Les troubles anxieux

Éprouver de l'anxiété [1] et de la nervosité par anticipation d'une situation stressante appartient à un mode de fonctionnement humain sain.


Par contre, une anxiété exagérée empêche d'agir avec efficacité. Plus qu'un simple trac, il s'agit d'un réel trouble qui peut dans certains cas perturber gravement la vie de certaines personnes.


Les personnes atteintes de troubles anxieux sont incapables de gérer ces affects et de diminuer leurs sensations d'anxiété, qui lorsqu'elles sont excessives, les empêchent parfois de participer aux tâches quotidiennes les plus banales.


Ces troubles anxieux affectent le comportement, les pensées, les sentiments et les sensations physiques. Ces troubles sont fréquents dans la population.


De la banale inquiétude à des comportements de terreur et de panique inhibant toute activité, pensée ou émotion, ces diverses manifestations sont autant de tentatives de l'individu à gérer une anxiété débordante.



Les troubles anxieux peuvent se classer de la manière suivante (Source DSM IV) :


L'attaque de panique

Le trouble panique

Le trouble de l'anxiété généralisée

La phobie simple ou spécifique

L'agoraphobie

La phobie sociale

L'état de stress post-traumatique

Le trouble obsessionnel compulsif


Ces troubles anxieux se déclinent en divers types de névroses [2]


1) La névrose d'angoisse [3]

= Trouble de l'anxiété généralisée


2) La névrose phobique

= Phobie sociale, agoraphobie, phobies spécifiques


3) La névrose obsessionnelle

= TOC, personnalité de type obsessionnel


4) La névrose post-traumatique

= État de stress post-traumatique




1) La névrose dangoisse ou trouble de lanxiété généralisée



C’est à Sigmund Freud que l’on doit le terme de névrose d'angoisse. Il s'agit d'une anxiété excessive sur un fond permanent d'anxiété d'intensité modérée, souvent ponctué de crises aiguës d'angoisse. Cet état dure plus de quelques jours sur une période de 6 mois. Il s’agit d’une humeur anxieuse persistante, présente depuis au moins un mois en l’absence d’autres troubles de l’humeur.


D’un point de vue des symptômes, la névrose d'angoisse se caractérise, outre un état d'anxiété flottant et diffus, par des crises d'angoisses paroxystiques, par des manifestations d'anxiété chronique ainsi que par des manifestations somatiques. (Douleur abdominale, sensation de constriction de la poitrine…)


Les symptômes psychologiques sont parfois chroniques et se manifestent sous forme d'une inquiétude exagérée, d’une agitation, d’une tension et d’une irritabilité plus intenses que ne le demande la situation réelle. On trouve des problèmes de concentration, des troubles de l'endormissement et du sommeil.


Inquiétude persistante et irrationnelle

Anxiété chronique excessive

Inquiétude touchant à la plupart des circonstances de la vie

Estime de soi altérée, sentiment d’être « pas très solide »

Impression d'être « à la limite », d'être « vide ».


Physiquement peuvent apparaîtrent des tremblements, des maux de tête, des vertiges, des mouvements brefs et saccadés, une tension musculaire plus ou moins importante, des douleurs ou endolorissements, des symptômes cardiovasculaires, gastro-intestinaux, respiratoires, génito-urinaires.
























2) La névrose phobique


La symptomatologie des phobies est connue depuis longtemps, mais c'est Freud qui le premier a introduit la notion de névrose phobique.


La phobie est un état qui apparaît dans un climat d'insécurité affective comme une séparation inopinée d'avec la mère, des absences très répétées de celle-ci, la naissance d'un autre enfant. Toutes les situations qui peuvent compromettre le tissu relationnel et social de l'enfant.


La phobie peut aussi s'installer en dehors de tout traumatisme extérieur et correspondre seulement avec une rupture interne dans l'équilibre psychique de l'enfant, rupture pouvant perdurer à l’âge adulte.


Il existe trois grands types de phobies :


Les phobies de situation ;

Les phobies d'impulsion ;

Les phobies limites.


L’agoraphobie est la plus fréquente des phobies de situation et la plus connue. La personne redoute de sortir de chez elle et de se retrouver dans une situation d’où il lui serait difficile de se retirer et de fuir. L’agoraphobie peut se manifester dans les endroits confinés, exiguë comme les transports en commun, les aéroports et tout autre lieu public similaire.


