Pratique de l’astrologie

La santé est la relation juste entre le microcosme, qui est l’Homme, et le macrocosme qui est l’univers. La maladie est une perturbation de cette relation.


Docteur Yeschi, médecin du Dalaï Lama.



Celui, ou celle, qui pratique l'astrologie avec ses semblables assume une lourde responsabilité, qu'il l'accepte ou non consciemment.


L'astrologie est l'un des moyens utilisés pour rétablir la relation juste entre le microcosme et le macrocosme, et ceux qui la pratiquent sont indubitablement amenés à exercer l'art de la guérison, qu'ils réussissent ou non à favoriser une guérison véritable.


Comme l'astrologie fait partie des quelques méthodes qui servent à rétablir les liens rompus avec le cosmos, sa pratique est un défi aussi important ou sacré que la vocation du médecin, du psychologue ou du prêtre — bien qu'il faille reconnaître que le public prétend souvent qu'il prend moins au sérieux les observations et conseils des astrologues que ceux des autres praticiens.


Pour le psychologue C.G. Jung, tout l'avenir de la psychologie considérée comme un art de guérison efficace reposait sur cette reconstruction de la relation rompue entre les êtres humains modernes et le cosmos.


Si ce recadrage entre l'individu et le plus grand tout, dont chaque personne est une partie, ne peut être réalisé, aucune guérison véritable ne peut alors être obtenue, comme l'affirme avec concision la citation qui ouvre cette introduction.


Je ne crois pas que l'astrologie soit le seul moyen de favoriser ce recadrage, de même que je ne prétends pas que l'astrologie à elle seule (sans l'aide d'autres méthodes, pratiques, et attitudes thérapeutiques ou spirituelles) puisse réaliser cette harmonie cosmique chez l'individu ; mais je suis vraiment convaincu que l'astrologie — correctement utilisée et correctement comprise — peut être un outil terriblement efficace et un langage de la vie particulièrement juste et précis que tout le monde devrait apprendre pour son usage personnel.


Cette unité entre l'individu et le cosmos ne faisait aucun doute pour nombre de cultures anciennes, nais aujourd'hui nous ne savons plus ressentir simplement les choses simples.


À l'heure actuelle, c'est par l'étude, l'effort et l'analyse compliquée que nous devons reconstruire et redécouvrir la réalité de cette unicité que notre intellect moderne tant vanté a fait si violemment voler en éclats. J'espère seulement que beaucoup d'entre nous apprennent lentement à relaxer leurs intellects crispés par l'étude, suffisamment pour redécouvrir la réalité vivante de l'unité de la vie. Si l'étude de l'astrologie peut entrouvrir la porte qui conduit à la redécouverte de cet état d'ouverture et d'unicité, elle aura ainsi apporté une profonde contribution à la vie moderne.


Puisque je parle de la place de l'astrologie parmi les arts de guérison, je pourrais aussi la mettre en contraste avec l'orthodoxie médicale et psychologique (l'« establishment ») et dire en sa faveur qu'elle est un constituant majeur du côté féminin (ou lunaire) des arts de guérison ; elle s'occupe de subtilité et de qualités plutôt que de quantités, d'intuition plutôt que de logique rigide. Elle est vraiment le complément (bien que non reconnue pour la plupart des praticiens des méthodes orthodoxes) du type masculin (ou solaire) de la médecine et de la psychologie technologique qui passionne aujourd'hui l'establishment.


L'approche technologico-statistico-biochimique des arts de guérison est un fait nouveau relativement récent, et à bien des égards elle représente une intrusion destructrice du principe solaire (ou logos) dans le domaine qui a traditionnellement été conçu, développé et défendu par ceux dont l'orientation est lunaire, féminine, intuitive et soignante. En fait, mentionner le mot « guérir » ou « soigner » évoque l'image d'une personne de type lunaire, et d'une sorte d'activité soignante non envahissante.


Pour poursuivre cette analogie, le principe solaire essaie toujours de concentrer l'autorité en lui-même, et de rayonner avec le maximum d'éclat en accumulant pouvoir et prestige social qui font briller son ego, tandis que la nature du principe lunaire le pousse à entretenir la vie (même au prix de l'autosacrifice), pour aider selon les besoins tout en restant au second plan, et pour éviter les conflits avec l'autorité.


Il suffit de regarder la situation des médecins dans la société occidentale (les représentants « solaires » des « arts de guérison » technologiques) pour voir la justesse de cette analogie, et comprendre que les arts de guérison ont pu constituer une arène de combat pour le prestige et le pouvoir, tandis que le domaine traditionnellement féminin des méthodes de soins naturels n'a cessé d'être outragé.


