Astrologie psychanalytique

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Astrologie psychanalytique

Pascal Patry astrologue et thérapeute à Strasbourg 67000
Publié par Pascal Patry dans Astrologie · Mardi 07 Mar 2023
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Astrologie psychanalytique

Les Signes : évolution, crises et dépassement

On ne peut pas parler d’Évolution sans parler de la Mort, mais il ne s’agit pas ici de mort définitive, mais de morts successives, qui jalonnent notre existence humaine, et qui sont toujours synonymes de Crise, et peut-être aussi porteuses de Dépas­sement.

Nous allons aborder la dynamique évolutive du zodiaque dans cet esprit. Le zodiaque est un véritable symbole, dans la mesure où il est inépui­sable, où il a une cohérence interne, une structure, qu’on n’a jamais fini de découvrir.

Le zodiaque en soi doit être considéré d’une façon globale, il est impossible de parler d’un signe, quel qu’il soit, sans envisager l’ensemble des signes qui l’ont précédé et qui vont le suivre. Et dire qu’on n’aime pas un signe, c’est ne pas aimer quelque chose de nous-même. Nous allons essayer de réhabiliter la totalité du zodiaque en nous-même.

Le zodiaque correspond à un code symbolique d’une représentation évolutive obligatoire. Tout ce qui vit, tout ce qui participe de la vie animale ou végétale est en mouvement. On ne peut pas ne pas évoluer.

Ce schéma symbolique de l’Évolution, de tout ce qui porte Vie n’est pas le seul, nous le savons : le Taï-Chi, le Yin-Yang, la roue tarologique sont d’autres façons de symboliser l’Évolution, la Crise et le Dépassement. Ce qui est intéressant, c’est de mettre en rapport, en relation, l’évolution psy­chodynamique freudienne et la symbolique astro­logique et de s’apercevoir qu’il y a des rapports d’analogie très profonds entre elles.

Nous allons faire le tour du zodiaque pour voir ce clavier symbolique. Sur le schéma 1, il y a une sorte de flèche qui va grossissante du Bélier au Capricorne et une coupure avant le Verseau et les Poissons. Nous verrons cette évolution du Bélier au Capricorne, et ce qu’il en est des deux derniers signes.

Schéma 1 :



Le Bélier correspond à l’émergence de la vie, vie sur laquelle il n’y a pas grand-chose à dire, si ce n’est qu’elle est représentée, dans la théorie psy­chanalytique, par « la pulsion » et par ce que Freud appelle « l’intrication pulsionnelle [1] », l’intrication des pulsions de vie et des pulsions de mort. L’exis­tence du vivant n’est concevable que si ces pul­sions sont intriquées, inséparables les unes des autres, de telle façon qu’on ne puisse pas parler des pulsions de vie sans parler des pulsions de mort et inversement. Ce que dit Freud dans Au-delà du principe de plaisir est déjà inscrit dans la mytholo­gie orientale, dans le Yin-Yang, on ne peut conce­voir le Yin sans le Yang, sinon ça n’a plus de sens. Cette intrication pulsionnelle freudienne est une autre expression du Yin-Yang oriental.

Or, le Bélier en soi, la vie n’existe que dans la mesure où elle trouve à s’incarner. Un Bélier tout seul n’existe pas s’il ne trouve pas à se mettre en forme, à s’incarner. C’est par le Taureau que la vie s’incarnera, que la pulsion trouvera un substrat, que la vie trouvera un sens et un premier moyen d’évolution à travers la matière.
Sur un plan psychogénétique, le Bélier corres­pond donc, au plan de l’humain, à la naissance. C’est pourquoi une Lune noire en Bélier signale toujours un problème à la naissance, naissance dif­ficile ou non désirée.

Puisque le Bélier correspond à l’émergence de la Vie, là où se trouve le Bélier dans notre thème est la source de l’énergie première, c’est là où la vie se manifeste en nous. Le Bélier pris séparément est une manifestation de la vie hors forme. C’est la raison pour laquelle les gens marqués par le Bélier sont des gens à idées, qui génèrent de la vie, hors forme, hors incarnation. Ils génèrent des idées sans savoir quoi en faire. Dans le jaillissement constant, spontané de ces idées une part importante tombe à l’eau, elles ne seront jamais réalisées, incarnées, insérées dans le vivant.

Le Taureau correspond à ce stade archaïque de la psychogenèse de l’individu que l’on appelle en psychanalyse « le narcissisme primaire », où l’in­dividu s’investit lui-même d’intérêt et d’amour. C’est le stade de l’égocentration, qui est absolu­ment obligatoire pour le développement de l’indi­vidu, car si on ne se centre pas au départ sur soi, on ne peut rien trouver à l’extérieur. C’est à ce stade tout à fait archaïque que le sujet intègre le sentiment d’être valide, bon, plein, d’avoir de la valeur, c’est ce vécu du narcissisme primaire qui peut conférer à l’individu plénitude, équilibre et certitude intérieure, qui, ultérieurement, le ren­dront créatif et sûr de lui.

Si, à cette phase, le sujet n’est pas suffisamment reconnu, gratifié par son entourage, s’il a à subir des frustrations importantes venant de l’extérieur, il va intégrer des sentiments d’insécurité inté­rieure, de carence et donc d’avidité.

Le Taureau, pas plus que le Bélier n’est un signe de relation, Ce sont des signes de commu­nication, ce qui est différent. Ils envoient des mes­sages, mais des messages de vie, des idées. Il y a communication généralement par l’acte qui est la première manifestation de la pulsion. Rien de cela n’est relationnel.

Le Taureau prolonge l’état fusionnel dans lequel se trouve l’enfant à la naissance. Fusion avec son environnement, n’ayant pas encore la notion du Moi et du Non-Moi, ne percevant pas ce qui est extérieur à lui comme séparé de lui. Cet état fusion­nel au niveau psychique avec son environnement exclut la relation. La relation suppose une alter­nance, des intercommunications avec, au moins, deux individus différents.

Au signe du Taureau, l’individu est centré sur lui-même, sur l’avoir. Pour l’astrologie c’est un signe d’introversion qui ne sait pas communi­quer ses sensations. Et pour cause, puisqu’à ce stade du narcissisme primaire il ne sait même pas que l’extérieur existe. Sur le plan psychogéné­tique, l’important est l’avoir, qui va se manifester par le toucher, se concentrer exclusivement sur le corps.

Le Gémeaux, troisième signe archaïque, ren­voie, sur le plan psychanalytique, au stade de « la découverte de l’Objet partiel ». Après les quelques semaines d’état fusionnel qui suivent sa naissance, la rencontre avec le monde extérieur est inévitable, ne serait-ce que par la frustration.

Si, au stade du Taureau, il est important pour l’enfant que l’extérieur réponde à ses besoins, ses pulsions, ses appétits, il est évident que la réponse n’est pas toujours immédiate, et c’est parce que l’environnement ne répond pas tout de suite à son attente que l’enfant va découvrir peu à peu qu’il y a un extérieur à lui. C’est ce qui faisait dire à Freud : « L’objet naît dans la haine. » L’objet naît donc dans la souffrance. C’est quand l’objet, qui doit satisfaire la pulsion, vient à manquer, que l’enfant découvre peu à peu, par cette frustration, l’exis­tence du monde extérieur, mais le découvre par petits morceaux de réalité partielle. Ex. : J’ai faim, la nourriture ne vient pas, c’est qu’elle est ailleurs, d’où la nécessité de la trouver dans cet ailleurs dont elle est une partie.

Ce monde extérieur, l’enfant ne peut le concevoir globalement, comme le fait l’adulte. Il va le conce­voir par morceaux, par petites touches, par « objets partiels ». Il est encore incapable de concevoir le sein comme faisant partie d’un tout : la mère.