La phobie des situations sociales où la personne est exposée au regard d’autrui. La proximité avec les autres entraîne pour elle la peur [4] d’entrer en conflit avec l’entourage. Elle craint de réagir de façon inadaptée et de se rendre ridicule. Parler en public, rencontrer des interlocuteurs nouveaux ou inconnus pose de grandes difficultés. Une telle phobie conduit à avoir des relations très réduites comme se cantonner à une situation professionnelle inférieure à celle que la personne pourrait occuper de par ses qualités réelles. Cette phobie incline au célibat.


Certaines phobies dites spécifiques ou « phobies simples » comportent une peur irraisonnée et excessive de situations ou d'objets spécifiques. Elles sont très courantes et concernent la peur de se retrouver dans, ou en présence :


D'espaces fermés (ascenseurs, pièces closes, etc.) : claustrophobie.

De lieux élevés (échelles, tours, etc.) : acrophobie.

D'avions, du sang (injection, soins, prise de sang).

D'animaux (araignées, serpents).


Les phobies d'impulsion sont presque toujours des peurs d'impulsions agressives, peur d'avoir envie de faire du mal à soi-même ou à autrui (Par exemple phobie d'étrangler son enfant chez la femme). Mais aussi peur de se jeter par la fenêtre, sous le métro, sous une voiture…


Ont peut également mentionner l'éreuthophobie qui est la peur de rougir en public et d'être alors ridicule, ou mal jugé par les autres. La nosophobie qui est la crainte des maladies et surtout des plus sévères (cancer, leucémie, Sida, maladie mentale).



2) La névrose obsessionnelle



Sigmund Freud décrit pour la première fois ce trouble anxieux sous la dénomination de névrose obsessionnelle et la classe comme une névrose structurée de type névrose phobique et de névrose d'angoisse.


Le trouble obsessionnel compulsif peut perdurer tout au long de la vie d'une personne. Les personnes atteintes de TOC peuvent être prises au piège dans une structure faite de pensées et de comportements répétitifs, absurdes et pénibles, mais extrêmement difficiles à maîtriser.


Les symptômes sont légers à graves, et peuvent priver une personne de ses capacités au travail, à l'école et même dans sa sphère privée.


Il y a deux dimensions dans le trouble obsessionnel-compulsif : l'obsession et la compulsion.


L'obsession.


L’obsession consiste en l'intrusion, indépendamment des circonstances, chez une personne dont la conscience reste claire et intacte, d'une idée, d'une représentation ou d'un groupe d'idées ou de représentations.


L'individu, qui est obsédé par une idée négative se sent coupable et anxieux. Plus il tente de résister à cette idée, plus elle s'impose. Il adopte alors un comportement compulsif, dans la répétition d'un rituel, afin de chasser cette idée.


Des pensées répétées de contamination (par ex., être contaminé en serrant la main) qui entraînent sans arrêt un lavage de mains en cours de journée.


Des doutes répétés (par ex., se demander si l'on a fermé la porte) qui entraînent des vérifications répétées et systématiques.


Un besoin de mettre les choses dans un ordre particulier qui entraîne sans cesse des rangements.


Les compulsions


Le patient atteint par ces obsessions va tenter d'ignorer ou de supprimer de telles pensées ou impulsions, de les neutraliser avec une autre pensée ou action (c'est-à-dire une compulsion). Les compulsions consistent en des comportements répétitifs (par ex., se laver les mains, vérifier), des actes mentaux (prier, compter, répéter des mots de manière silencieuse) dans le but de prévenir ou de réduire l'anxiété ou la souffrance. Le nombre et la fréquence de ces compulsions entraînent de l'incompétence pour les tâches cognitives nécessitant de la concentration et épuisent la personne. Elle évite les objets ou les situations qui provoquent les obsessions ou les compulsions.