En fait, l'invasion injustifiée des types solaires dans le domaine lunaire des arts de guérison n'est qu'un exemple de plus d'une mentalité qui insiste toujours sur les méthodes autoritaires pour le traitement de n'importe quel problème. Heureusement, après que les tenants de la technologie eurent presque réussi leur tentative de mainmise sur le domaine des arts de guérison, le pendule a finalement recommencé à pencher de l'autre côté.


Mais ceux qui ont accumulé tout ce pouvoir social ne vont pas abdiquer ! Et ceux qui se consacrent à l'un des arts de guérison de type lunaire vont avoir à défendre leur droit de pratiquer cet art et d'utiliser les méthodes qui sont légitimement les leurs et auxquelles le public doit avoir accès. Bref, ils vont devenir un peu plus « solaires ». Et en s'engageant dans ce combat, ceux qui veulent une petite place au soleil (c'est-à-dire qui veulent gagner décemment leur vie et obtenir un minimum de respect dans leur profession), devront non seulement se confronter aux « autorités » de différentes manières et informer le public plus efficacement, mais aussi améliorer leur image de marque, et dans une certaine mesure professionnaliser leur domaine.


Malgré les milliers d'anglophones dans le monde qui pratique une forme d'astrologie, professionnellement ou semi professionnellement, il n'est paru à ma connaissance aucun ouvrage sérieux traitant les problèmes professionnels en jeu. (La Pratique de l'astrologie de Dane Rudhyar et The Astrologer's Guide to Counseling du Dr Bernard Rosenblum débattent tous deux de questions importantes concernant la responsabilité de l'astrologue, les répercussions de la consultation, les attitudes, etc., mais les problèmes pratiques du travail astrologique professionnel et nombre d'autres sujets discutés ici sont aussi importants et doivent être reconnus.)


De même il faut s'attaquer au problème de la place de l'astrologie dans la société moderne avant que la profession d'astrologue (ou de conseiller astrologique) puisse s'organiser.


Réfléchir à ces questions m'a spontanément entraîné dans de nombreuses directions, et les conclusions ont souvent été inattendues et peu rassurantes.


En réalité, il semble que, pour mon malheur, je me sente poussé de l'intérieur à dire le genre de chose que personne (tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du domaine astrologique) ne veut entendre.


Je sais bien que de telles déclarations ne vont pas me rendre populaire. Et comme l'astrologie est une religion pour des milliers de gens, qui par conséquent « y croient » à fond et sans aucune discrimination, ils reculent avec indignation quand on a l'air d'attaquer les grands prêtres ou la doctrine de leur religion.


Dire, par exemple, qu'il y a des limites aux applications utiles de l'astrologie est une complète hérésie pour les croyants « Comment peut-il y avoir la moindre limite à la seule vraie religion, la mienne ? » Vous verrez dans cet ouvrage que je n'ai l'intention de dénigrer la religion de personne. Ceux qui font de l'astrologie une religion ne devraient sans doute pas le lire. Mais comme pour moi l'astrologie n'est pas une religion, mais plutôt un art science qui se transforme et se reformule constamment pour s'adapter aux besoins d'une époque et d'une culture particulières, je n'ai pas le moindre scrupule à préciser comment, à mon sens, cette reformulation devrait se faire.


En dernière analyse, pour rétablir le contact rompu avec le cosmos, il nous faut apprendre à comprendre le langage cosmique. Il nous faut apprendre à écouter la musique céleste ce qui est déjà une expérience de guérison ! Réussir à approcher cette harmonie constitue une grande réalisation, très rare [1]. Pour les mortels ordinaires, ce contact cosmique se fait lentement sentir au cours du temps. Alors que médecine, thérapie et psychologie orthodoxes n'ont en général pas de fondements philosophiques ou cosmiques, l'astrologie repose sur des principes immuables. L'étude de l'astrologie, en tant qu'outil de développement personnel et de connaissance de soi, ne s'appuie pas sur de nouvelles découvertes, mais sur un approfondissement de la compréhension de quelques principes ancestraux déjà connus.


Au fil du temps, nous nous rapprochons des vérités anciennes, comprenons et apprécions leur valeur, sans doute en les reformulant et les redéfinissant, mais sans jamais les remplacer par les lubies éphémères de chaque époque.


Pratique de l’astrologie - Stephen Arroyo †


Notes :


[1] - « La véritable astrologie est une science tout intuitive qui exige de celui qui veut la pratiquer le développement de facultés de connaissances suprasensible supérieur, et qui ne peuvent être présente que chez une très petite minorité de gens ».

Rudolf Steiner  - L’esprit du temps N°25


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