Déjà là, il y a quelque chose de la mort, de la frustration. C’est parce que l’objet vient à man­quer que le monde apparaît à l’enfant. Il ne peut concevoir la réalité du monde extérieur qu’à tra­vers la distance, la souffrance de la frustration à laquelle nul n’échappe.

C’est alors par des comportements exploratoi­res, expérimentaux, que l’enfant développe cette connaissance de l’extérieur. Nous ne sommes pas encore dans la relation, mais dans la genèse, à l’origine de la communication du sujet entre l’interne et l’externe, entre le Moi et le Non-Moi.

Voilà pourquoi on dit le Gémeaux superficiel. Pour lui tout se passe à la limite de la peau, en sur­face. C’est par ses expérimentations, dit Freud, que l’enfant crée l’objet. Il s’en fait une représen­tation psychique, sous forme de traces mnésiques, donc subjectives. C’est si vrai que nous pouvons intérioriser et vivre une même réalité de façons totalement différentes, d’où la dualité, le dilemme des Gémeaux.

Le Cancer est un stade où il n’y a pas de réalité objective en soi, il n’y a de réalité que subjective, caractérisée, validée par les représentations psy­chiques que nous en faisons. À ce stade, l’individu est capable de créer des images psychiques à par­tir de la réalité extérieure. C’est une création exclu­sivement psychique et humaine, qui nous différen­cie des animaux, et nous permet de nous inscrire dans la mémoire collective du monde.

On ne peut devenir un sujet pensant et plus tard un sujet désirant, que si on a cette faculté : pouvoir générer, sous forme de traces mnésiques, des repré­sentations psychiques à partir de l’intériorité, c’est donc le point de départ de l’Humain.

Le Cancer est encore un signe archaïque, moins que les précédents, car à ce stade il y a création d’images psychiques, partiellement conscientes et inconscientes. Sur le schéma 1 un trait sépare le Cancer du Lion pour marquer cette étape, bien que l’évolution soit progressive.

Freud a distingué dans l’évolution de la libido, de la pulsion, un certain nombre de stades, et notam­ment, au tout début de la vie, le « processus primaire », caractérisé par ce qu’il nomme le « principe de plaisir », voué à la recherche inconditionnelle, intemporelle de la satisfaction, sans tenir compte de la réalité. C’est anarchique et d’un fonctionnement proche de celui de l’inconscient.

Confronté à la frustration, le processus primaire va être recouvert, canalisé, par le « processus secon­daire » qui est, lui, capable de différer la satisfac­tion, d’accepter la frustration, de se conformer aux exigences de la réalité. Ce processus secondaire entre en action sensible entre le Cancer et le Lion. C’est à partir du moment où nous sommes capables d’avoir des représentations psychiques de l’extérieur, que l’extérieur commence à exister pour nous.

Voilà pourquoi, les signes précédents, très archaï­ques, ne sachant pas différer la satisfaction, sont abondamment représentés dans les thèmes de psy­chopathes mal adaptés au monde.

Le Lion est le fruit de tout ce qui l’a précédé jusqu’à l’image intérieure qui définit le sujet humain, jusqu’à cette faculté de créer des symboles.

Le signe du Lion est le fondement d’un autre narcissisme, beaucoup plus secondaire que celui du Taureau, car il est la promesse de l’émergence du sujet. C’est sur ce narcissisme secondaire que l’individu pourra s’étayer pour développer sa pro­pre créativité et sa propre réalisation. Mais nous ne sommes pas encore au niveau relationnel, il n’y a toujours pas de véritable relation entre le Moi et le Non-Moi qui ne peut exister qu’entre deux sujets désirants, or, le Lion est encore très centré sur lui-même.

C’est pour ça qu’on attribue au Lion un égocen­trisme que je préfère nommer égocentration, tout simplement parce que l’Autre n’existe toujours pas. Il faut attendre longtemps avant que la réalité extérieure n’émerge, c’est vrai en psychogénétique comme en astrologie.

Ce qui différencie le Lion du Taureau c’est qu’entre les deux se situe le Cancer, le stade de la création psychique. Au signe du Lion le sujet n’est plus seulement dans l’avoir mais grâce à cette création il va accéder à l’Être.

La Vierge est le signe de la différenciation défi­nitive entre le moi et le non-moi. C’est un stade tellement important que s’il n’est pas passé d’une façon satisfaisante, il y a des risques de maladies psychiques graves.

La raison en est que dans notre évolution obli­gatoire, nous devons impérativement sortir de la fusion archaïque, reconnaître la réalité extérieure pour pouvoir entrer en relation avec le milieu environnant et atteindre le statut définitif de sujet différencié.

C’est grâce au processus fonctionnel de logique, de sériation, de catégorisation propre à la Vierge qu’on sort de la fusion, qu’on va pouvoir intégrer la double réalité du moi et du non-moi, de l’exté­rieur et de l’intérieur.

On peut remarquer la position charnière extrê­mement importante de la Vierge, qui permet de passer d’une façon définitive et irréversible de l’archaïsme à l’élaboration définitive du processus secondaire. Si cela se passe mal le sujet aura plus ou moins conscience de la différence entre l’in­terne et l’externe, entre le subjectif et l’objectif, entre l’économie interne et les exigences du milieu extérieur.

Ce passage est fragile, l’accession à cette diffé­renciation ne peut se réaliser que par l’accès à la notion du Non. C’est parce que nous apprenons à dire Non que nous quittons le fusionnel. Il est nécessaire que les enfants opposent un Non diffé­renciateur au désir parental. Ce Non est la pro­messe de l’identification du sujet.

La Balance nous permet de parler pour la première fois, depuis le début de la symbolique zodiacale, de Relation. Le sujet est définitivement sorti de la fusion il est entré dans le monde du manque, le manque, pas la frustration, or le man­que c’est l’Autre.

À ce stade arrive la reconnaissance de la réalité objective, de la réalité de l’objet total, comme entité hors de Moi. C’est donc l’intronisation de la relation objectale, reconnaissance de l’Autre dans sa propre réalité. À ce stade seulement on peut par­ler de relation, ce qu’on ne pouvait faire avec les signes antérieurs. Il n’y a aucun aspect relationnel dans les six premiers signes.

Les trois premiers signes sont marqués par l’ar­chaïsme, par le monde intérieur, par le processus primaire, par le principe de plaisir, au risque de l’autisme.

Les trois suivants tiennent compte du monde extérieur, élaborent le processus secondaire, et fina­lement accèdent au principe de réalité. Le passage se fait au niveau de création du Cancer et du Lion.

C’est la Balance qui nous introduit au monde de l’Autre, au monde du Non-Moi et à la relation avec lui. Ce travail d’évolution n’est pas parfait, car il faut encore découvrir que cet autre possible est un être sexué. C’est le Scorpion qui va per­mettre l’accès à l’identité sexuelle psychique.

Le Scorpion correspond, sur un plan psychogé­nétique, à un stade important, celui de la reconnais­sance de la différence des sexes, puis, plus tard à la problématique œdipienne et à la confrontation des désirs. Voilà pourquoi la tradition nous renvoie toujours à la sexualité et à la mort.

Il y a une distance extrême entre les deux signes martiens que sont le Bélier et le Scorpion. La tra­dition leur a donné le même maître, mais il n’y a pas de signes plus opposés, ils sont aux deux pôles de l’évolution de l’individu.

Le Bélier est l’émergence de la vie.
Le Scorpion est la promesse de la vie : nous naissons du sexe.
Le Bélier ne concerne que le sujet.
Le Scorpion est la possibilité d’une relation sexuée.
Le Bélier est l’archaïsme et le processus pri­maire absolus.

Le Scorpion, secondarisé, reconnaît le désir de l’autre. Dans ces deux signes, qui se trouvent aux deux pôles de la dialectique de vie, il y a quelque chose de commun : la vie elle-même, la pulsion représentée par Mars.

