La Terre et son avenir - Évolution de la conscience

Le lecteur pressentira, dans cet extrait de la Chronique de l’Akasha, l’évolution de la conscience humaine au travers des états planétaires - Schéma en bas de page.


_____________________________


La terre et son avenir

Rudolf Steiner



La quatrième phase [1] principale de l’évolution hu­maine se déroule sur la Terre et concerne l’état de conscience actuel de l’homme. Mais avant d’y accé­der, lui, ainsi que toute la Terre, il eut d’abord à passer par trois petits cycles (« rondes ») répétant ainsi les états saturniens, solaire et lunaire. Actuellement l’être hu­main vit dans le quatrième cycle terrestre. Il a déjà dé­passé le milieu de ce cycle.


À ce degré de conscience, l’homme ne perçoit plus, comme en rêve, seulement des images, effets de son entourage surgissant dans son âme, mais il est confronté à des objets situés « en de­hors » de lui, dans l’espace. Sur la Lune, mais encore durant les phases de répétition sur Terre, à l’approche d’un objet apparaissait dans son âme par exemple un tableau coloré. Toute sa conscience était faite d’un ondoiement d’images, de sons, etc., envahissant son âme puis se retirant. Ce n’est qu’à partir du quatrième état de conscience que la couleur se manifeste non plus seulement dans l’âme, mais sur tout objet extérieur situé dans l’espace ; le son n’est plus seulement une résonance intime de l’âme, mais est lié à l’objet so­nore dans l’espace. C’est pourquoi la science occulte appelle cet état terrestre, c’est-à-dire le quatrième état de conscience, celui de la « conscience objective ».


Celui-ci s’est développé lentement et graduellement tan­dis que les organes sensoriels physiques se formaient peu à peu au contact des objets extérieurs, rendant ainsi possible la perception des caractéristiques sen­sibles les plus variées. Aux organes des sens actuelle­ment développés s’en ajouteront d’autres qui pour l’instant n’existent qu’en germe et qui se développe­ront au cours de l’évolution terrestre future ; ils feront apparaître un règne sensible bien plus différencié en­core que celui que nous connaissons aujourd’hui. Pré­cédemment nous avons déjà évoqué cette croissance progressive de la conscience terrestre ; ultérieurement cette description sera élargie et complétée.


Pendant son existence sur Terre, l’être humain qui jadis percevait à l’intérieur de lui-même le monde co­loré, sonore, etc., le perçoit maintenant au-dehors, dans l’espace. À l’intérieur émerge, en échange, un Nouveau Monde, celui des représentations et des pen­sées. Au niveau de la conscience lunaire, on ne saurait parler de représentations et de pensées. Cet état ne portait que sur des images du genre de celles déjà caractérisées. Vers le milieu de l’évolution de la Terre, mais cela se prépare déjà plus tôt, apparaît chez l’homme la faculté d’élaborer des représentations et des pensées relatives aux objets.


Cette faculté constitue également le fondement de la mémoire et de la soi conscience. Pour se souvenir des perceptions, il faut préalablement être capable d’avoir des représenta­tions ; pour se distinguer de son entourage, devenir un être conscient et autonome, pour se reconnaître en tant que « Je », l’acquisition préalable de la faculté de pen­ser est indispensable. Les trois premières phases que nous avons mentionnées évoquaient des degrés de conscience ; la quatrième ne concerne pas seulement la conscience, mais la soi conscience.


Or au sein même de l’actuelle conscience de Soi, de la vie de la pensée, apparaît déjà une disposition ten­dant vers des états de conscience encore plus élevés. La prochaine planète étant la métamorphose de la forme actuelle de la Terre, c’est là que l’être humain passera par ces états de conscience supérieure. Il n’est pas insensé de dire quelques mots au sujet de ces fu­turs états de conscience, donc aussi de la vie telle qu’elle se déroulera sur les planètes suivantes.


