. Pendant de longues périodes encore il voit dans les étoiles la manifestation multiforme du grand Être vivant qui exprime à travers elles les aspects infinis de sa nature inson­dable. À mesure que l’évolution avance, l’homme garde un souvenir plus vif, plus personnel, du temps de veille qu’il passe dans son corps que du temps où le sentiment de l'univers l’arrache à lui-même. De ce sentiment confus, il conserve comme un rêve l’image d’êtres surnaturels peuplant les sphères étoilées ; tandis que ce qu’il observe dans le ciel matériel lui paraît de plus en plus précis. Il voit les astres se déplacer d’après les rythmes qui fixent pour lui le temps, les années, les saisons et les jours ; il suit des yeux les lignes décrites et qui dotent l’espace de points de repère. Il sait encore que toute sa vie est réglée, gouvernée par ces mouvements et ces rythmes qui traduisent en signes visibles la sagesse de Dieu. Mais sa conscience se divise de plus en plus, sa perception se dédouble. La lumière des sens baigne le monde physique où il contemple l’astre ; c’est dans une autre lumière, celle de l’âme, celle du sens intérieur, que continuent de lui apparaître en songe, ou dans des moments d’évasion hors du terrestre, les Hiérarchies. Et la distance grandit entre le ciel où plongent ses regards sensibles et le ciel de son âme.


Quand il aspire à celui-ci, il cherche à en conserver les visions dans les formes du culte, les rites, la religion.


Quand il observe avec un intérêt croissant les phénomènes célestes, sur lesquels vont bientôt s’exercer ses facultés nais­santes de raisonnement, de calcul, il fait ses premiers pas vers la science.


Un jour, il ne subsistera même plus le souvenir que le moindre rapport ait pu exister entre le monde des étoiles qu’étudie l’astronomie et les Hiérarchies divines qu’enseigne la théologie.


Mais cette séparation ne s’est accomplie que fort lentement, et bien des siècles se sont écoulés avant qu’elle soit consommée comme elle l’est aujourd’hui.


Quand les cultes et les religions apparaissent, à l'aube des temps vers lesquels remonte la préhistoire, la connaissance des légions célestes n'est pas encore perdue pour le regard inté­rieur. Toute l'antiquité et les premiers temps du christia­nisme en portent la marque. Aucune religion antique n'a conçu la divinité sans ces intermédiaires qui traduisent les aspects infiniment variés de la Face qu'eux seuls sont admis à contempler. Ils sont la « pensée » de Dieu, son « œil », son « bras » ; la divinité impensable s'entoure comme d'une couronne de ces grandes puissances célestes ; à leur tour les grands dieux sont environnés de dieux moins élevés et plus proches des hommes. Les monuments et les sculptures antiques fourmillent de ces êtres surnaturels, depuis les esprits les plus sublimes jusqu'aux moindres de ces « génies » ailés familiers à tout l'Orient. Le matérialiste ne voit plus aujourd’hui dans ce pullulement d’êtres surnaturels que le fruit de l’imagination orientale qui s’est complu à décrire somptueusement ses délires, ses cauchemars et ses rêves.


Certes, à mesure que la vision s’atténue, les ordres spiri­tuels se mêlent et se confondent. Entre la milice céleste et l’infernale, la frontière est incertaine. Des natures intermé­diaires et neutres comme les êtres élémentaires la chevauchent vaguement.


Mais le christianisme intervient dans ce désordre transmis par l’Orient. Il sait faire le partage entre le céleste et l’infernal. La pensée humaine naissante s’efforce de refléter en elle-même l'ordre hiérarchique des entités qui portent les attributs de Dieu. Le génie hellène christianisé coordonne, harmonise. Ce n'est plus exactement une vision, mais une conception spirituelle que donne, aux premiers siècles chré­tiens, l'école de Denys l'Aréopagite dans sa Hiérarchie céleste, lorsqu'elle établit entre l'unité, principe et fin ulté­rieure de tout, et les créatures, qui n'ont en elles ni leur raison, ni leur terme, un milieu qui est à la fois science et action, connaissance et énergie. « C'est la Hiérarchie, institution sacrée, savante et forte, qui purifie, illumine et perfectionne et ainsi nous ramène à Dieu, qui est pureté, lumière et perfection… Le but de la Hiérarchie est donc d'assimiler et d'unir à Dieu… Car, contemplant d’un œil assuré la beauté suréminente, elle la retrace en soi comme elle peut ; et elle transforme ses adeptes en autant d’images de Dieu : purs et splendides miroirs où peut rayonner l’éternelle et ineffable lumière, et qui, selon l’ordre voulu, renvoient libéralement sur les choses inférieures cette clarté empruntée dont ils brillent. » (Chapitre III.)


