Le rites et rituels

Le développement consiste en des retraits d'enveloppes qui sont de véritables passages d'un état à un autre. Ces passages ne peuvent pas se vivre sans difficulté ni peur, tant pour celui qui va traverser ce moment que pour ceux qui le regardent. Il est nécessaire de recréer des rituels symboliques qui attesteront aux yeux des uns et des autres la perte de l'ancien état et le passage au nouvel état.


Dans certains cas, le passage à un nouvel état fait perdre un statut antérieur à celui qui l'effectue, qu'il ne pourra plus jamais retrouver ni avec ses avantages ni avec ses attributs, ce qui retentira autant sur lui-même que sur son environnement. Nous parlons de phénomènes de travail de deuil dans ces moments particuliers. Ces passages sont des traversées dont l'issue n'est pas toujours évidente pour le sujet lui-même et son environnement. Le développement se caractérise donc par l'importance de juguler l'anxiété créée par ces passages particuliers. De tout temps, ces passages sont entourés par la communauté dans des actes sociaux codifiés appelés « rites ».


Les rites sont des comportements dont le déroulement et la mise en scène sont régis et ordonnés par le rituel. Le rite une expression sociale, différente d'une simple pratique codifiée car il est en même temps communion, geste et langage où le symbolisme et la pratique ancestrale de ce rite font projeter les individus présents dans un avenir nouveau et ce en lien avec le passé. Les rites ménagent toujours un changement, un passage avec le temps de la séparation, de mise à la marge puis d'agrégation dans un autre statut.


Le rite porte au moins sept fonctions principales très interdépendantes.


- Le rite sert à rétablir et maintenir l'ordre social. Il sert toujours une règle, une loi, des interdits. Il souligne la limite, l'interdit et sa transgression potentielle. Mais avant de faire ce passage il est souvent nécessaire de suivre de nouvelles lois sociales pour montrer qu'on peut transgresser tout en reconnaissant la force de la Loi.


- Le rituel soutient ou renforce les liens et donc l'identité individuelle ou collective. Tous doivent passer par là, ce passage permet une entrée dans un corps social avec une nouvelle identité.


- La transmission a souvent un caractère introjectif, nourricier. Le rituel propose parfois d'ingurgiter, de manger, de boire pour souligner l'importance de s'approprier les attributs de l'autre, de l'intérioriser, fondement de l'identification. Elle a aussi un caractère éjectif par des attitudes de rejet, d'expulsion soit de l'individu avant son passage soit d'une partie de soi.


- Il permet la séparation tout en insistant sur un continuum entre l'avant et l'après, plutôt dans une dynamique cyclique que simplement linéaire.


- Le rite en stigmatisant la transgression et le passage souligne la peur de celui-ci et par sa gestion sociale veut montrer qu'il s'en rend maître en les réinscrivant dans un continuum.


- Tout sacrifice, toute souffrance subie lors d'un rituel montrent l'enjeu de la culpabilité ressentie en transgressant la limite, en drainant l'agressivité sous-jacente.


- Le rituel a une fonction curative quand on demande au rite d'effacer les malheurs vécus dans l'étape précédente.


Le rituel apparaît donc comme une mesure de sauvegarde ou de réassurance qui aide au dépassement, et comme un facteur d'intégration individuel et collectif. Si le passage de chaque phase particulière du développement d'un enfant n'impose pas forcément cette convocation symbolique communautaire, à l'inverse, l'absence ou la disparition des rites de passage empêchent tout individu à se distancier de la souffrance et de l'angoisse créées par ces passages. En leur absence, l'impossibilité de canaliser par le clivage ou le compromis des pulsions de mort ou des pulsions agressives que ces passages font naître, ces dernières pourront être renvoyées sur soi, avec leurs tendances destructrices.


Le rituel est donc une formidable machine humaine à traiter le pulsionnel et le conflit psychique qui nous habite, notamment avec les deux défenses principales que sont la projection et l'introjection. Le propre du rituel est d'être régi par des poussées antagonistes qui, isolées l'anéantiraient : entre persistance immuable et renouvellement, entre ordre et désordre, entre indifférenciation et différenciation, entre mort et renaissance. Entre pulsion de vie et pulsion de mort s'érige le rituel.


En définitive, les rites recréent la vie englobant tous les aspects vitaux et mortifères, les premiers tentant d'enrayer les seconds. Le rite est violence domptée. En canalisant et en amadouant le pulsionnel mortifère, il jouerait en effet un tour de force magistral à notre nature, en la mettant au service de pratiques socialement valorisées qui savent faire advenir le sens et l'élaboration mentale. Et parce qu'il se situe constamment dans un entre-deux, on peut le ramener à une aire transitionnelle, entre le dedans et le dehors.



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