2) La névrose post-traumatique ou état de stress post-traumatique



Critères de l’état de stress post-traumatique selon le DSM IV TR :


A. Le sujet a été exposé à un événement traumatique dans lequel les deux éléments suivants étaient présents :


(1) le sujet a vécu, a été témoin ou a été confronté à un événement ou des événements durant lesquels des individus ont pu mourir ou être gravement blessés ou bien ont été menacés de mort ou de graves blessures ou bien durant lesquels son intégrité physique ou celle d'autrui a pu être menacée.


(2) la réaction du sujet à l'événement s'est traduite par une peur intense, un sentiment d'impuissance ou d'horreur. N.B. Chez les enfants, un comportement désorganisé ou agité peut se substituer à ces manifestations.


B. L'événement traumatique est constamment revécu, de l'une (ou de plusieurs) des façons suivantes :


(1) souvenirs répétitifs et envahissants de l'événement provoquant un sentiment de détresse et comprenant des images, des pensées ou des perceptions. N.B. Chez les jeunes enfants peut survenir un jeu répétitif exprimant des thèmes ou des aspects du traumatisme.


(2) rêves répétitifs de l'événement provoquant un sentiment de détresse. N.B. Chez les jeunes enfants, il peut y avoir des rêves effrayants sans contenu reconnaissable.


(3) impressions ou agissements soudains « comme si » l'événement traumatique allait se reproduire (incluant le sentiment de revivre l'événement, des illusions, des hallucinations, et des épisodes dissociatifs (flash-back), y compris ceux qui surviennent au réveil ou au cours d'une intoxication). N.B. Chez les jeunes enfants, des reconstitutions spécifiques du traumatisme peuvent survenir.


(4) sentiment intense de détresse psychique lors de l'exposition à des indices externes ou internes évoquant ou ressemblant à un aspect de l'événement traumatique en cause.


(5) réactivité physiologique lors de l'exposition à des indices internes ou externes pouvant évoquer ou ressembler à un aspect de l'événement traumatique en cause.


C. Évitement persistant des stimuli associés au traumatisme et émoussement de la réactivité générale (ne préexistant pas au traumatisme), comme en témoigne la présence d'au moins trois des manifestations suivantes :


(1) efforts pour éviter les pensées, les sentiments ou les conversations associées au traumatisme.


(2) efforts pour éviter les activités, les endroits, ou les gens qui éveillent des souvenirs du traumatisme.


(3) incapacité de se rappeler d'un aspect important du traumatisme.


(4) réduction nette de l'intérêt pour des activités importantes ou bien réduction de la participation à ces mêmes activités.


(5) sentiment de détachement d'autrui ou de devenir étranger par rapport aux autres.


(6) restriction des affects (par exemple, incapacité à éprouver des sentiments tendres).


(7) sentiment d'avenir « bouché » (par exemple, pense ne pas pouvoir faire carrière, se marier, avoir des enfants, ou avoir un cours normal de la vie)


D. Présence de symptômes persistants traduisant une activation neurovégétative (ne préexistant pas au traumatisme) comme en témoigne la présence d'au moins deux des manifestations suivantes :


(1) difficultés d'endormissement ou sommeil interrompu.


(2) irritabilité ou accès de colère.


(3) difficultés de concentration.


(4) hypervigilance.


(5) réaction de sursaut exagérée.


E. La perturbation (symptômes des critères B, C et D) dure plus d'un mois.


F. La perturbation entraîne une souffrance cliniquement significative ou une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d'autres domaines importants.



Beaucoup de situations sont ressenties comme traumatisantes, d'autres comme stressantes (mariage, divorce, deuil, accident…). Toutes ces situations ou événements stressants, bouleversants ne vont pas pour autant provoquer d'état de stress post-traumatique.


L'événement traumatique dont il est question dans l’état de stress post-traumatique est un événement qui est brutal, en dehors d’une expérience habituelle et qui provoque chez toute personne une détresse intense et qui la confronte à la mort ou au profond sentiment d’un anéantissement.


L’état de stress post-traumatique est un trouble caractérisé par une réaction anxieuse marquée par la peur ou l'effroi, la sensation intense de menace de mort, par un état de sidération ou d'agitation.


L'état de dissociation traumatique que l’on y rencontre se définit comme un état de torpeur, de déréalisation, de dépersonnalisation transitoire, un sentiment d'être en pilotage automatique. Il existe une altération de la conscience : pendant la durée de l'événement traumatique, les notions de temps et d'espace sont modifiées.