Cette conception elle-même va s’estomper graduellement ; le dogme en conservera les notions de principe, mais c’est par la croyance au dogme et non plus par la voyance, ou même le souvenir de visions anciennes, que la pensée des Hiérarchies survivra parmi les hommes. Tant que le chrétien du Moyen Âge est animé d’une foi encore un peu visionnaire, il demeure attaché aux êtres surnaturels qu’il sent intervenir dans son âme et jusque dans les événements qui gouvernent sa destinée. Car Dieu est bien grand Sire ; ses messagers sont plus familiers à l’imagination croyante. Elle les connaît dans leur caractère, leurs vertus propres ; elle ne confond pas la nature de l’Ange, qui veille sur chaque chrétien et peut lui parler par un songe, avec celle d’un Archange comme Monsei­gneur saint Michel qui apparaît dans la lumière et pour annoncer des faits intéressant tout le peuple, concernant le salut de la race humaine. Le chrétien du Moyen Âge déve­loppe envers la qualité des diverses natures spirituelles une richesse de sentiments en face de laquelle le moderne fait grossière figure. Il sait qu’on ne procède vers Dieu que par degrés ; il pense avec l’Aréopagite : « Si quelqu’un veut dire que Dieu s’est révélé immédiatement à lui, que celui-là sache par les affirmations positives des Écritures que personne sur terre n’a vu ni ne verra l’essence intime de Dieu, mais que ces apparitions saintes se font, pour l’honneur de l’adorable majesté, sous le voile des plus merveilleux symboles que la nature humaine puisse supporter. » (Chapitre IV.)


Mais ce sentiment à son tour va se perdre. Le ciel et ses légions célestes, dont chacune exprimait une qualité divine, deviennent la grande abstraction qu’ils sont devenus pour le croyant moderne lorsqu’il dit : « le ciel… ». Seul l’Ange gardien garde encore pour lui quelque réalité concrète.


En revanche, à mesure que chacune des vives couleurs du paradis tourne au gris uniforme, un autre ciel se précise : celui que le télescope approche, celui que les découvertes de Galilée, de Copernic, de Kepler, mettent à la portée des calculs humains.


Le ciel physique (sky, disent les Anglais) achève de se détacher complètement du ciel de Dieu (heaven). La planète qui apparaît au bout de la longue-vue, on peut en calculer la distance à la terre, au soleil, en décrire l'orbite, en prévoir les révolutions ; elle est dans le monde sensible, matériel ; bien qu'infiniment éloignée, elle fait partie de ce qui se voit, de ce qui se pèse (à distance) ; par hypothèse, rien ne la distingue des objets qui entrent dans notre champ sensible.


Le souvenir que cette planète puisse être le signe visible d'êtres surnaturels, qu’elle délimite leur royaume, s’est effacé jusqu’en ses dernières traces. Nul soupçon même ne survit qu’une parenté puisse unir l’objet de l’astronomie aux dogmes abstraits de la théologie.


C’est ici qu’intervient de nos jours la science spirituelle.


Elle apparaît au temps où cette séparation est consommée, où le fossé semble irrémédiablement creusé entre science et croyance, entre les connaissances réelles de l’homme et son attachement intérieur aux traditions de la foi.


Elle apparaît aussi au temps où cette position de l'homme moderne devient intenable, où le fossé ne peut pas subsister sans entraîner, dans la vie intérieure comme dans la vie sociale, des catastrophes. Quand la tête va d'un côté et le cœur de l’autre, on sait que la faillite de l’individu est proche.


Elle affirme qu’une méthode de connaissance spirituelle sera praticable pour tous ceux qui auront acquis, par le travail sur eux-mêmes, la perception suprasensible. L’objet que voient les yeux physiques sera également perceptible sous son aspect spirituel au regard de l’esprit. Les sens physiques à eux seuls ne permettent de connaître dans leur réalité profonde ni les choses ni les êtres qui nous entourent. L’intérieur nous échappe. Il ne faut cependant pas croire que nous soyons destinés à ne jamais le saisir. Quelque chose en nous aspire à cette connaissance et en devient capable à force d'étude, d'application, de progrès dans la science du spirituel. Car cette science, bien que d'un objet si mystérieux en apparence, peut s'apprendre méthodiquement.


Déjà son promoteur a montré à quels résultats elle pouvait conduire. Qu'il ait été un précurseur, encore solitaire, en avance de mille étapes sur ceux qui s'acheminaient à sa suite, ce n'est que trop clair. L'homme qui devait frayer une telle voie ne pouvait être qu'un cas singulier. Il en est ainsi pour tous les pionniers qui viennent révolutionner l'art, la science, la philosophie.


Mais la méthode est créée, les résultats communiqués. On les trouve répandus à travers une œuvre immense, livres publics, cycles de conférences, réalisations pratiques. Aucune âme de bonne volonté et qu'attise le désir de la connaissance ne peut plus les ignorer.


Cherchons donc maintenant dans les premiers documents de cette science spirituelle comment elle réconcilie les deux parties divisées de la même réalité : le ciel des étoiles et celui des anges. Quelles perspectives de vision synthétique offrent la perception à la fois sensible et suprasensible des régions du ciel qui entourent et dépassent notre planète !


Avant d'aborder les conférences qui suivent et qui appor­tent déjà des réponses à cette question, rassemblons ici (surtout pour les lecteurs qui ne sont pas encore très ferrés en science spirituelle) certaines données disséminées dans d'autres textes et qu'ils doivent cependant connaître afin que ce qu'ils vont lire dans ce volume vienne s'insérer dans un ensemble coordonné.


Une notion élémentaire domine toutes les autres : les astres exprimant la vie spirituelle des Hiérarchies, il en résulte que l'évolution cosmique tout entière est le récit de cette vie. L'origine des mondes, leur lente formation, l'apparition successive des planètes, tout cela est l'œuvre des Hiérarchies ; c'est leur histoire qui s'est inscrite dans cette graphie céleste.


