Les troubles de l’humeur

À la réflexion et au cours du temps, le terme dépression étant devenu trop vague, celui de troubles de l'humeur lui a été préféré.


Ces deux dénominations, dépression et troubles de l’humeur sont devenues de nos jours synonymes.


Les états dépressifs représentent certainement le syndrome le plus fréquent de souffrance chez la plupart de nos contemporains.


Les troubles de l’humeur désignent une disposition, une manière d'être physique ou morale d'une personne. Cet état peut être stationnaire, grave, critique, désespéré. Il implique l'idée de durée, et l'évolution actuelle des dépressions incite à parler plutôt d'épisodes dépressifs.


L'épisode dépressif est une perturbation de l'humeur dans le sens négatif, celui de la tris­tesse, de la souffrance intérieure. Par humeur il faut entendre une disposition affective fondamentale, riche de toutes les instances émotionnelles et instinctives, qui donne à chacun de nos états d'âme une tonalité agréable ou désagréable, oscillant entre les deux pôles extrêmes du plaisir et de la douleur ».


Entre le plaisir et la douleur, l'humeur est la résultante des affects d'une personne à un moment donné et est normalement adaptée à l'ambiance vécue. Les émotions seraient les réactions affectives immédiates tandis que les sentiments représenteraient une inscription permanente des émotions.


Les divers types de thymie (Source DSM IV) :


Hyperthymie ou exaltation de l'humeur : tristesse et euphorie

Hypothymie : va de l'émoussement affectif à l'indifférence affective

Cyclothymie [1] : humeur mobile variant en fonction des modifications de l'ambiance.    

            Schizothymie : humeur froide et distante souvent associée à un repli sur soi

            Syntonie : accord affectif étroit entre la personne et son environnement

            Égosyntonie : accord étroit entre ce que la personne éprouve et sa personnalité

Égodystonie : désaccord entre ce que la personne éprouve et sa personnalité


Des variations de l'humeur seront pathologiques dans le sens de la tristesse comme dans l'humeur dépressive ou dans le sens de la joie comme dans l'exal­tation maniaque ou l'euphorie morbide. Dans ces situations, il y a désadapta­tion nette de l'humeur de la personne par rapport au contexte, à l'ambiance, anormale dans l'intensité, la durée ou la stéréotypie [2].





























L'humeur dépressive représente un des piliers de la symptomatologie dépressive à côté de l'inhibition ou perte de l'élan vital et des symptômes somatiques. Elle est décrite comme triste, sans espoir et sans courage. Parfois niée, la tristesse est muée en irritabilité accrue, en colère sinon en hostilité marquée. Le pessimisme, l'insa­tisfaction, la dévalorisation, la dépréciation et un fort sentiment de culpabilité sont de mise.


La personne se sent frustrée pour des problèmes mineurs. Elle peut ressentir une douleur morale intense. Par ailleurs, une indifférence, de la mono­tonie et un émoussement affectif colorent douloureusement des relations, situations ou activités qui étaient auparavant agréables. La teneur du discours, la mimique faciale, le ton de la voix et la démarche expriment l'absurdité et l'« insupportabilité » de la vie, l'inutilité de la lutte, le découragement, la tristesse et l'abattement. Le désir de mort peut être présent et conduire au suicide.


En résumé cette humeur dépressive représente un vécu globalement pessimiste accompagné de sentiments d'insatisfaction, de dévalorisation, d'autodéprécia­tion, de culpabilité, de douleur morale intense, d'émoussement affectif allant parfois jusqu'à l'indifférence, ou même l'anesthésie affective complète et la stupeur.


Physiquement, le ralentissement psychomoteur et l'intense fatigue rendent la démarche et les gestes lents et rares. La mobilité du tronc et de la face est diminuée. La monotonie de l'expression peut accompagner une diminution du débit verbal. Le discours est alors ponctué par des pauses ou des soupirs tout à fait inhabituels.


Psychiquement, les fonctions intellectuelles sont atteintes. La personne déprimée perçoit consciemment sa pensée freinée, laborieuse, appauvrie, avec des troubles de la concentration et de la mémoire et se trouve dans une incapacité à se projeter dans l'avenir et à anticiper son futur.


L'asthénie [3] ou fatigue dépressive est associée à une inertie et concerne surtout la mise en train de la personne et son manque de tonus et de dynamisme. Les tâches les plus simples vont lui demander un effort considérable.


Les états dépressifs s’expriment par un désintérêt pour les tâches quotidiennes, les activités de loisir, les activités professionnelles, la vie sociale, etc. Une insatisfaction pessimiste, sentiment que la vie est un échec, une situation sans issue. Une dévalorisation avec autodépréciation où des sentiments d'insuffi­sance, d'infériorité, d'incapacité accompagnés d’une perte de l'estime de soi.


S’ajoutent de la culpabilité avec des sentiments d'auto-accusation, de honte, des remords concernant des fautes que la personne n'a jamais commises ou qu'elle majore. Des idées d'indignité avec la conviction d'être soumis à un châtiment mérité, auto-apitoiement pouvant remplacer la culpabilité avec une propension à se plaindre et à rejeter la culpabilité sur autrui.






















En résumé la dépression se caractérise par :


Un ralentissement psychique

Une perte de l’élan vital

Une fatigue psychique

De l’angoisse et de l’anxiété

Une humeur dépressive avec grande tristesse

Des idées de mort avec risque de suicide élevé

Une forte culpabilité

Une impression de solitude

Une perturbation des capacités physiques



[1] Forme mineure de trouble bipolaire


[2] Stéréotypie : Répétition continuelle de mots, de gestes, de tics, etc.


[3] Asthénie : Diminution des forces, affaiblissement de l’état général, fatigabilité






Fin provisoire du texte sous réserve de rajout et de modification.



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L'humeur est une disposition affective fondamentale, constituée de toutes les instances émotionnelles et instinctives, donnant à chacun de nos états d'âme une tonalité agréable ou désagréable, oscillant entre les deux pôles extrêmes du plaisir et de la douleur.

Professeur Serge Tribolet - Psychiatre


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