Sur le schéma 2, les signes de même maîtrise sont placés face à face, les archaïques à gauche, les secondaires à droite. Les deux signes martiens sont séparés par six autres signes, dans la roue zodiacale, ils sont, nous l’avons vu, les plus oppo­sés sur le plan psychodynamique.

Schéma 2 :



Les deux signes vénusiens sont séparés par quatre signes. Le Taureau concerne le corps, ce qui permet à la pulsion de s’investir. La Balance concerne mon corps et le corps de l’autre, ma réa­lité et la sienne. Les deux signes mercuriens ne sont séparés que par deux signes. Le Gémeaux sort de la fusion par l’expérimentation. Et c’est par cette expérience que la Vierge acquiert la pensée logique nécessaire à la différenciation. Cancer et Lion sont voisins, les luminaires maîtrisent la création psychique et la création du sujet par lui-même, la création du Lion étant le produit de la création du Cancer.

Passons maintenant au signe du Sagittaire. Sur le schéma 1 le Sagittaire et le Capricorne sont à part parce qu’ils appartiennent à un autre registre. Le Sagittaire est le signe de l’intégration qui va per­mettre au sujet de lier les expériences symboli­sées par les huit signes précédents. Quand je parle d’intégration, je fais allusion à ce processus fonc­tionnel psychique particulier par lequel quelque chose de l’extérieur devient du « Moi » ; par consé­quent, je fais allusion également au processus d’as­similation, le Sagittaire étant le signe de l’assimila­tion et de l’intégration par lequel nous intégrons la réalité de la problématique œdipienne Scorpion. Celui-ci renvoie à l’interdit de l’inceste, tabou phylogénétique qui appartient à la race humaine. Il est représenté par le Capricorne et Saturne en tant que signifiants exemplaires du surmoi. Le symbolisme du Capricorne représente la Loi, c’est-à-dire ce qu’il y a de plus achevé, de plus fini et de plus déterminé dans le processus évolutif.

Par rapport à l’ensemble des signes du zodia­que, je mettrai les Poissons et le Verseau à part parce qu’ils représentent une économie totalement différente même sur le plan psychanalytique.

Je voudrais préciser deux choses en ce qui concerne ce zodiaque : la première, c’est que cha­cun des signes contient totalement la symbolique, la dynamique évolutive des signes qui le précèdent. Le signe du Scorpion, par exemple, est la somma­tion de la symbolique et des processus évolutifs de la Balance, de la Vierge, du Lion, du Cancer, des Gémeaux, du Taureau, du Bélier. La plupart des manuels de vulgarisation de l’astrologie nous ont habitués à considérer les signes individuellement, séparément les uns des autres, ce qui est une erreur fondamentale. Chaque signe du zodiaque est la sommation de tous ceux qui l’ont précédé.

Ceci me permet d’expliquer ce que j’évoquais précédemment par ces processus d’évolution qui passent lentement du processus primaire au proces­sus secondaire ; le processus secondaire fait appel à des mécanismes beaucoup plus sophistiqués que le processus primaire. Prenons, par exemple, le signe du Taureau. Nous sommes à un niveau de primarité considérable. Alors que le signe du Scorpion est l’un des plus complexes parce qu’il est la somma­tion de tous les signes qui l’ont précédé depuis le Bélier. Plus vous allez vers le Capricorne, plus le signe est complexe dans sa symbolique, son évolu­tion et son économie. Ainsi l’économie du Scor­pion est infiniment plus complexe que celle du Bélier. Le Capricorne est le signe le plus complexe des signes du zodiaque dans le registre de l’incar­nation.

Le zodiaque, en ce qu’il représente ce qui est vivant, incarné, commence au Bélier et se termine au Capricorne. Chaque signe est, je le répète, la sommation de tous ceux qui l’ont précédé. Aussi, un discours péjoratif sur un signe est un discours péjoratif sur tous ceux qui l’ont précédé. Bref, plus vous allez dans la direction du Capricorne, plus vous avez de secondarisation, de complexité, de maturité.

Zodiaque théorique et zodiaque individuel : il ne faut pas confondre l’un avec l’autre. Le zodia­que théorique est celui qui commence au Bélier et se termine aux Poissons ; le zodiaque individuel est le thème astrologique de tout sujet qui com­mence à l’Ascendant et se termine à la fin de la Maison XII. Or, un des travaux que je vais propo­ser consistera à faire des comparaisons pour appré­cier l’évolution et la maturation d’un individu entre le zodiaque théorique et le zodiaque indivi­duel. Étant entendu que, d’une façon ou d’une autre, quel que soit le signe de notre Ascendant, nous avons à vivre quelque chose de l’archaïsme et de l’immaturité dans notre thème. Si l’Ascen­dant est dans le Bélier, cet archaïsme individuel correspond à l’archaïsme zodiacal théorique, mais si l’Ascendant zodiacal individuel est dans le Capricorne, cet archaïsme devra être vécu ail­leurs que là où en principe le zodiaque théorique l’indique.

Deuxième précision : en fonction de l’évolution qu’il symbolise et des processus maturatifs qu’il représente, le zodiaque est porteur, en chacun de ses signes, de vie et de mort : la vie ne trouvant à se frayer un passage qu’à travers des expériences de mort, de frustrations, de deuil.

Refaisons un rapide tour du zodiaque pour exa­miner en quoi chacun des signes est porteur de mort, c’est-à-dire générateur de vie.

La mort et le deuil dans le signe du Bélier sont la perte originaire, c’est-à-dire l’exclusion obliga­toire de la fusion matricielle. Voilà le deuil de tous les Béliers, qu’ils le sachent ou pas. L’enfant, dans le sein de sa mère vit dans un univers ataraxique sans besoin, sans demande, car, dès que quelque chose est nécessaire à son organisme, le corps de la mère y répond immédiatement. Le fait, pour une femme, de mettre un enfant au monde, c’est à la fois donner la vie à un être humain et le promettre à la mort. C’est un acte d’ambivalence absolu. Elle arrache cet enfant d’un univers de bonheur total, ce dont il ne se remet jamais. Nous passons notre vie à essayer de réparer cette blessure archaïque ; à essayer de retrouver quelque chose de cette fusion avec la mère.

C’est le deuil, l’obligation pour l’être humain de quitter le paradis matriciel, maternel. Deuil fonda­mental extrêmement archaïque, qui est symbolisé par ce signe du Bélier. D’où son extrême fragilité contre-investie généralement par une dynamique vitale extraordinaire, mais il y a toujours chez lui quelque chose de l'ordre de la perte irréparable, une blessure inguérissable.

Or ce deuil est générateur de vie car il n’y a pas de vie humaine sans ce deuil-là. On ne peut pas être humain sans avoir à vivre ce traumatisme de la naissance. Quand on ne le vit pas, on reste dans un état de fusion : l’autisme, et on ne peut pas dire d’un enfant autiste qu’il vit. Ce n’est qu’au prix de cette perte que l’on s’inscrit dans le registre humain incarné. En y réfléchissant on comprend bien mieux des comportements du Bélier et on les accepte en saisissant ce qu’il y a au-dessous : cette blessure archaïque du traumatisme de la naissance.

La découverte du besoin, voilà le deuil à faire pour le Taureau. Avant la naissance il n’y avait pas de besoin. Si vous considérez le temps, dans la symbolique du Bélier, il correspond à un point alors que le Capricorne englobe une notion immense d’espace-temps. Le Bélier est le point d’émergence de la vie au niveau duquel l’espace et le temps ne sont pas encore véritablement inté­grés : ce n’est que la naissance. Dix minutes après l’accouchement apparaît la symbolique du Tau­reau dans la mesure où déjà le besoin se fait sentir. C’est la raison pour laquelle le Bélier ne peut s’inscrire que dans le moment présent, qu’il n’a pas la notion de longévité. À travers l’expérience Bélier de la naissance intervient immédiatement le besoin, besoin de chaleur pour remplacer la tem­pérature utérine constante. De même le besoin de se nourrir est impératif. Le Taureau correspond à l’impératif du besoin.