Ici se transforme déjà et reprend vie une des idées aujour­d'hui les plus mortes de la conception religieuse : celle que le monde spirituel ne subirait pas d'évolution. Le « ciel de Dieu » revêt chez les esprits religieux un caractère tellement fixe qu’il semble même blasphématoire d'introduire Vidée d'évolution dans un paradis où tout est parfait, absolu, éternellement identique à soi-même. La notion de transition, d'efforts répétés, successifs, tels qu'en fournit la nature pour réaliser ses créations, est rejetée dans le monde imparfait du sensible, du créé.


Cette faute est l'une des plus graves que commette la pensée religieuse moderne ; elle donne la preuve la plus nette que cette pensée ne possède pas le sens réaliste des Hiérarchies. On oppose la matière qui évolue à l'immutabilité de Dieu et on supprime les intermédiaires. Cette faute est celle qui sépare le plus la pensée religieuse, fixiste, de la pensée scientifique évolutionniste.


L'opposition s'abolit le jour où l'on retrouve, entre la matière où les lois de l'évolution ont leur maximum d'effet, et Dieu en qui elles s'annihilent, toute une gradation d'êtres. Plus leur nature est « évoluée », voisine de celle de Dieu, plus elle échappe au cycle des transformations - ce qui est déjà remarquable chez les Chérubins et les Séraphins, dont l'ex­pression astrale est libérée du mouvement planétaire. Les lois de l'évolution se font le plus fortement sentir au bas de la pyramide céleste, chez l'Ange, et bien plus fortement chez l'homme. Elles accentuent encore leur pression sur les règnes inférieurs à l'homme : l'animal, le végétal, le minéral. Si l'homme commence aujourd'hui à leur échapper, c'est précisé­ment parce qu'il atteint sur terre le stade qui doit le voir s'incorporer au monde hiérarchique dont il sera la partie la plus humble, la plus basse, mais pourtant une partie inté­grante. Il y parvient en franchissant le stade humain.

Passer par un stade humain n'est pas - comme pourrait le faire croire une terminologie trop pauvre pour la richesse de l'idée - traverser une expérience exclusivement réservée à l'homme. Toutes les Hiérarchies passent à leur tour par le stade humain. Elles l'ont toutes parcouru avant nous ; il est actuellement stade humain parce que ce sont les humains qui sur terre le franchissent. C'est en réalité le stade pendant lequel une Hiérarchie prend conscience du caractère spécial qui est le sien, de ce qui lui donne sa vertu, sa qualité, au sein des autres. Ainsi les Principautés ont acquis sur l'ancien Saturne la conscience d'être porteurs dans tout l'univers divin de l'élément de la personnalité. Ainsi, sur l'ancien Soleil, les Archanges sont devenus conscients d'être porteurs de l'élément qui guide les Anges et groupe les hommes. Ainsi, sur l'ancienne Lune, les Anges, qui passèrent alors par le stade humain, y prirent conscience de leur Moi angélique, de la mission que remplit ce Moi aux confins de la lumière spirituelle et des ténèbres matérielles. Ainsi, sur notre terre, l'homme traverse son stade humain en prenant conscience de porter en lui un Moi appelé à connaître la liberté au sein de l'ordre régulier de l'univers.


Certes, les entités spirituelles n'ont pas été des hommes avant d'être Anges, Archanges, etc. Elles furent toujours et restent Anges, Archanges, comme l'homme fut et reste l'homme. Mais à un point de leur évolution elles ont pris conscience d'elles-mêmes ; et comme c'est actuellement à ce point même que l'homme se trouve, la science spirituelle appelle par analogie stade humain l'étape de prise de conscience. Avant d'avoir passé par ce stade, un être se trouve, si haute que soit sa nature, dépourvu de personna­lité ; sa conscience n'est qu'un reflet provoqué par des êtres supérieurs à lui. Ce qu'il reçoit ainsi et qui vient l'animer du dehors est un don d'amour offert par les Hiérarchies aînées à cette forme encore primitive de vie divine qu'est une Hiérarchie naissante.


L'homme, qui a commencé son évolution sur l'ancien Saturne et n'a encore été que le miroir de toutes les influences cosmiques qui se réfléchissaient en lui, entre en contact sur terre avec son Moi, avec le point d'éternité de sa nature. Par ce point, il prend conscience de tout ce qu'il a reçu du dehors pour en faire sa chose. Il ne reste plus simplement passif, réceptif. Par ce Moi, qui le fait participer à la nature divine, créatrice, parce que point d'éternité, il commence à échapper aux contraintes impérieuses de l'évo­lution que subissent encore sans contrepoids les natures inférieures.


À mesure que ce Moi prend conscience de lui-même et de sa liberté, il travaille à réaliser ce que le monde spirituel attend de lui : la création de cette dixième Hiérarchie qui doit joindre, à la fin des temps terrestres, la voix de l’homme à celle des chœurs célestes.


Sans la notion de l’évolution, de l’histoire des Dieux, du passé de la race humaine et de son avenir, on ne peut pas comprendre la vie des Hiérarchies.


Ainsi, pour s’en approcher, il faut se pénétrer d’abord d’une vision d’ensemble sur l’évolution à travers les étapes déjà parcourues (2) - et suivre ensuite pour chaque Hiérarchie les points d’apparition de son être, de sa conscience, de son activité, de ses dons.