En effet, il y a d’abord le fait que de par son développement le clairvoyant est un précurseur de ses semblables ; les rai­sons de cela seront évoquées le moment venu. En lui se forment, dès maintenant, les états de conscience aux­quels l’ensemble de l’humanité doit parvenir au cours de l’évolution planétaire. L’état de conscience chez le clairvoyant fournit déjà des images des prochaines éta­pes de l’humanité. Par ailleurs, il n’est pas moins vrai que chaque homme détient déjà en germe les trois prochains états de conscience, et que l’investigateur clairvoyant a les moyens d’indiquer ce qui peut adve­nir de ces dispositions.


S’il est dit ici que dès à présent le clairvoyant déve­loppent en lui les modes de conscience vers lesquels toute l’humanité se dirigera à l’avenir, il convient néanmoins de faire une restriction. Aujourd’hui le clairvoyant cultive par exemple au sein du monde psy­chique une faculté de vision qui se manifestera à l’ave­nir chez l’homme sous une forme physique. Mais cet état physique futur de l’homme sera la réplique fidèle de la configuration psychique que possède actuelle­ment le clairvoyant. La Terre elle aussi évoluera, et de ce fait ses futurs habitants physiques verront se mani­fester en eux des formes toutes différentes de ce qui existe actuellement ; mais ces formes physiques se pré­parent dès maintenant au plan psychique et spirituel.


Par exemple, le nuage de lumière et de couleur que le clairvoyant peut déceler autour du corps physique de l’homme, son aura, se transformera à l’avenir en une forme physique, et de nouveaux organes des sens conféreront à l’homme futur la faculté de percevoir les autres formes. Grâce à ces sens spirituels, le clairvoyant voit dès maintenant les modèles spirituels des futurs êtres sensibles (par exemple l’aura). Il lui est possible d’avoir une vue de l’avenir, mais il est très difficile de transmettre à l’actuelle faculté représentative ce qui est ainsi contemplé, car le langage dont nous disposons ne s’y prête guère.


Comparées aux objets colorés et sonores du monde extérieur, les représentations que fournit l’actuel état de conscience sont vagues et ternes. C’est pourquoi l’homme dit de ces représentations qu’elles ne sont « pas réelles ». Aux choses ou aux êtres qui eux sont « réels », parce qu’ils sont perçus par les sens on n’oppose « rien qu'une idée ». Cependant les représentations et les pensées portent en elles la disposition de redevenir réelles et imagées.


Quand nous parlons aujourd’hui de la représentation « rouge », sans avoir devant nous un objet rouge, cette représentation n’est en quelque sorte que l’ombre du vrai « rouge ». À l’avenir l’être humain réussira à ne plus seulement susciter dans son âme la pâle représentation du « rouge » ; lorsqu’il pensera le « rouge », celui-ci sera une réalité qu’il verra. Il ne créera plus seulement des représentations, mais des images. Il réalisera alors pour lui quelque chose de semblable à ce qui existait déjà pour la conscience lunaire. Les images ne seront pas vagues et fluctuantes, apparaissant et s’évanouissant comme dans un rêve, mais lui-même, en pleine possession de la soi conscience, les évoquera. Penser une couleur aura pouf effet de réaliser la couleur, se représenter un son sera l’égal du son lui-même, etc.


À l’avenir c’est grâce au pouvoir autonome de l’homme que se manifestera dans son âme un monde d’images fluctuantes, tandis qu’à l’époque lunaire ce genre de monde des images l’envahissait sans qu’il y soit pour rien. Le caractère spatial du monde des objets extérieurs ne disparaîtra pas. La couleur qui naîtra en même temps que la re­présentation de la couleur ne sera pas simplement une image dans l’âme, mais elle se déploiera au-dehors dans l’espace. En conséquence l’homme sera capable de percevoir des êtres et des choses d’un niveau supé­rieur à ceux de son horizon actuel. Il s’agit de choses et d’êtres de nature spirituelle et psychique plus sub­tile et qui de ce fait ne peuvent se revêtir des couleurs matérielles accessibles aux actuels organes des sens physiques ; leur manifestation aura le caractère plus délicat de couleurs et de sons psychiques et spirituels que l’homme futur saura éveiller dans son âme.