C’est cela la notion de mort incluse dans le signe du Taureau. D’où certains fantasmes que l’on retrouve dans l’économie adulte. Le bébé qui vient de naître et qui s’inscrit pour le reste de son existence dans le besoin peut devenir un sujet humain qui, par renversement, va avoir des fan­tasmes de toute puissance, c’est-à-dire de négation du besoin : « Je peux me suffire à moi-même. » D’où plus tard ces fantasmes mégalomaniaques : « Je suis le plus fort, je n’ai besoin de personne, personne ne peut rien m’apporter. »

Or, ce deuil, là aussi, est générateur de vie dans la mesure où l’individu va comprendre peu à peu qu’il y a un monde extérieur. Le découvrir c’est s’inscrire dans la vie, dans la réalité de la vie. À travers la souffrance qui résulte de ce deuil, l’indi­vidu prend conscience de ses besoins. Beaucoup d’individus ne connaissent pas leurs besoins, soit qu’ils les scotomisent et n’écoutent pas leur corps, soit au contraire, qu’ils les déplacent, c’est-à-dire qu’ils croient à tort avoir besoin de certaines choses. Ils se trompent dans la perspective analy­tique de leurs besoins.

Le deuil des Gémeaux est lié à la découverte de l’objet partiel dans la mesure où l’objet perçu comme partiel est justement un objet qui n’existe pas ou qui existe sans exister. Exemple : un sein en soi n’a pas de sens. Il n’a de sens que rattaché au corps d’une femme. Une tétine n’a de sens que prolongé par le biberon, par la main de l’adulte, etc. Lorsque l’enfant entre au contact de l’objet partiel, il sent qu’il y a quelque chose au bout, mais il ne sait pas ce que c’est. Là est le deuil des Gémeaux, courir perpétuellement après l’autre partie de l’objet qui manque.

Voilà pourquoi on dit des Gémeaux qu’ils ne cessent de courir…, dans tous les sens du terme, même sur le plan affectif. On dit sur les Gémeaux des choses abominables parce qu’on ne les comprend pas. Les Gémeaux peuvent manquer de fidélité dans le sens classique du terme, dans la relation amoureuse puisqu’en aucune façon celle-ci ne saurait être satisfaisante : il manquera tou­jours quelque chose, un morceau de la relation. Ce morceau, il faut aller le chercher. Or, c’est com­plètement mythique puisque le Gémeau ne sait pas ce qu’est l’objet total.

Là est le deuil, la souffrance des Gémeaux : il consiste à découvrir qu’il y a quelque chose d’au­tre sans savoir ce que c’est ; autrement dit, à ne pas pouvoir parvenir à une unité globalisante.

En même temps que le sujet découvre l’objet partiel, donc la réalité d’un monde extérieur qui n’est jamais complet, apparaissent les mots pour le dire qui sont aussi des objets partiels, chaque inté­gration de mot creusant un vide supplémentaire. Là aussi il y a un paradoxe : chaque découverte renvoie à un autre vide qu’il faut combler. Ne serait-ce que, par exemple, en découvrant un mot et en s’apercevant que manque son contraire. La découverte du jour appelle la découverte de la nuit. Chaque découverte conceptuelle ouvre le champ d’une nouvelle recherche. La souffrance des Gémeaux est génératrice de vie dans la mesure où ce champ de recherche perpétuellement réali­menté, va permettre le fondement des premiers processus cognitifs chez l’enfant. C’est parce qu’il découvre que tout objet est partiel, qu’il va avoir envie de découvrir la totalité de l’objet. Or ce mouvement exploratoire d’expérimentation qui pousse les Gémeaux à aller chercher l’autre bout de l’objet, c’est le fondement des processus intel­lectuels, c’est ainsi que l’intelligence se met en place.

Le deuil du Cancer, c’est l’absence de l’objet. Le sujet ne peut créer en lui des représentations psychiques qu’à la condition que l’objet soit absent ou s’absente. C’est parce que la mère n’est pas toujours présente que l’enfant va créer en lui une représentation psychique de la mère. Ainsi même la mère absente, l’enfant aura une image maternelle en lui. Ceci est fondamental : j’évoque par là d’une part, tout ce qui est de l’ordre du sym­bolique en nous, et d’autre part, de l’ordre du fan­tasme. Ceci nous différencie des animaux qui n’ont pas cette fonction. Si nous vivons la sépara­tion sans en être complètement détruits, c’est que nous gardons en nous une trace mnésique, une trace psychique de la personne absente ; autrement cela nous tuerait sur le coup. Mais cette fonction, qui consiste à pouvoir intégrer une image inté­rieure de la personne absente n’est possible que dans la mesure où la personne s’éclipse. Sur le plan psychanalytique, cela s’explique de la façon suivante : nous disons souvent aux mamans, « ne laissez pas trop longtemps vos enfants dans la frustration, répondez aux appels mais ne soyez pas trop présentes, sachez vous absenter ». Il y a deux excès : une mère jamais en contact avec son enfant le tue, mais une mère tout le temps collée a son enfant le tue d’une façon aussi radicale. Il faut s’absenter pour que l’enfant puisse accéder à des représentations intérieures. Le prix à payer, le deuil du Cancer, c’est l’absence de l’objet et la souffrance liée à cette absence. Deuil générateur de vie, et plus précisément de vie psychique.

C’est aussi l’introduction dans les processus fonctionnels psychiques de la réalisation fantasma­tique du désir. C’est parce que nous sommes capa­bles de réaliser des images intérieures, que nous pouvons fantasmer la satisfaction liée au désir. Or fantasmer la satisfaction liée au désir c’est déjà accéder au désir. Ce qui nous permet de nous ins­crire définitivement dans le registre de l’humain.

La perte liée au Lion génératrice de vie est celle du Moi idéal. Le petit enfant, c’est l’enfant-roi, le règne de la toute-puissance. L’absence de l’objet et sa représentation psychique renvoie le sujet à sa propre limite. Le Lion est l’expérience de la perte du Moi idéal : « Je suis puissant, mais il y a d’au­tres puissances ailleurs, auxquelles je devrai pro­bablement me confronter. » Le deuil du Lion est une blessure narcissique et c’est seulement comme telle qu’il y a création à partir de cette blessure. Nous ne sommes créatifs que dans la mesure où nous devons réparer quelque chose, où nous man­quons de quelque chose. D'où l’orgueil du Lion : par contre-investissement, il peut déployer un nar­cissisme très fort pour réparer la blessure narcis­sique originaire.

Le deuil lié à la Vierge est celui de la diffé­rence. La problématique de la différence est quel­que chose d’extrêmement cruel dans la mesure où beaucoup d’individus souhaitent être différents tout en étant comme tout le monde. Cette problématique de la différence renvoie à la perte de toute revendi­cation fusionnelle. Le signe de la Vierge est celui qui confirme et valide la perte originaire de façon définitive : « Non, tu ne reviendras plus jamais dans la fusion matricielle, tu es inscrit dans la diffé­rence. » Or, cette différence n’est possible, symbo­liquement et psychanalytiquement parlant, que par l’accession au « non », c’est-à-dire au refus. Obser­vez les gens qui ne savent pas dire « non » : ce sont des gens qui vivent dans un état de semi-fusion, c’est-à-dire dans un haut degré de dangerosité per­sonnelle ; ils sont littéralement bouffés par l’exté­rieur.