On constate alors que dès l’ancien Saturne, lorsque commence l’évolution humaine, toutes les Hiérarchies exis­tent déjà ; mais trois d’entre elles ont encore à franchir le stade humain. C’est ce qu’elles font successivement au cours des trois étapes cosmiques passées : Saturne, Soleil et Lune, cependant que l’homme, lui, acquiert l’un après l’autre les trois éléments de sa nature : physique, éthérique, astrale. Ces entités qui l’ont immédiatement précédé : Anges, Ar­changes, Archées, composent la Hiérarchie qui s’élève directement au-dessus de lui : la troisième.


Formant la deuxième Hiérarchie, Puissances, Vertus et Dominations sont déjà en état de donner au début de l’évolution humaine ; ayant déjà acquis leur Moi, ces entités possèdent le pouvoir du sacrifice et du don libre. Mais elles n’ont pas encore atteint la perfection de leur nature et, à chaque étape d'évolution, chacune d'elles, conformément à sa nature, doit trouver l’équilibre entre « prendre » et « donner ».


Quant à la première Hiérarchie, celle des Trônes, des Chérubins, des Séraphins, elle se trouve aujourd’hui à ce plafond de l’évolution où se sacrifier constitue l'affirmation suprême de son être.


Ces quelques notions n’ont d’autre but que de faciliter la lecture des conférences qui suivent. Il nous semble qu'elles y contribueront davantage si elles rassemblent encore, pour chacune des Hiérarchies qui viennent d'être simplement énumérées, les grands traits de sa nature et de son histoire. Certes, il n’est pas question de fondre en quelques lignes tout un enseignement, mais d’orienter le lecteur en lui permettant de retrouver sous chaque titre des descriptions et même des appellations qui varient parfois d’un cycle de conférences à l’autre.


(1) cf. Rudolf Steiner : La science de l’occulte, Éditions du Centre Triades, Paris, 1 976.


(2) On lira la description de cette évolution cosmique dans un grand nombre d’ouvrages de Rudolf Steiner.


Principalement dans La science de l'occulte, puis dans de nombreux cycles : L’Évangile de saint Jean (1 908),
La Création selon la Bible, L’Apocalypse (parus aux Éditions du Centre Triades), etc.


Qu’il suffise de rappeler ici que notre terre actuelle fut précédée de trois états planétaires qui ont reçu les noms suivants : ancien Saturne, ancien Soleil, ancienne Lune. Elle sera également suivie de trois états planétaires à venir, nommés : futur Jupiter, future Vénus, futur Vulcain.


1. Saturne

2. Soleil

3. Lune

4. Terre

5. Jupiter

6. Vénus

7. Vulcain


(cf « Les états planétaires »)


LES ANGES


Leur sphère est circonscrite par l’orbite de la lune. On les nomme aussi les Messagers, les Fils de la vie. Ils sont les Esprits du demi-jour, du clair-obscur ; ils sont un crépuscule pour la vie pure de l’esprit, mais pour l’homme ils sont l’aube du jour divin.


Lorsque l’évolution humaine commence, ils sont les der­niers-nés parmi les Hiérarchies déjà présentes. C’est pour­quoi ils précèdent immédiatement l’homme dans sa route vers la divinité.


Sur l’ancien Saturne, ils n’ont encore qu’une conscience sourde et semblable au sommeil sans rêves. Bien qu’obscure, cette conscience existe néanmoins ; elle est insufflée aux Anges par les Chérubins. Ce don des Chérubins éveille en eux une sorte de compréhension inconsciente, de pensée cosmique qui émane d’eux comme une vague de sonorité emplissant l’espace céleste et pénétrant particulièrement de ses ondes les germes de l’homme futur.


Sur l’ancien Soleil, leur conscience s’éclaire d’images comparables à celles du rêve, toujours grâce au sacrifice des Chérubins ; ceux-ci ont la vision de tout ce qui se déroule au sein de l’évolution solaire. Mais ils renoncent à la jouissance que cette contemplation éveillerait en eux pour diriger vers la conscience de rêve des « Fils de la vie » les tableaux de cette sagesse divine.


Sur l’ancienne Lune, l’Ange atteint son stade humain ; il s’éveille au sens de lui-même. La conscience n’est plus allumée en lui par l’action des Chérubins comme aux étapes précé­dentes. Par sa propre activité il élabore en pensées ce qui lui vient du dehors et du dedans. Le moyen dont il se sert pour cela lui est offert par le corps physique de l’homme lunaire. Les organes des sens notamment, qui furent amorcés dès Saturne dans le germe du futur être humain, lui servent comme de miroirs pour prendre conscience de ses représenta­tions. Ces sens, l’homme ne peut pas encore les utiliser pour percevoir le milieu extérieur. Ils servent aux Anges qui perçoivent à travers eux. Et les images que le miroir des sens humains éveille en eux leur procure la conscience du Moi. Par là même, les sens de l’homme s’affinent à leur tour.


Sur la terre, les Anges développent la conscience qui est appelée dans la science spirituelle : l’imagination ; elle résulte de la transformation de la nature astrale en Moi spirituel. Comme le corps physique de l’homme sur la Lune leur servit à acquérir la conscience du Moi, ils utilisent sur terre le corps éthérique humain pour élaborer leur conscience imaginative. Cette élaboration remplit le corps éthérique de l’homme des forces dépensée de l’Ange et donne à l’homme le substrat de sa propre pensée. « Par cette activité de l’Ange dans le corps éthérique, l’intelligence cosmique s’incorpore au règne humain » (Rudolf Steiner).


