La psychose

Jadis, le cœur de la folie était la démence, détérioration progressive et acquise des principales capacités mentales. Depuis que l'on a découvert la nature dégénérative du processus cérébral en cause dans les affections démentielles, classiquement appelées « primitives », la démence n'est plus que la conséquence, la complication navrante d'une maladie neurologique devant laquelle nous sommes encore désarmés.


Et maintenant, l'intérêt central de la psychopathologie se trouve au niveau de la psychose et du délire.


Le délire n'est qu'un symptôme, certes primordial, mais aléatoire, de certaines psychoses décompensées. Il n'est pas constitutif de la structure psychotique. C'est un symptôme important qui signe la désorganisation d'une personnalité psychotique et la tentative de renouer avec la réalité d'une manière déformée. L'écoute du délire, comme celle de tout symptôme, nous renseigne sur ses origines, c'est-à-dire sur la personnalité où il est né.


Dans la perspective phénoménologique qui est celle de la psychiatrie classique, le délire est une déformation subjective de la réalité s'accompagnant de la conviction solide de la personne. Il s'agit d'une erreur incorrigible, d'une perception, d'un jugement, d'un sentiment erroné que la personne n'arrive pas à mettre en doute et auxquels elle adhère avec plus de force qu'à la réalité extérieure. L'essentiel du délire se trouve dans la préférence que la personne manifeste pour son erreur, pour sa réalité subjective qui est, pour elle, plus importante que la réalité extérieure. elle surinvestit sa réalité psychique parce qu'elle lui est plus intéressante. C'est parce qu'elle réalise le meilleur compromis possible entre ses désirs et les possibilités de satisfaction que la personne psychotique préfère manifestement sa version délirante. C'est un mythe, un conte, un rêve qu'il veut plus vrai que la réalité.


La nature du délire n'est donc pas dans les idées ou les thèmes, car il s'agit d'idées inconscientes qui sont présentes en tout un chacun. Ce qui est constitutif du délire, c'est le besoin d'y adhérer à tel point qu'elles en viennent à supplanter la réalité. Deux éléments sont essentiels : d'une part l'altération du sens de la réalité, d'autre part le désintérêt pour la réalité extérieure ; ces deux facteurs agissent de concert.


L'altération du sens de la réalité est une perturbation des plus précoces de la vie mentale et constitue le cœur même de la structure psychotique. La désaffection de la réalité extérieure est un processus de deuil pathologique. D'une part, la personne n'est pas capable d'assumer le désinvestissement nécessaire de ses objets primitifs, ou plutôt de ses imagos primitives, et d'autre part tous ses choix d'objets ultérieurs sont compulsivement voués à la recherche de ces mêmes imagos ; en raison de ce caractère illusoire, ils se révèlent tous décevants.


La psychose est une organisation particulière de la personnalité, une structure psychique dont l'élément essentiel est un trouble de l'identité, c'est-à-dire une perturbation dans la prise de conscience de soi d'où il découle un flou plus ou moins important dans la saisie des limites entre soi et non-soi, sa propre réalité et celle de l'extérieur, un manque dans le sens de la réalité.



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