Écoute

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Écoute

Pascal Patry astrologue et thérapeute à Strasbourg 67000
Publié par Pascal Patry dans Psychothérapie · Lundi 20 Fév 2023
Tags: Écoute
Écoute

Définition

Du latin auscultare « être attentif à, tenir compte de ce que quelqu’un dit, exprime, de sa volonté, de ses désirs » (Petit Larousse, 1995). Cette définition du Larousse indique déjà en soi plusieurs contenus implicites de l’écoute : quelqu’un qui est « attentif à » utilise sa vue et son ouïe, et « tenir compte de » implique la prise en compte, soit la notion de comprendre (prendre avec soi). La compréhension ne consiste pas à écouter, mais l’écoute est indispensable à la compréhension.

L’écoute thérapeutique est très différente de celle que nous vivons dans notre vie de tous les jours. Cette dernière, souvent hâtive, empreinte de jugement, sans attention réelle, chargée de « il faut que », « tu n’as qu’à », « tu devrais », renvoie alors une solitude accentuée, chargée de frustration, de colère, d’image de soi négative et de l’impression de n’être pas comme les autres, enfin de n’être pas compris.

Le thérapeute, de par la qualité de son écoute, met en place une rela­tion particulière avec le patient ; une relation centrée sur la personne, sur son monde intérieur qui ne ressemble à aucun autre. Il ne peut le faire que s’il ne se sent pas lui-même en danger de ce qu’il va entendre, voir et sentir.

   Nathalie, 30 ans, mère de trois enfants, affirme qu’elle ne peut s’approcher de ses boîtes d’antidépresseurs sans envie irrépressible d’en consommer une grande quantité. Nathalie a été hospitalisée pour tentative de suicide :
« Je ne comprends pas, je suis certaine de ne pas avoir eu envie de me suicider, ce qui se passe c’est que je ne peux pas résister à l’envie d’en prendre, c’est comme si j’avais en face de moi une plaque de chocolat. »

   L’écoute permet de comprendre que Nathalie n’est pas suicidaire mais pharmacodépendante. Elle n’en avait jamais eu conscience, n’en avait jamais parlé à personne. Elle poursuit maintenant son récit en se remémorant sa consommation excessive d’alcool dans les années passées, sa recherche de médicaments dans la maison, évoque alors l’alcoolisme de son père.

   Cette prise de conscience la soulage, car même si l’on peut estimer que sa pathologie est morbide, Nathalie a maintenant une vision claire de son problème et par-là même, un début de solution. Elle propose d’emblée de revoir son médecin traitant pour envisager une cure de sevrage.

Les trois niveaux d'écoute

Premier niveau

Il concerne ce qui est dit dans la relation. Le thérapeute centre son attention pour écouter dans le silence ce que lui dit la personne. Il est calme, regarde son interlocuteur, ne fait pas autre chose, et met de côté ce qui le préoccupe. Toute son attention est centrée sur la personne. Il n’est pas toujours possible de maintenir le regard. Lorsqu’une personne est en proie à de vives émotions, telles que la tristesse exprimée par des larmes, il est parfois préférable de ne la regarder que par séquences, comme pour respecter ce moment d’intimité. Le thérapeute écoute quoi qu’il en soit, même s’il ne regarde pas le patient à ce moment précis, son écoute se manifeste d’une façon plus subtile, par sa présence à la fois forte pour soutenir le patient et discrète pour ne pas entraver son processus. Le thérapeute écoute un récit, mais ne peut en rester là, car cela reviendrait à écouter une histoire, comme on lit un livre.

Deuxième niveau

C’est également par « l’attention flottante », deuxième niveau d’écoute, qu’il va prendre en compte le récit au-delà des mots. Le théra­peute va collecter toutes les informations qui arrivent à ses sens : il entend le récit, les mots utilisés, les changements dans la voix, ses niveaux sonores, les attitudes corporelles, les gestes, leur cadence, leur niveau d’amplitude, le mode respiratoire, l’expression du visage, l’habillement, etc. L’ensemble de ces informations émane d’une communication non verbale. Elle est à ce point importante que certains spécialistes l’estiment à 80 % de ce qui est communiqué.

La communication non verbale comporte selon Mario von Granach trois fonctions distinctes : la fonction expressive, qui exprime nos émotions, l’estime de soi et l’opinion que nous avons d’autrui.

   « Le comportement non verbal exprime notre état émotionnel, l’opinion que nous avons d’autrui et donne aussi de l’information sur notre estime de soi. Il est plus fiable de considérer le non verbal, plus révélateur que le verbal de l’opinion et de l’émotion de l’interlocuteur. » (Bioy, Fouques, 2002, p. 166)

La fonction d’étaiement du langage est celle qui appuie nos gestes, les accompagne pour mettre en évidence le ressenti ; et enfin, la fonc­tion quasi linguistique, qui concerne les gestes dont le sens est le même pour toutes les personnes d’une même culture. Ce sont, par exemple, les yeux en l’air qui indiquent le mépris, la tête qui bouge de gauche à droite pour dire non et de haut en bas pour dire oui.