L’Ange trouve d’ailleurs dans un milieu éthérique le plus grand degré de densité auquel il puisse s'allier ; il ne peut s'incorporer qu'en ce qui est en perpétuelle transformation. Quant à ses principes supérieurs, ils demeurent en dehors de toute condensation, quelle qu'elle soit. Les volontés et les pensées des Anges sont réglées par les Hiérarchies et notamment par les entités solaires. Il leur est impossible d'avoir une pensée qui ne reflète pas l'ordre cosmique.


Porteur de cette sagesse, l'Ange ne peut s'incarner dans un homme, mais il peut l'inspirer. Il se tient immédiatement derrière lui. Pour voir l'Ange, il faudrait en esprit « se retourner », c'est-à-dire se détourner de la ligne terrestre qui nous a été imposée à la naissance et sur laquelle nous avançons jusqu'à la mort, attirés par les cailloux précieux qui brillent sur le chemin et qui sont les acquisitions de la conscience personnelle. Mais c'est l'Ange qui nous a engagés sur la route et qui nous permet de relier entre elles ces pierres précieuses. Il fournit le lien du collier, car il est la mémoire qui dépasse cette vie ; nous rencontrons ces pierres sur la voie où lui-même nous pousse à marcher ; car il guide notre destin personnel d'incarnation en incarnation. Il nous couve et nous couvre de l'aile du Souvenir qu'il élabore dans notre corps éthérique. L'y découvrir serait trouver en même temps le sens de notre destinée. L'Ange agit avec une affinité particulière dans notre éther chimique ; de là, il circule dans le sang, dans les combinaisons et les associations de nos impressions nerveuses, de nos pensées ; de là, il nous inspire. L'Ange ressent notre chimisme comme une musique. En revanche, il vit avec électivité dans l'élément éthérique de la musique.


LES ARCHANGES


Les Archanges, les Esprits du feu, s'expriment dans la sphère planétaire habituellement attribuée à Vénus. Ils gouvernent les Anges, ne dirigeant pas eux-mêmes les hommes indivi­duels. Par contre, ils sont les inspirateurs et les guides des grandes communautés, tribus ou peuples. En toute âme de peuple s'exprime la vie d'un Archange. Il ressent comme sa jeunesse la jeunesse du peuple qu'il conduit. Et quand le peuple vieillit, il ressent un dessèchement, un détachement qui peut aller jusqu’à la désaffectation complète qui correspond à la mort du peuple.


Lorsqu’avec Saturne l’évolution commence, les Archanges possèdent déjà la conscience de rêve. Ils reçoivent ce don des Séraphins cependant que les Anges le reçoivent des Chéru­bins. « Lorsque les Séraphins contemplent la vie de Saturne, ils renoncent pour eux-mêmes à tous les bénéfices qui leur viendraient de cette vision au profit des Esprits du feu ; ils projettent donc ces images dans la conscience des Archanges, où elles sont rêvées » (Rudolf Steiner). Cette offrande leur est faite tant qu’ils n’ont pas franchi le stade humain.


Ce stade, les Archanges l’atteignent avec l’ancien Soleil. Comme on voit la partie physique de l’organisme humain, et particulièrement les futurs sens, servir de point d’appui à la conscience des Anges pendant l’évolution lunaire, voici ce qui apparaît sur le Soleil : l’être humain possède déjà deux principes : celui qui arrive à une seconde étape d’évolution en passant de Saturne au Soleil et qui va être l’origine de sa nature éthérique ; d’autre part la nature saturnienne, physi­que, qui demeure ce qu’elle est. Elle forme comme une enclave sombre dans la lumineuse substance éthérique du Soleil. C’est elle qui va servir de point d’appui aux Archanges. Tandis qu’ils font circuler leurs courants de forces à travers cette partie obscure du futur homme terrestre, eux-mêmes devien­nent « hommes » sur le Soleil ; et ce faisant ils introduisent dans cette nature demeurée saturnienne une structure qui n’est d’abord qu’un fin réseau lumineux, mais qui édifiera les futurs organes des sens.


À l’étape lunaire, conquérant ce qu’actuellement les Anges acquièrent dans les conditions terrestres, les Archanges accè­dent au Moi spirituel. Ils trouvent dans le corps éthérique de l’homme lunaire le miroir de leur activité en réglant en lui la circulation des courants solaires.

Sur terre, c’est notre corps astral qui leur fournit un point d’appui pour l’élaboration de leur propre corps éthérique en Esprit de vie. La conscience inspirée qui en résulte leur permet de concevoir en images (conscience imaginative) les états intérieurs d’autres êtres et même de les ressentir comme leur propre vie.

Ils ne descendent pas dans les conditions de vie physiques, ni même éthériques, mais seulement jusqu’à la nature astrale du feu et de la lumière. C’est là qu’ils trouvent l’ultime moyen de se manifester, et dans ce feu et cette lumière seulement l’Archange peut se révéler à l’homme. Leur nature, qui a reçu particulièrement les dons faits à l’évolution pendant la phase solaire, s’exprime encore aujourd’hui avec prédilection dans les phénomènes spirituels qui sur terre font apparaître la lumière, et dans notre système nerveux (Rudolf Steiner).