Accéder à la possibilité de dire « non », c’est mettre une différence logique entre l’intérieur et l’extérieur. Mais cela suppose aussi une perte, un deuil, une souffrance qui est celle d’assumer cette différence, c’est-à-dire en quelque sorte le début de l’apprentissage de la solitude. Il y a un paradoxe là, qui est le suivant : le fait de découvrir l’extériorité, c’est-à-dire qu’il y a un autre auprès de moi qui est différent de moi, suppose que cet autre puisse ne pas être là et, par conséquent, cela renvoie à une possible solitude. C’est une souffrance. Les enfants fantasment que leur père ou leur mère va mourir, béance possible qui ouvre sur la solitude. C’est un paradoxe dans la mesure où on éprouve le bonheur de découvrir la réalité de l’autre, mais en même temps on découvre que l’autre pourrait ne pas être là. Là réside le drame du vécu amoureux. Ce deuil, lui aussi, renvoie à la vie parce qu’il n’y a pas de vie hors de la différenciation. Il n’y a pas de vie possible, c’est-à-dire de dynamisme, de mobilisa­tion, sans possibilité de perdre ceux qu’on aime. L’amour n’existe que parce que l’autre peut dispa­raître. L’amour n’existe que fondé sur une frustra­tion éventuelle ou effective.

Le deuil de la Balance, c’est la déception. Jac­ques Lacan explique que lorsque l’enfant se regarde dans le miroir, qu’il a cette première expérience structurante dans la mesure où elle lui apprend qu’il existe autre chose que lui, il y a un drame : l’enfant ne peut pas intérioriser totalement l’image qu’il voit pour la raison toute simple qu’il se voit à l’envers. Avez-vous jamais pensé que nous ne pouvons jamais nous voir ? Nous n’avons de reflet authen­tique de nous-mêmes que dans le regard d’autrui ; c’est une vraie tragédie surtout pour un narcissique. C’est le drame de la Balance ! Nous ne cessons de demander à l’autre de nous confirmer cette image dans l’économie du regard. Dans cette différence, qu’évoque Lacan, entre la réalité subjective et son reflet, il y a un manque, quelque chose qui n’est pas pareil, qui n’est pas symbolisé. Ce manque, Lacan le nomme « le réel », nous ne cessons de le propo­ser au regard de l’autre pour qu’il nous renseigne sur cette identité qui est la nôtre et que nous ne connaissons pas. À partir de ce « réel », de ce manque de symbolisation s’inscrivent le désir, la relation et l’amour. Le deuil de la Balance est cela, d’où son narcissisme et toute l’économie du regard qui est liée à ce signe.

Le deuil du Scorpion est lié à la confrontation des désirs. Le désir de l’autre n’est pas identique à mon propre désir et pourtant la recherche de l’in­dividu tend vers l’identité des désirs. Vaine recher­che quand on sait que le désir ne peut être généré que par le manque, c’est-à-dire l’absence d’iden­tité des désirs. Or notre désir est lié au fait que l’autre nous renvoie perpétuellement à la non-identité de son désir. L’identité des désirs, c’est la fusion, la mort, autrement dit, la non-reconnaissance des limites. Pourtant nous ne cessons d’es­pérer la fusion, donc la mort, mais nous ne pou­vons rester en vie que par la frustration. La vie est générée par le deuil : c’est parce que nous ne pou­vons pas accéder à l’identité des désirs que nous sommes vivants et différenciés.

Autre connotation de mort : la sexualité. Il est clair que le besoin sexuel n’est pas seulement bio­logique mais relève aussi d’un processus psy­chique. Le besoin biologique tend vers la fin d’une tension pulsionnelle. En revanche, la sexua­lité psychique recherche la fusion. Or, dans le rapport sexuel, l’orgasme est un moment fusionnel, un moment de mort (très proche de l’expé­rience mystique et pour les mêmes raisons). Pour éclairer ceci, je vous renvoie à Georges Bataille, à la première phrase de son livre sur l’érotisme où il dit que l’érotisme c’est l’acceptation de la vie jusque dans la mort, ce qui signifie que, dans le rapport érotique, la vie et la mort sont également engagées. Le deuil du Scorpion est lié à cette recherche éperdue de l’identité des désirs et à l’impossibilité d’y accéder. Voilà qui est généra­teur de vie, générateur de désir, dans la mesure où ce manque instaure et perpétue notre recherche, notre quête et notre espérance.

Le deuil du Sagittaire est le deuil de l’« ici et maintenant ». La problématique œdipienne ayant été vécue avec le Scorpion, plus rien ne peut être comme avant : le sujet commence à intégrer sa sexualité psychique. Il va être obligé de trouver une nouvelle place dans le tissu social, sa place. Le deuil du Sagittaire, c’est le deuil de l’enfance, l’enfance qui se vit ici et maintenant. À partir du Sagittaire, le vécu de l’enfance n’est plus pos­sible. Le sujet doit abandonner définitivement l’« ici et maintenant » et déplacer l’économie interne à un autre niveau, c’est-à-dire accéder au statut d’adulte.

On comprend mieux le signe du Sagittaire quand on le met en relation avec le signe des Gémeaux qui correspond à l’expérience de l’« ici et mainte­nant », alors que celle du Sagittaire consiste à aller voir ailleurs au sens le plus strict du terme. Tout ce qui est sagittairien correspond à l’ailleurs, c’est-à-dire, sur un plan psychanalytique, au niveau des mécanismes de défense, au déplacement, procédé utile pour aller chercher ailleurs les réponses aux questions fondamentales que nous nous posons.

Dans la Maison IX, qui est un champ d’expé­rience existentielle comme toutes les maisons, tout se passe au niveau mental. Elle correspond à l’exé­gèse, à la recherche, au développement de la pen­sée. Il s’agit bien de chercher ailleurs les réponses aux questions que l’on se pose.

Quant au deuil à faire, j’ajouterai quelque chose : dans la problématique œdipienne qui concerne les fantasmes incestueux inconscients à destination du parent de sexe opposé, il s’agit de projeter ailleurs ces fantasmes incestueux. Le petit garçon doit déplacer ces fantasmes projetés sur la mère en direction d’une autre femme et, de la même façon, la petite fille doit déplacer ces fantasmes projetés sur le père en direction d’un autre homme. Là aussi un deuil est nécessaire : abandonner de façon défi­nitive le projet de ces fantasmes incestueux. Dans cet abandon, il faut déplacer, c’est-à-dire orienter ailleurs quelque chose.

La vie que peut générer ce deuil est précisément l’identité sexuelle psychique. On ne peut atteindre à cette identité que dans la mesure où l’on parvient à faire le deuil des fantasmes incestueux œdipiens. Ce deuil permet d’accéder à l’unicité, au statut d’individu. Tous ces deuils évoqués depuis le début de ce périple zodiacal sont des buts à attein­dre, mais aucun n’est jamais pleinement réalisé, autrement nous ne serions pas de ce monde. Ils sont plus ou moins bien réalisés. II est sûr que le deuil du Sagittaire, s’il n’est pas fait, est lourd de conséquences dans la mesure où l’on atteint plus ou moins bien à cette identité. Or cette identité est le fondement de notre structure. Les gens qui ont mal réalisé cette identité vont constamment dépla­cer le problème, en un véritable complexe de fuite.

Ce qui est structurant en nous, et d’une façon définitive, c’est la façon, plus moins heureuse, dont nous avons intégré l’interdit de l’inceste. Il est important que nous ayons, entre trois et cinq ans, traversé la crise œdipienne et vécu ce deuil. On sait alors qu’il y a un danger, et on a établi en soi des défenses contre lui. L’Inceste est l’interdit majeur phylogénétique de l’humanité. C’est le fondement de la Culture, dit Freud. Sa transgression, surtout l’inceste mère-fils, engage une forte pathologie. Le meurtre est un autre tabou, mais moins grave que l’inceste. On peut assumer le meurtre, pas l’inceste.