   Nathalie évoque une bonne relation avec son mari. Pourtant, sa voix devient forte, aiguë, et ressemble à un cri de colère. Le volume est élevé, le rythme de parole s’accélère, ses yeux deviennent fixes.

   Martine, à l’évocation de sa mère, plaque son dos vers l’arrière du fauteuil et agite ses mains de gauche à droite devant elle, comme pour dire non ou se défendre.

   Carole, 21 ans, relate la violence son ami, désormais incarcéré pour 3 mois. Son visage est triste, sa voix grave, son corps est tendu, replié, ses mains bloquées sur ses jambes refermées, le pied enroulé autour de la cheville.

  Pierre, 38 ans, a effectué une peine de 14 mois. Son regard se porte toujours vers la fenêtre et la porte. L’inquiétude se lit sur son visage : « J’ai constamment la peur d’être encore enfermé depuis mon incarcération, je sais que je ne suis plus en prison, mais dans une pièce, il faut toujours que je vérifie que la porte est ouverte et que je sente l’air dehors. »

L’ensemble de ces signes est indispensable à la compréhension de ce qui est exprimé. Ils permettent parfois de sentir qu’un propos est infirmé, contredit par les gestes, ce qui indique que le patient dit autre chose que ce qu’il ressent réellement. La plupart du temps, il semble que la communication corporelle précède l’expression verbale. Il ne s’agit que de quelques secondes durant lesquelles la mimique, la position du corps, son mouvement vont indiquer ce qui est ressenti.

Troisième niveau

Le troisième niveau d’écoute concerne l’écoute du thérapeute de lui-même. Que pense-t-il en écoutant son patient, que ressent-il, quelles sont ses sensations corporelles ? Cette écoute de soi est indispensable à l’écoute d’un patient, car elle peut servir de « caisse de résonance ».

Le mode de communication de deux personnes est toujours subjectif. Il est fondé sur un certain nombre de croyances de chaque personne de cette relation. Que ces croyances soient justes ou fausses n’est pas important car ce qui compte véritablement, c’est l’idée qu’une personne se fait d’une autre personne. La relation va en effet se cons­truire à partir de cette vraie fausse réalité.

Prenons un exemple : le patient a la croyance que son thérapeute peut l’aider. C’est à ce point que lorsqu’il rencontre une difficulté, il attend sa séance avec hâte, se sent soulagé à l’idée de pouvoir raconter sa semaine à quelqu’un qui le comprend. Le thérapeute, en ce qui le concerne, a cette croyance qu’il comprend cette personne, croit qu’il est en mesure de l’aider. Voilà les bases positives de cette relation. Elle ne se joue pas tant sur ce que sont réellement ces deux personnes, mais plutôt sur leurs croyances réciproques.

Si le thérapeute croit qu’il ne peut pas aider un patient, il est probable qu’il ne pourra pas l’aider. Si le patient croit que ce thérapeute ne peut pas le comprendre, il est probable que la relation ne pourra pas être thérapeutique, car le transfert nécessaire à son efficacité ne sera pas.

La caisse de résonance dont nous parlions au début de ce paragraphe se réfère à ce que le thérapeute croit ressentir de la réalité de son patient à un moment particulier de la séance : « Je ressens que le patient est triste. » Ce ressenti peut être un « outil » pour la thérapie, si le théra­peute est vigilant au contre-transfert éventuel que cette tristesse peut réveiller de son vécu.

Laure, 28 ans, évoque les maltraitances de son enfance sans faire apparaître pour autant ses émotions. Elle évoque ses souvenirs comme elle raconterait une histoire sans la vivre. « Je ressens votre peine en vous écoutant », lui indique le thérapeute ; Laure a les larmes aux yeux, puis elle éclate en sanglots, comme une enfant inconsolable, durant plusieurs minutes.

Le thérapeute ressent également de la peine, une peine qui se rapporte à son passé, une réactualisation d’autres relations passées qui le concerne lui en tant que personne et qui n’a rien à voir avec le patient ; c’est en étant conscient de sa part de ressenti, en identifiant ce contre-transfert qu’il peut choisir le moyen d’y remédier de façon à ce que la relation soit et reste profitable.

Le contre-transfert peut se manifester identiquement par des actes manqués tels qu’oublier le rendez-vous avec ce patient, ou commencer la séance régulièrement en retard. C’est en prenant l’habitude du ques­tionnement sur soi (qu’est-ce que cela me fait ? que puis-je faire pour m’adapter à cette émotion ?) que le thérapeute pourra faire face au contre-transfert.

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Source : Se former à la relation d'aide





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Pascal Patry
Praticien en psychothérapie
Astropsychologue
Psychanalyste

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67000 Strasbourg

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