L’être humain s’approche donc d’un état où il pos­sédera une soi conscience imaginative capable d’avoir ce genre de perceptions. D’une part l’évolution ter­restre à venir mènera l’actuelle vie des représentations et des pensées vers des degrés toujours plus élevés, plus fins et plus perfectionnés ; d’autre part la soi cons­cience imaginative se développera peu à peu pendant cette période.


Mais l’homme ne la possédera dans toute sa plénitude que sur la prochaine planète qui sera la métamorphose de la Terre et que la science occulte appelle « Jupiter ». L’homme pourra alors com­muniquer avec des êtres qui échappent à l’actuelle perception sensorielle. On comprend que, de ce fait, non seulement la vie des perceptions sera très différente, mais que les actes, les sentiments et tous les rapports avec l’entourage seront également transformés. Au­jourd’hui l’homme est capable d’agir consciemment sur les êtres sensibles seulement ; par la suite son in­fluence s’étendra sciemment sur des forces et des éner­gies très différentes. Lui-même recevra en toute luci­dité des influences venant de règnes autres que le sien actuel.


À ce niveau on ne peut plus parler de naissance et de mort au sens usuel. En effet, la « mort » n’inter­vient que là où la conscience dépend d’un monde exté­rieur accessible par les organes des sens. Quand ceux-ci ne fonctionnent plus, tout lien avec l’entourage cesse, c’est-à-dire que l’homme « est mort ». Par contre, si son âme est assez évoluée pour recevoir les influences du monde extérieur sans avoir besoin de l’outil physi­que, mais grâce aux images qu’elle a elle-même engen­drées, alors elle devient capable de régler à volonté le commerce avec son entourage ; autrement dit, que sa vie ne peut être interrompue contre sa volonté. L’âme maîtrise la naissance et la mort. Tout cela se réalisera sur Jupiter, une fois que cette soi conscience imagina­tive aura été acquise. Cet état de l’âme s’appelle aussi la « conscience psychique ».


L’état de conscience suivant, développé ensuite par l’homme sur la prochaine planète, sur « Vénus », se dis­tingue du précédent par le fait que l’âme sera capable de créer non seulement des images, mais encore des ob­jets et des êtres. Nous serons alors au niveau de la soi conscience objective ou conscience métapsychique.


La conscience imaginative permet à l’homme de percevoir quelque chose des êtres et des choses suprasensibles, et grâce à cet éveil de sa faculté imaginative il peut aussi les influencer. Toutefois, pour que s’accomplisse ce qu’il exige d’un tel être suprasensible, celui-ci doit répondre à la sollicitation et mettre ses propres forces en mouvement. L’homme est donc maître des images et par elles il peut susciter des effets.


Mais il n’est pas encore maître des forces elles-mêmes. Quand il aura développé sa soi conscience objective, il saura égale­ment maîtriser les forces créatrices d’autres mondes. Il ne se contentera plus de percevoir et d’influencer des êtres, il les créera lui-même.