« To be or not to be, that is the question », est la question du Sagittaire, qu’il déplace sans cesse dans l’espoir de trouver ailleurs une réponse. La politique des Gémeaux n’est pas une politique de déplacement, mais plutôt celle de l’autruche, « Le problème, quel problème ? Il n’y a pas de pro­blème. » Alors que le Sagittaire dira qu’il y a un problème, qu’il est même fondamental mais qu’il n’a pas la réponse. Aussi il ira la chercher ailleurs. Les Gémeaux peuvent se douter qu’il y a des pro­blèmes, mais ces problèmes ne sont pas conscientisés, donc il n’y a pas identification au Sagittaire mais intégration et déplacement, ce qui prépare l’identification propre au Capricorne.

Le zodiaque n’est pas un cercle, mais une spi­rale, car un cercle fermé serait la mort ; nous som­mes donc des spirales en mouvement. Depuis le moment de notre naissance, nous parcourons à des vitesses individuelles, plus ou moins grandes, le sens du zodiaque. Des millions de fois, dans notre vie, nous passons par le Gémeau et le Sagittaire, chaque passage étant chargé de l’enseignement des cycles précédents. C’est ce qui justifie la reproduc­tion dans laquelle nous pataugeons perpétuelle­ment, mais c’est aussi à travers cette répétition sys­tématique de nos erreurs que nous évoluons.

Le signe le plus complexifié, le plus élaboré, le plus censé est le Capricorne parce qu’il est l’héri­tier de tous les signes qui l’ont précédé depuis le Bélier. Nous allons rapidement faire un tour de zodiaque pour enfoncer le clou des poupées gigo­gnes que sont les signes.

Dans le Capricorne sont réunis :

• l’esprit décisionnaire, d’initiative du Bélier ;
• l’esprit de conservation et la dynamique de l’avoir du Taureau ;
• le sens de l’expérimentation du Gémeau ;
• la soif de création du Cancer, et plus exacte­ment l’avidité dont le Capricorne se croit parfois stérile. Cette résonance de l’oasis dans le désert, le désert étant le Capricorne, l’oasis, le Cancer. Le Capricorne sait qu’il y a quelque part une oasis qu’il porte en lui et au-devant de laquelle il va, sans savoir très bien où elle est. C’est une des plus belles choses du zodiaque ;
• la nécessité du sens de la réalisation de soi du Lion ;
• l’irrépressible logique, le besoin de sériation, de catégorisation et de différenciation de la Vierge ;
• le sens de l’autre de la Balance ;
• l’impératif de la confrontation des désirs du Scorpion ;
• la nécessité de savoir qui est le fruit du ques­tionnement du Sagittaire.

Ainsi le Capricorne est la sommation de l’en­semble du système symbolique zodiacal depuis le Bélier. Cette dramaturgie intérieure, cette gravité, lui viennent justement de ce qu’il est chargé de ce lourd héritage. Pesanteur, vieillesse, sagesse secrète dès l’enfance, infinie tristesse de celui qui a beaucoup vécu. Un enfant Capricorne de trois ans communique cela par son regard : il est déjà porteur du monde.

Quels sont le deuil, la perte, la mort liés au Capricorne ? Nouveau paradoxe : la tradition a fait de lui l’un des signes les plus sociaux du zodiaque. Dans la mesure où il est l’héritier du sens de la vie, il est effectivement le garant du tissu social. Mais le deuil à faire ici, qui est également une décou­verte, consiste à assumer l’expérience du désert intérieur. Si bien des gens traversent l’existence sans se poser la question de savoir ce qu’est le désert intérieur, par contre, aucun Capricorne n’ignore ce questionnement. Ce désert intérieur, comment le trouve-t-on ? Comme l’indique la tra­dition, on ne peut le trouver que dans le dépouille­ment, dépouillement qui n’est pas essentiellement externe, mais interne. Il permet de mettre en évi­dence l’essentiel de soi. Or l’essentiel de soi est précisément un lieu désert.

Le surmoi est très en rapport avec le Capricorne et Saturne. Là aussi nous avons un paradoxe : le Capricorne et Saturne renvoient à un surmoi col­lectif, social, qui n’est pas forcément le plus impor­tant. Or très souvent nous nous accordons désespé­rément à ce surmoi culturel, ce qui nous fait faire l’économie de la recherche d’un surmoi intérieur. La tentation du Capricorne est de vouloir imposer son surmoi d’une façon collective, ritualisée, dogmatisée… Alors qu’en réalité, l’évolution suprême du Capricorne, et nous avons tous un Capricorne quelque part, c’est de faire le mouvement inverse, aller à la recherche d’un surmoi intérieur. Celui-là seul peut ouvrir la voie de la recherche du Graal, une mystique intérieure, mystique qui ne peut être découverte que dans le désert intérieur.

J’ai du mal à faire comprendre à certains de mes patients en psychanalyse que la vérité se trouve à l’intérieur ; elle n’est jamais à l’extérieur. C’est dans un mouvement involutif qu’il faut aller cher­cher les réponses aux questions. C’est dans la mesure où l’on se retourne vers l’intérieur que l’on peut changer l’extérieur, et non pas le contraire. Je suis convaincu que, chaque fois que quelque chose change à l’intérieur de nous, sans que nous le sachions, nous changeons l’univers. L’expérience du Capricorne est exemplaire à ce titre parce qu’il est la sommation de toutes les expériences qui l’ont précédé. L’expérience du Capricorne est un exemple d’évolution et de maturation. Tous les Capricornes n’y parviennent pas mais, plus que tout autre, ils peuvent découvrir le sens du désert inté­rieur, là où nous sommes seuls, absolument seuls face à nous-mêmes. C’est ce qui fait aussi que toute démarche spirituelle, initiatique ou mystique est obligatoirement une expérience individuelle, une expérience solitaire. Le fait que nous nous regroupions pour en parler est un événement anecdotique qui ne peut qu’aider la recherche solitaire. Mais nous ne pourrons marcher dans ce sens-là que seuls. En d’autres termes, l’évolution, la matu­ration, la spiritualité, la mystique, sont expériences de solitude. On a plus ou moins de facilité à accep­ter cette solitude qui, encore une fois, est une soli­tude intérieure ; on peut avoir beaucoup de monde autour de soi, cela n’empêche pas.

Chaque signe est porteur de mort et générateur de vie, chaque passage d’un signe à un autre sup­pose une perte, et c’est parce que nous acceptons de perdre quelque chose que nous grandissons, que nous acceptons le deuil, que nous évoluons, que nous acceptons la mort, un peu chaque fois que nous vivons et entendons la vie autour de nous. Or le passage entre chaque signe est sanc­tionné par un deuil. C’est parce qu’il y a accepta­tion, reconnaissance de ce deuil, explicite ou implicite que la vie se prolonge en nous.

On pourrait considérer le zodiaque en fonction du poids, de la densité des signes, rien n’est plus léger que le Bélier, rien n’est plus dense que le Capricorne, car il est lourd du poids de tous les autres signes. Notre Capricorne et notre Saturne n’ont rien à voir avec le Saturne du ciel. Nous avons projeté notre Saturne sur celui du ciel, pas le contraire. Tout est projection, un jour un homme a eu l’idée d’arracher de son cœur son Saturne et de le projeter sur celui du ciel.

Ce qui est important c’est la façon dont nous projetons à l’extérieur. Le Saturne dont nous par­lons, nous, les astrologues, c’est le Saturne inté­rieur. Nous avons besoin d’imaginaire, nous avons besoin de donner une représentation à ce qui est confus en nous. L’astrologie est née à l’intérieur de l’homme, pas le contraire. C’est l’homme qui a projeté quelque chose sur les astres, un sens, et tout le problème est de revenir à l’intériorité, puisque l’astrologie est une dynamique interne.

Il est donc tout à fait inutile d’aller chercher des réponses dans le Cosmos : on risque de perdre un temps fou, de tourner en rond. Les réponses sont à l’intérieur de nous. C’est l’intériorité qui explique, prolonge, donne un sens à l’extériorité.
L’Imaginaire et le Symbolique se répondent d’une façon très émouvante. L’Imaginaire, Lune, Cancer est obligatoire, mais seule la dimension Sym­bolique, Capricorne, Saturne, est porteuse de Sens, de Signifiant, à partir duquel nous allons donner du Sens au Cosmos.