LES ARCHÉES


Ils sont la tête de la troisième Hiérarchie ; leur sphère planétaire est la plus proche du soleil lorsqu’on part de la terre : c’est celle qui est attribuée à Mercure.


Les Archées sont aussi nommés Esprits du temps, car le temps est né pour l’homme lorsque les Archées en ont acquis la conscience ; ou encore Principautés, Principes, Primor­diaux… parce qu’ils ont créé le « commencement » en créant la conscience du temps ; ou encore Esprits de la personnalité, parce qu’avec eux, qui ont été les premiers à passer par un stade humain, apparaît précisément le phénomène primor­dial de conscience : en un point de la substance divine se fait une concentration où Dieu est réfléchi ; une enclave se forme dans le milieu universel. Elle détournera à son profit quelque chose de ce milieu et imprimera son rythme personnel à une partie de l’ensemble.


Il ne faut pas encore voir en cela l’autonomie d’un être qui s’enferme en lui-même et s’isole au sein du cosmos comme l’homme le fera sur terre. Mais il faut y voir ceci : la possibilité, pour la substance divine, de se diviser en essences différentes, acquérant la conscience de leur essence particu­lière.


Esprits du temps, les Archées gouvernent les époques. Les gnostiques les nomment alors : Éons. La succession des petites et grandes périodes qui composent notre évolution terrestre, c’est leur corps spirituel. Esprits de la personnalité, ils répartis­sent parmi les hommes les personnalités marquantes qui apparaissent au cours des âges ; sous leur impulsion, il se forme à chaque époque dans l’humanité un foyer où se concentrent plus intensément les tendances directrices de l’époque.


Sur Saturne, les Archées reçoivent du sacrifice des Trônes un corps de feu. Ils aspirent ce feu, tantôt l’intériorisant pour en constituer le centre de leur être, tantôt l’extériorisant en des formations qui vont s’affranchir d’eux. Ce rythme, qui engendre des échanges et des oppositions, leur procure la conscience personnelle. Ils dirigent alors leur force vers ce que (dans les conférences qui suivent) Rudolf Steiner appelle des « œufs de chaleur » et qui ne sont autre chose que les futurs hommes. Cette force, nous pouvons en évoquer la nature d’après celle qui vit aujourd’hui dans notre pensée. Car c’est par leur puissance de représentation qu’ils opèrent cette magie. Et les « œufs de chaleur » leur renvoient l’image réfléchie de ce qui se passe en eux. Ainsi l’Archée trouve dans notre germe physique le point d’appui, de la conscience « humaine » qu’il acquiert sur Saturne, comme l’Archange le trouvera sur le Soleil dans notre germe éthérique et l’Ange sur la Lune dans notre germe astral.


Les Archées s’élèvent sur le Soleil à la conscience imagina­tive, au Moi spirituel ; sur la Lune, à la conscience inspirée, à l’Esprit de vie. Sur terre, ils atteignent la conscience intuitive avec ce principe spirituel qui est l’équivalent de ce que sera pour nous, au terme de toute l’évolution humaine, l’Homme-Esprit. Le rapport qu’ils eurent à la première phase d’évolu­tion avec l’élément physique de l’homme, à la seconde avec l’élément éthérique, à la troisième avec l’élément astral, ils l’ont aujourd’hui avec notre Moi. Non pas avec notre Moi personnel, certes, mais avec cette nature spirituelle bien plus subtile encore que la nature éthérique ou astrale, dans laquelle notre Moi véritablement peut s’incorporer. Dans la mesure où la forme du corps humain est organisée pour servir d’expression à un moi pensant, elle est l’œuvre des Esprits de la personnalité.


Élevons-nous de la sphère des planètes intérieures à celle du soleil et au-delà. Passons de la troisième Hiérarchie (dont les destinées sont le plus intimement liées à celle de l’homme) aux entités de la deuxième triade. Tous les êtres que nous rencontrerons désormais ont acquis la conscience d’eux-mêmes dans un état inaccessible à nos conceptions de temps et d’espace, étranger à notre système cosmique. Ils se caractéri­sent moins par ce qu’ils acquièrent que par ce qu’ils donnent.


LES PUISSANCES


Leur sphère est le soleil.


Les Exousiaï (terminologie grecque), Potentates (termino­logie latine), sont essentiellement les Esprits de la forme.


Ils sont pénétrés d’une énergie qui tend à faire apparaître la forme dans le monde qui se manifeste.


Comme les Archées utilisèrent sur Saturne la substance des Trônes pour accomplir leur stade humain, l’homme reçoit aujourd’hui l’élément nécessaire à son Moi. Ce don est écrit dans le premier chapitre de la Bible : « Et Dieu dit : Faisons l’homme à notre image… » « Dieu » représente ici les Puissances, et plus spécialement ce groupe pour lequel le texte hébreu n’emploie pas le mot « Dieu », qui est un singulier, mais « Elohim », qui est un pluriel. Et lorsqu’au deuxième chapitre de la Bible la création de l’homme terrestre succède à cette première création céleste, ce deuxième don est également décrit. Mais il résulte cette fois d’une partie de la substance solaire des Elohim qui s’est détachée pour s’unir aux forces lunaires ; six Elohim sont restés sur le soleil, le septième, Jéhovah, conjugue avec eux les forces qu’il dirige depuis la lune vers la terre. Dans les traductions, on trouve pour Jéhovah l’expression : « l’Éternel Dieu ». Le don d’une forme humaine habitée par un Moi est fait alors aux hommes ; c'est l'époque où les conditions proprement terrestres sont apparues sur l'Atlantide.