Ainsi se présente le cours de l’évolution de la cons­cience : d’abord elle est crépusculaire ; on ne perçoit rien des autres choses et des êtres, mais seulement les expériences intérieures (images) de sa propre âme ; ensuite se développe la perception. En fin de compte la conscience perceptive se transforme et devient créative. Avant que l’état terrestre ne passe à la vie sur Jupiter, il faut, à la suite du quatrième cycle terrestre, parcou­rir encore trois petits cycles. Ceux-ci servent à parfaire la conscience terrestre de la façon qui sera évoquée ul­térieurement, lorsque nous décrirons pour les sept pla­nètes (Ancien Saturne, Ancien Soleil, Ancienne Lune, Terre, la future Jupiter, la future Vénus, la future Vulcain [?] ) l’évolution des petits cycles et de leur subdivi­sion. Une fois que la Terre, après une période de repos (pralaya) se sera transformée en Jupiter, et que l’être humain sera arrivé sur cette planète, alors, et pendant quatre petits cycles, les quatre états précédents, c’est-à-dire ceux de Saturne, Soleil, Lune et Terre, devront être répétés ; ce n’est que durant le cinquième cycle de Jupiter que l’être humain atteindra le stade désigné plus haut comme étant celui de l’état de conscience jupitérien. D’une façon analogue, « l’état de conscience vénusien » apparaîtra durant le sixième cycle de Vénus.


Mentionnons brièvement ici un fait qui jouera un certain rôle dans les prochains chapitres. Il s’agit de la vitesse avec laquelle s’accomplit l’évolution sur les différentes planètes. Elle n’est pas toujours égale sur toutes les planètes. Sur Saturne la vie se déroule à la cadence la plus rapide, puis sur le Soleil la vitesse diminue, sur la Lune elle ralentit encore pour atteindre sur la Terre son allure la plus lente. Là encore elle ne cesse de diminuer jusqu’au moment où se développe la soi conscience. Dès lors la vitesse augmente de nouveau. Aujourd’hui l’homme a donc déjà dépassé le point de son évolution la plus lente. Le rythme de vie s’est de nouveau accéléré. Sur Jupiter nous atteindrons de nou­veau la vitesse de la Lune, et sur Vénus celle du Soleil.


La dernière planète comprise dans la série des trans­formations terrestres, donc celle qui viendra à la suite de Vénus, la science occulte la désigne du nom de « Vulcain ». Sur cette planète l’évolution de l’humanité touchera provisoirement à son terme. L’état de conscience dans lequel l’être humain entrera alors sera celui de la « Béatitude divine », ou conscience spirituelle.


L’homme le réalisera après avoir répété les six phases, précédentes, donc durant le septième cycle de Vulcain. Publiquement on ne peut pas divulguer grand-chose de la vie sur cette planète. La science occulte en parle en termes suivants : « Aucune âme dont l’activité intellec­tuelle est encore unie au corps physique ne devrait évoquer Vulcain et à la vie qui s’y déroule ». Cela veut dire que seuls les disciples d’ordre supérieur, capables de quitter leur corps physique pour accéder en dehors de lui à des connaissances suprasensibles, peuvent savoir quelque chose au sujet de Vulcain.


Au cours de l’évolution de l’humanité, les sept degrés de la conscience se manifestent durant sept phases planétaires. À chaque degré la conscience doit parcou­rir sept états subalternes. Ceux-ci se concrétisent dans les sept petits cycles déjà mentionnés (« rondes »). Ces états inférieurs, la science occulte de l’occident les appelle les « états de vie », et les distingue ainsi des su­périeurs qui sont les « états de conscience ». On dit aussi que chaque état de conscience passe par sept « règnes ». D’après ce calcul, on distingue donc pour l’ensemble de l’évolution du genre humain sept fois sept, soit quarante-neuf petits cycles ou « règnes » (« rondes », en langage théosophique) Et comme cha­que petit cycle doit traverser sept cycles qui sont en­core plus petits, les « états de forme » (« globes » selon la terminologie théosophique) cela donne pour le circuit complet de l’humanité sept fois quarante-neuf « états de forme » différents, soit trois cent quarante-trois en tout.


Les prochains récits traitant de l’évolution montre­ront que l’accès à une vue d’ensemble n’est pas aussi difficile que ne le fait penser l’évocation du nombre 343. Il deviendra évident que pour bien se connaître soi-même l’homme ne devrait pas ignorer cette évolu­tion, la sienne.



Rudolf steiner - La chronique de l’Akasha





[1]





Anthroposophie Anthroposophie Anthroposophie