Le Capricorne est le terme du zodiaque ; par conséquent, il est le lieu de l’achèvement, de ce qui est le plus élaboré, le plus fini, le plus limité et donc le lieu de la mort. Or, le paradoxe le plus étrange de l’astrologie est là, dans la mesure où nous ne pouvons pas vivre sans cette tension constante qui nous pousse à l’achèvement de toute chose, alors même que cet achèvement correspond à la mort de ce que nous engageons. Nous sommes perpétuellement avides d’absolu alors même que cet absolu est synonyme de mort : mort par inertie, par stabilisation, par fixation, par théorisation. Ainsi l’écriture, d’un livre par exemple, c’est fabriquer de la mort, c’est une souffrance de mort. On a l’impression d’être assis entre deux chaises, d’une part de créer, c’est la vie, et d’autre part, en fixant ce que l’on écrit, de le faire mourir. L’écri­ture est une invention de mort et c’est aussi une invention de vie dans la mesure où elle est le pro­longement du sens que l’on donne à la vie. Para­doxe capricornien !

C’est pourquoi j’enseigne depuis très longtemps : l’enseignement oral est perpétuellement vivant, alors que l’enseignement par écrit est une expé­rience de mort. Jean Carteret, non plus, n’a jamais écrit une ligne et son enseignement est toujours vivant pour ceux qui l’ont reçu. Ainsi ce courant de pensée magnifique continue à vivre.

Freud écrivait que la haine précède l’amour. En d’autres termes, la mort précède la vie et pas le contraire malgré les apparences. Ceci est exem­plaire de tous les deuils que nous avons à faire : nous ne pouvons générer de la vie qu’à condition de mourir à quelque chose. C’est peu. être un peu simpliste, mais c’est une des raisons objectives qui me font croire que je vais vers la vie au-delà de ma propre mort. Cette mort saturnienne, c’est-à-dire l’inertie de notre corps vers laquelle nous allons, ne peut être que génératrice de vie. Plus on travaille l’astrologie, plus on arrive à la certitude que la mort est quelque chose de splendide : étant donné que chacune des morts que nous avons connues est génératrice de vie, tous les signes le disent, la grande mort saturnienne de la fin de notre vie sera elle-même génératrice de vie, une vie différente. C’est la dimension métaphysique de l’astrologie.

Et telle est la problématique du VERSEAU. Le Verseau est un trompe-la-mort, un passe-muraille. C’est sa dimension transgressive. Il est celui qui dit « non » à la limite imposée par la mort. Au « tout est fini » du Capricorne, porteur de mort, il répond « Tout peut commencer. » S’il y a une limite que le Verseau sait transgresser, c’est la limite de la mort, la limite du deuil. Aussi les gens marqués par le Verseau sont des prophètes, tel Jean Carteret ; ils annoncent la vie comme Jean-Baptiste. Quel est le deuil à faire au stade du Verseau ? Le Verseau n’accède pas à la vie qu’il promet et dont il parle par intuition sans jamais y accéder. Il se situe entre le ciel et la terre, le divin et l’humain, sans jamais être bien là où il est. C’est cela la frustration, le deuil qui le frappe : « Je sais où je dois vous conduire et où je n’irai pas. » Moïse, en est la plus belle figure, qui conduit le peuple hébreu à la terre promise mais n’y entre pas, tout en sachant que c’est là qu’il faut aller, guidé qu’il est par Dieu.

Transgresser la mort, c’est aller de l’autre côté et éventuellement en revenir, comme savent le faire avec excellence les Verseau. Ils sont toujours sur le fil du rasoir entre l’en deçà et l’au-delà. Sans faire trop de projection personnelle, il me semble que, chez ceux qui ont le Soleil ou l’Ascendant en Verseau, ou un Uranus fort, apparaît une dimension de mort extraordinaire dans leur discours, dans leur regard, dans leur façon de vivre et d’être ; une mort dans la joie. Ils portent en eux le sens de la mort pour, sans cesse et tous les jours, transgresser les limites de cette mort, porter un témoignage et un enseignement affirmant à leurs congénères : « La mort n’est pas ce que vous croyez. La mort n’est qu’un trépas, un passage. Il y a autre chose de l’autre côté ; je le sais par intuition. »

Dans la Théogonie d’Hésiode, Saturne, à une certaine époque de son existence mythologique, a été exilé au Tartare. Le Tartare est son deuxième domicile dans le Verseau. C’est sa déchéance : il est obligé de se soumettre à une autre loi qu’il ne pourra pas donner. Saturne, tout puissant, castre Ouranos, son père, et, à son tour, d’une certaine façon est castré de sa royauté puisqu’il est exilé au Tartare, les Enfers. Or, le message uranien, ce n’est pas Saturne qui peut le proposer au monde, c’est Uranus. Il faut, pour que ce message voie le jour, que Saturne accepte d’abdiquer, qu’il accepte d’aller dans les Enfers, qu’il accepte d’être dépos­sédé de son trône : voilà le deuxième domicile de Saturne en Verseau qui accepte de donner à Uranus la position du messager.

Les Poissons, l’univers le plus dangereux, le lieu du subtil, de ce qui est méta…, métamorphique, métapsychique, métaphysique et par conséquent le lieu le plus paradoxal de toute la symbolique zodia­cale. Les Poissons sont même la source du para­doxe. Qu’est-ce qu’un paradoxe ? C’est quelque chose que l’on ne peut pas dire et que l’on ne peut pas penser puisque ce serait en un seul mot dire « oui » et « non », la mort, la vie ; le jour, la nuit ; l’amour, la haine. Le paradoxe ce serait le signi­fiant par lequel on pourrait exprimer les contradic­toires. Or ce mot n’existe pas parce que l’on ne peut pas penser en même temps les contradictoires. Notre condition humaine, notre incarnation dans l’espace et le temps, nous oblige à penser alternati­vement le oui et le non, la haine et l’amour. Si nous ne pouvons penser qu’alternativement les contra­dictoires, c’est que nous avons besoin de formaliser : donner à notre pensée une structure, une structure sémantique et une structure syntaxique. C’est ainsi que la psyché humaine fonctionne, et elle ne peut fonctionner que de cette façon.

Le paradoxe se situe précisément au niveau des Poissons. Aussi l’univers des Poissons n’est pas pensable car c’est le lieu du paradoxe et si j’ai bien lu mon catéchisme, ce qui n’est pas pensable, c’est Dieu. Vous voyez où je veux en venir : le paradoxe est divin. J’oserai même dire, c’est sûrement un péché mortel, que Dieu est paradoxal. Puisqu’il est à la fois le oui et le non, le minuscule et le macrosco­pique c’est-à-dire le Tout. C’est le signe où les mots n’existent plus. De la même façon, dans la Bible, on lit : « Je suis celui qui est », ce qui en soit n’a pas de sens. Et précisément parce que cela ne veut rien dire dans notre culture syntaxique et sémantique, cela a du sens. C’est là le Divin. C’est tout et rien en même temps. Autant dire que c’est indicible, impensable.

D’où le danger que connaissent les gens des Poissons : il s’agit véritablement là d’un deuil, d’une mort à proprement parler vertigineuse dans la mesure où la mort des Poissons est la mort de la forme, de tout ce qui est forme, de tout ce qui est formel : celle des codes syntaxiques et séman­tiques, par exemple, au niveau du langage, celle de la limite qui nous permet de différencier l’intérieur de l’extérieur, le moi du non-moi ; la mort de ce qui est fini, la mort de ce qui est déterminé.