« Alors l'Éternel Dieu forma l'homme de la poussière de la terre et souffla dans ses narines une respiration de vie ; et l'homme devint une âme vivante (3). »


LES VERTUS


L'expression Vertus a perdu aujourd'hui la force qu'elle avait lorsqu'elle traduisait l'essence active d'un être, d'une plante. Ce sens primitif, on le retrouve dans les mots Virtutes ou Dynamis qui servent à désigner la Hiérarchie supérieure aux Puissances. La meilleure traduction serait aujourd'hui : les Vigueurs.


Ces Esprits, qui sont ceux du mouvement, de l'activité, de la force, ont leur sphère sur Mars. L'Aréopagite parle de « la mâle et invincible vigueur qu'ils déploient dans l'exercice de leur divine fonction, qui les empêche de faiblir et de céder sous le poids des augustes lumières qui leur sont départies ».


En fait, ils reçoivent des Esprits de la sagesse le plan coordonné dans lequel ils introduisent l'activité ; ils le met­tent en action et le passent aux Esprits de la forme qui le condenseront dans les œuvres qu'ils créent.


On a vu quel rapport unit l'essence de l'homme sur terre aux Puissances, entités situées quatre degrés au-dessus d'elle dans l'ordre hiérarchique. Or les Vertus sont dans le même rapport avec les Anges qu'ils ont aidés sur la Lune à conquérir la conscience ; car ils ont introduit leur dynamisme dans ce que les Anges avaient reçu antérieurement du sacrifice des Chérubins. Grâce à eux, la conscience d'images est devenue vivante, changeante, stimulante par ses oppositions et ses transitions.


L’action des Dynamis s’exprime aussi bien dans la musi­que des sphères que dans le caractère mobile de l’astral, aussi bien dans les associations et dissociations de l’éther, dans les pulsations de la sève et du sang, que dans les mouvements de l’espace universel.


Ils sont activité pure ; on se forme à les percevoir intérieu­rement en se plongeant dans le devenir des êtres vivants.


LES DOMINATIONS


Les Seigneurs, les Kyriotetes, siègent sur Jupiter.


Ils sont dans l’univers les Esprits de la sagesse qui élaborent et coordonnent les impulsions que la première Hiérarchie leur inspire et qu’à leur tour ils confieront aux Dynamis.


Leur sagesse n’est pas comparable à celle à laquelle un être humain peut aspirer. Elle n’est pas une pensée, mais un fleuve de vie dont le trop-plein déborde sur toute la création, qui s’en abreuve. Dans ce trop-plein de sagesse se sont formés les êtres de l’ancien Soleil, cosmos de sagesse. Les Kyriotetes furent alors pour les Archanges les démiurges que les Exousiaï sont pour nous. Ils les aidèrent à prendre conscience d’eux-mêmes, cependant que de cet échange cosmique naissaient les conditions propices au germe éthérique humain.


Les Dominations ont empreint alors de leur sagesse la substance de l’éther cosmique, qui en a conservé sa structure jusqu’à maintenant. Et ils continuent de déverser leurs forces dans l’éthérique, de précipiter vers la terre l’éther des mondes.


Mais à la hauteur où sont les Esprits de la sagesse, ils ne peuvent plus faire à l’homme de don direct. (Il en est ainsi à partir des Puissances.) Leur activité est devenue trop supé­rieure à la sienne. Les Archanges leur servent d’intermédiaire en cela, comme les Anges le sont à l’égard des Vertus.


Nous voici parvenus aux régions les plus hautes où vont se découvrir les entités qui jouissent de la vue immédiate de Dieu. Jusqu’à elles, les impulsions divines n’ont pu être que communiquées, transmises. La première Hiérarchie les puise directement à la source vive.


Leur activité créatrice est de nature telle qu’elle survit comme une réalité objective alors même que ces entités s’en détachent. Leur œuvre, c’est la Création.


Les natures qui composent cette première Hiérarchie sont très éminemment pures, non pas seulement en ce sens que nulle tache, nulle souillure ne les avilit et qu’elles ne subissent pas la loi de nos imaginations matérielles, mais surtout parce que, inaccessibles à tout principe de dégradation et douées d’une sainteté transcendante, elles s’élèvent par là même au-dessus des autres esprits, si divins qu’ils soient ; et encore parce qu’elles trouvent dans un généreux amour de Dieu la force de se maintenir librement et invariablement en leur ordre propre, et que nulle altération ne peut leur survenir, la raideur d’une volonté invincible les attachant saintement aux fonctions merveilleuses qui leur furent assignées.


2°) Éga­lement, elles sont contemplatives… inondées d’une lumière qui surpasse toute connaissance spirituelle, et admises, autant que leur nature le permet, à la vision de cette beauté suréminente, cause et origine de toute beauté, et qui reluit dans les trois adorables Personnes…


3°) Elles sont parfaites aussi… Ainsi, constituées d’une façon merveilleuse par l’auteur de toute Hiérarchie qu’elles entourent au premier rang, elles apprennent de lui les hautes et souveraines raisons des opérations divines (Denys l’Aréopagite).


LES TRÔNES


Ils sont « constance et fixité » ; ils sont Esprits de la volonté.