Les symptômes relevés après une expérience traumatique s'inscrivent dans un phénomène de répétition : les souvenirs sont envahissants, répétitifs et provoquent toujours une grande détresse émotionnelle (Mémoire traumatique). Des images, déclenchées par un élément rappelant le traumatisme, se mettent en route de façon brutale et sans raison pour la personne, provoquant la sensation de « comme si ça allait m'arriver de nouveau ».


Ces images deviennent des signaux de danger et provoquent un état d'alerte et de vigilance. Ces intrusions provoquent un état émotionnel pouvant aller jusqu'à l'attaque de panique et enclenchent un état d'hypervigilance pour éviter que cela se reproduise.


De la même façon, les personnes revivent le déroulement du traumatisme dans leurs rêves qui prennent alors l'allure de cauchemars terrifiants amenant parfois le sujet à utiliser n'importe quel moyen pour arriver à dormir (drogues, alcool…).


Pour réduire ce sentiment de menace incontrôlé, la personne enclenche des comportements d'évitements ou de contrôle (vérifications). Ces efforts d'évitement vont empêcher l'adaptation et maintenir les troubles.


Les comportements d'évitement sont caractéristiques dans l’état de stress post-traumatique. Il s'agit pour la personne d'éviter l'émotion ressentie pendant et juste après l'événement traumatique : sensations physiques de peur, confrontation avec la réalité de la mort, peur des sentiments vécus : perte de contrôle, culpabilité, honte…


Pour cela, toute l'énergie de la personne est tournée vers l'évitement de toute situation ou pensée qui pourrait lui remémorer l'événement traumatique (conversation, actualité…) ; l'évitement des stimuli associés directement au traumatisme (voiture, lieu de l'agression, armes…) ou qui ont été associés pendant l'événement (bruits, type de personne…). La personne cherche aussi à éviter ses propres émotions ce qui conduit à l'émoussement des affects, l'amnésie de certains aspects du traumatisme, un sentiment de détachement, voire d'étrangeté… De plus la confrontation à la mort et le sentiment d'impuissance ressenti rendent l'avenir incertain et les projets inutiles.




Notes :


[1] Le terme anxiété vient du latin anxiété. C’est une émotion humaine courante, utile à condition de rester modérée, l'anxiété peut devenir un moteur indispensable à nos activités et constituer la réponse adéquate et adaptée à une situation difficile, du moins stressante.


L'anxiété utile et nécessaire motive la personne à se préparer pour un examen, à prononcer une conférence, à stimuler sa créativité et à augmenter ses performances. A contrario, celle qui ne ressentirait pas cette anxiété minimale présenterait un handicap dans la vie. L'anxiété et l'inquiétude font partie de la vie et sont une aide pour nous préparent à l’affronter.


[2] La névrose est un trouble de l'ensemble de la personnalité, plus particulièrement marqué au niveau de l'affectivité. L’existence de la personne est perturbée par des conflits intérieurs, sans que son sens de la réalité soit modifié.


La personne s’impose des restrictions, des limitations et est particulièrement inhibée. De nombreux mécanismes de défense sont à l’œuvre dans ce que la personne semble s’imposer à elle-même jusqu’à en souffrir sans pouvoir elle-même arriver à gérer ses conflits.


[3] L'angoisse est un terme qui provient du latin angere (serrer). C’est un symptôme de serrement qui est évoqué dans la fameuse « boule » d'angoisse dans le fond de la gorge du sujet anxieux ou paniqué.


[4] La peur. Le terme peur provient du latin pavor. La peur est un état orienté vers le présent, caractérisé par de fortes tendances à la fuite face à un danger actuel. La peur est liée à un objet ou à une situation précise, soit du fait de l'éducation, soit du fait de l'expérience. Elle s'inscrit dans le développement normal de tout sujet. C'est plutôt son absence qui serait pathologique, que ce soit chez l'enfant ou chez l'adulte. Combien ne voit-on pas de personnes dépourvues de cette capacité d'avoir peur, de cette vigilance intérieure, qui se mettent dans des situations de potentielle agression ou d'autodestruction ?






Fin provisoire du texte sous réserve de rajout et de modification.

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