J’introduis là un nouveau paradoxe : le Poisson est la mort de la mort, de la mort saturnienne dans son épaisseur incarnée, ses limites, ses rituels. Rien n’est plus ritualisé que la mort. Mort de la mort égale émergence d’une autre vie. Dans la philoso­phie chrétienne, c’est la Résurrection du Christ ; c’est par conséquent la possibilité pour chaque homme de ressusciter. Ce qui est extraordinaire, c’est que, étant donné que nous faisons comme des toupies des millions de fois le tour du zodiaque, nous avons des millions de fois la possibilité de ressusciter à nous-même déjà pendant notre incar­nation. Ainsi nous traversons des crises qui corres­pondent à un vécu de mort et à un vécu de mort de la mort, c’est-à-dire à une renaissance, une résur­rection (nous y reviendrons plus loin).

Les Poissons risquent de se tromper en ne fai­sant pas mourir la mort, mais en y restant. S’il y a un passage délicat, extrêmement subtil qu’il ne faut surtout pas rater, c’est le passage Vierge ou le passage Poissons. Si je rate la Vierge, je ne me dif­férencie pas ; comme au jeu de l’oie, retour à la case départ, je retombe dans la fusion ; si je ne vis pas bien l’expérience Poissons, je reste dans la fusion, je ne fais pas mourir la mort en moi, je sombre dans la mort, la fusion. Il y a un moment où nous épouserons la mort, où nous cesserons de faire mourir la mort, c’est lorsque nous atteindrons la dernière volute de notre spirale où nous n’au­rons qu’à épouser la fusion avec le cosmique, avec la lumière, avec l’énergie. Mais étant donné que nous sommes inscrits dans le registre du détermi­nisme humain et dans l’opacité de l’incarnation, c’est-à-dire, dans la limite, à chaque fois que nous traversons le signe des Poissons, nous devons accepter de faire mourir la mort, ce qui signifie recommencer, ressusciter à nous-mêmes.

Ce passage étrange, angoissant du Poisson est le lieu d’une alchimie intérieure subtile, dangereuse ; on le réussit plus ou moins bien. Certains, margi­nalisés dans des pathologies psychiques le vivent très mal. Tous nous avons ce lieu dans notre thème, où la forme, ou la rationalité n’existent plus, ni les codes sémantiques et syntaxiques. Lieu où les mots sont vains, où nous ne vivons que par intuition. Amusez-vous, en repérant où est le Pois­son dans votre thème, à trouver les mots pour le dire. Vous verrez que vous ne les trouvez pas. On peut seulement l’« intuitionner ». Il y a là quelque chose de nous qui est de l’ordre du subtil, de l’infus, de la Révélation qui « s’agit » et se commu­nique, mais à condition que ce soit par un canal supra- ou infra-verbal. Par contre, là où se trou­vent Neptune et Jupiter, on peut éventuellement « parler » Poissons : par exemple, Neptune en Vierge a donné une génération marquée par le doute, génération qui a voulu donner du sens à la mort. Depuis le Moyen Âge, la mort n’a jamais été aussi culturelle, à tel point qu’elle est devenue un moyen de communication sociale.

Il semble indispensable pour le monde d’aujour­d’hui d’aborder le monde de la mort. Parce que nous allons, à travers les siècles futurs, nous appro­cher du sens de la mort, nous suscitons dans le tissu social des moyens de l’aborder.

Toute production humaine n’est que le prolonge­ment d’une nécessité intérieure. Si l’évolution de la société nous a conduits à créer des moyens de com­munication aussi rapides, c’est parce que nous avons eu à l’intérieur de nous-mêmes le besoin de créer ces moyens de communication. Si, dès que nous ouvrons un journal, dès que nous allumons notre télévision, nous sommes imprégnés du sens de la mort, c’est que nous avons besoin de façon collective et individuelle de nous approcher du sens de la mort, c’est-à-dire de découvrir peu à peu et davantage le sens de Pluton. Dans un siècle ou deux, les gens auront de la mort une idée totale­ment différente, probablement très riche, très belle, très apaisée, acceptée dans la joie.

Le Poisson est le signe de la fusion qui, dans le monde de l’incarnation, existe au niveau de la fécondation des deux premières cellules, les gamè­tes, l’ovule et le spermatozoïde fusionnant pour donner naissance à une nouvelle cellule. Mais cette nouvelle cellule ne doit la vie qu’à la mort des deux premières. C’est parce que l’ovule et le spermatozoïde vont perdre leur forme, leur iden­tité, leur sens, donc vont mourir à eux-mêmes, que la première cellule, génératrice de la vie future, va pouvoir apparaître. Là aussi la vie n’est due qu’à la mort de quelque chose. C’est de cette mort-là que naît le Bélier. Ainsi le Bélier, serpent qui se mord la queue, est riche de tout ce qui s’est passé avant. Il n’y a donc pas de début au zodiaque… c’est l’inconscient collectif de Jung, qui a eu là un trait de génie.

Il n’y a plus aucune forme de pensée au stade du Poisson, mais la quintessence de tout y existe. Le Poisson est le lieu du vivant sans forme, une sorte de lavage de cerveau, lieu où le mental abdique, où il ne reste plus que le sens de la vie. Je ne peux en dire plus parce que les mots me manquent. C’est aussi le lieu de l’oubli obligatoire. Lorsque le Bélier apparaît, il est lourd de la mémoire ances­trale, mémoire inconsciente ; il en est porteur mais a tout oublié. Il est chargé de cette mémoire, mais ne peut pas la penser ; sa pensée est nouvelle si son héritage est ancien. L’effort de l’humain consiste à récupérer cet enseignement et cette pensée, c’est-à-dire du Bélier au Capricorne, de parvenir à une conscientisation progressive pour retrouver une conscience totale, ce qu’Hegel appelle « le savoir absolu ». Et quand on croit avoir atteint ce « savoir absolu », on s’aperçoit qu’on ne sait rien, le Ver­seau nous le dit : « Ce que tu sais là n’est rien à côté de ce que tu pourrais savoir. » On se vide le cerveau. « Le mental ment monumentalement », comme dit Marcel Picard. Le creuset des Poissons est l’oubli de ce que nous savons.

On peut rapprocher cela de la théorie de la réin­carnation : une âme qui se réincarne, est une âme qui a tout oublié et doit tout retrouver à un niveau supérieur. Le passage des Poissons est un passage d’oubli. Oublier tout ce que l’on a formalisé et accepter de repartir avec le Bélier, riche de tout cet enseignement passé mais inconscient, donc à retrouver. C’est une splendeur, ce zodiaque ; on a envie de repartir tous les jours !
Il y a de par le monde des pierres dressées, des représentations graphiques, des textes hermétiques qui sont typiquement des résidus d’expériences « Poissons ». Nous les avons à notre disposition depuis la nuit des temps. Ces messages comme Y Apocalypse de Jean, le Yi-King ou le Tarot nous ont été laissés, nous ont été donnés. Alors que nous sommes dans l’inconscience ce sont ces témoi­gnages qui nous indiquent qu’il y a là un sens à trouver. Tous ces monuments symboliques nous disent : « Tu viens de naître au monde et de t’in­carner, Bélier-Taureau, tu ne sais rien mais tu pos­sèdes tout. »

Pour retrouver ce Tout, l’âme humaine dispose de ces codes stimulateurs, « la Roue zodiacale » nous dit que nous ne savons rien mais qu’il y a des choses à savoir.

Or, un « Tout » n’est pas réductible à l’addition de chacune de ses parties, il y a dans le Tout autre chose qu’une somme, il y a eu intégration, alchimisation. Hegel parle de sursumption : intégration des valeurs ajoutées. Le zodiaque, en tant que dyna­mique évolutive procède par sursumption.

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Source : Philippe Granger

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Note :

[1] - Intégration harmonieuse, union entre elles des pulsions (de vie, de mort) constitutives de l'individu.
Et son contraire : Désintrication - assez proche de déliai­son - : désunion pathologique.







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critiques

Pascal Patry
Praticien en psychothérapie
Astropsychologue
Psychanalyste

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