Leur appui planétaire est la sphère de Saturne.


Lorsqu’a commencé le temps saturnien, les Trônes se sont offerts pour être le point de départ, la première substance originelle d’où la suite de l’évolution est sortie, et qu’on ne peut comparer qu’à une chaleur spirituelle, comme ce que nous appelons « chaleur de l’âme ». Ce fut elle qui offrit la première résistance pour que surgisse une conscience nou­velle : celle des Archées ; ainsi étaient créées les conditions d’existence cosmique qui sont à l’origine du corps physique de l’homme.


« Ces Esprits de la volonté en étaient sur Saturne au point de pouvoir transmuer leur propre substance en chaleur substan­tielle, déverser leur feu dans l’existence planétaire ; puis ils densifièrent ce feu en air (ancien Soleil) ; ce sont eux encore qui condensent l’atmosphère en eau pendant l’ancienne Lune, et enfin l’eau en terre pendant l’existence terrestre. Quand nous examinons aujourd’hui le monde qui nous entoure, nous pouvons nous dire, en face de l’élément solide, qu’en lui agissent les forces des Trônes qui ont rendu son existence possible » (Rudolf Steiner). Avec le minéral, la substance primordiale des Trônes atteint sa quatrième étape d’involution et le terme de ses métamorphoses. Elle est devenue l’ossature du monde physique. Dans notre corps, les os sont la dernière expression du don que sur Saturne les « admirables fixités » firent à l’évolution. Mais s’ils témoignent encore de l’œuvre passée des Trônes, ils ne peuvent pas nous mettre en rapport avec leur activité présente. Celle-ci ne pourrait être atteinte que par une conscience humaine capable de concevoir la masse des volontés cosmiques à l’état pur.


LES CHÉRUBINS


Chérubins et Séraphins n’interviennent plus comme les donneurs d’une substance particulière, ainsi que l’ont fait les Trônes sur Saturne, les Dominations sur le Soleil, les Vigueurs sur la Lune, les Puissances sur la Terre.


Ils sont parvenus au bord de la divinité, au-dessus de toute sphère planétaire. À travers eux, Dieu rayonne d’une manière impersonnelle, universelle. Ils se sont élevés au rang de Sacrificateurs cosmiques.


Les Chérubins accordent les mouvements des planètes les uns avec les autres, pour unir en un système parfaitement harmonisé les impulsions particulières. Car ils sont les Esprits des harmonies. Leur nom signifie : plénitude de science, ou encore : débordement de sagesse…


LES SÉRAPHINS


Leur nom signifie : lumière et chaleur. Il vient de saraph : brûler, arder. Ils sont l’ardeur pure - les Esprits de l’amour universel. Ils assurent le lien d’un système cosmique à l’autre. Unis de plus près à la divine Trinité, ils sont, parmi toutes les Hiérarchies, ceux qui tirent d’elle pour ainsi dire les buts qui vont présider à la création de chacun de ces systèmes cosmi­ques.


L’homme sur terre ne peut les deviner que lorsqu’au sein d’une chaude nuée d’orage il voit éclater le « feu de Dieu ».


Nous n’irons pas plus loin, laissant d’un côté la question des trois « Logoï », et à l’autre bout de l’échelle les êtres élémen­taires, dont le présent cycle ne parle que par incidence.


Nous voici au terme de la symphonie hiérarchique. Il nous semble n’avoir rien dit. Car il ne suffit pas d’énumérer des caractères ou de mentionner des noms. Les noms donnent certes des indications sur les natures spirituelles qu’ils dési­gnent. Mais ce n’est pas une nomenclature qui ouvrira seule la compréhension des Hiérarchies. On ne s’approche d’elles que par une certaine manière de penser et d’être, celle qu’on acquiert au cours d’études approfondies de science spirituelle et par le travail sur soi-même.


Car tout être humain est l’œuvre et l’enfant des Hiérar­chies. Notre nature entière, depuis la moelle des os jusqu’aux pensées les plus sublimes qui nous traversent, est née de leurs dons. Les forces dont elles nous pénètrent et qu’elles échangent à travers nous ont provoqué l’apparition de tout ce qui nous constitue. Répandues à travers l’univers qu’elles animent, elles se concentrent dans l’être humain comme en un point de convergence ; elles se rencontrent en l’homme - leur organe commun d'expression. Et l’homme est appelé à faire de cette rencontre le seul foyer de conscience où l’univers spirituel se réfléchisse. Il avance vers ce but à mesure qu’il acquiert progressivement la conscience et la maîtrise de ce qui fut déposé gratuitement par les Dieux en son corps, son âme et son esprit.


Un jour, il fondra ces dons précieux en une seule et même création qui deviendra son œuvre au sein du cosmos. L’amour universel, avec lequel a commencé la manifestation divine, s’exprimera en lui, mais doué d’un caractère nou­veau : l’amour dans la liberté consciente. Ce jour-là, l’homme parachèvera et justifiera la création des neuf Hiérarchies qui l’ont précédé sur la route vers Dieu.



S. Rihouët-Coroze. Paris, 20 avril 1945.



(1) Il faut se reporter, pour comprendre l’action des Esprits de la forme, à la description grandiose que Rudolf Steiner en trace dans La Création selon la Bible - les mystères de la Genèse, paru aux Éditions du Centre Triades, Paris, 1 980.


Les Hiérarchies célestes

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