La carte planétaire du potentiel individuel

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La carte planétaire du potentiel individuel

Pascal Patry astrologue et thérapeute à Strasbourg 67000
Publié par Pascal Patry dans Astropsychologie · 2 Août 2022
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La carte planétaire du potentiel individuel

Ce qui est au-dessous est semblable à ce qui est au-dessus.
Et ce qui est au-dessus est semblable à ce qui est au-dessous,
afin que le miracle de l’Unicité puisse s’accomplir.
La Table d’Émeraude

Le destin et l’âme désignent le même prin­cipe.
Novalis

Le thème natal

Pour comprendre le langage de l'astrologie, il con­vient pour commencer, de savoir ce qu'un horoscope natal peut et ne peut pas nous apprendre. Ce dernier est une carte astronomique des plus complexes, qui se fonde non seulement sur la date de naissance, mais encore sur l’heure, l'année et le lieu. Nous devons donc en premier lieu rejeter toutes les idées préconçues et tous les préjugés reposant sur l’astrologie populaire, laquelle n’a rien de commun avec l'art perse.

Le thème natal n’esquisse pas le destin de l'individu de manière préétablie. Il symbolise plutôt les orienta­tions essentielles de l'évolution potentielle de son caractère. Une once de réflexion suffit pour compren­dre qu'un homme organisera et façonnera sa vie en fonction de ses besoins, de ses peurs et de ses facul­tés, et que ces derniers résultent de sa disposition inhé­rente. En ce sens le caractère relève du destin, et si nous ignorons notre propre nature - à l'instar de la plupart de ceux qui n'ont jamais exploré l'inconscient - nous ne pouvons blâmer les étoiles du fait que nous nous comportons en aveugles pour effectuer un parcours que nous nous sommes choisi.

Cette question fondamentale revêt une importance extrême pour la compréhension de l'astrologie. L'interprétation la plus superficielle du destin et du libre arbitre - le destin correspond à ce à quoi je suis « promis » alors que le libre arbitre correspond à ce que je « choisis » de faire - nous dissimule un paradoxe subtil, à savoir : ces deux opposés ne font qu'un.

Nous savons que les schèmes archétypes, l'ossature de la structure de l'existence sous-tendent toute vie, qu'elle soit psychique ou matérielle. En revanche, nous ignorons s'il existe une base matérielle au fait que les informations astrologiques soient en rapport avec le comportement humain, bien que la recherche sur les horloges biologiques et les taches solaires doive bien­tôt nous en fournir la preuve.

La recherche statisti­que minutieuse et exhaustive de Michel Gauquelin a démontré d'une manière spectaculaire la validité de telles corrélations, mais l'explication de cette validité nous échappe encore. Cependant, les faits objectifs relatifs à l'astrologie, tels que la possibilité d'émana­tions énergétiques des planètes qui affectent le champ énergétique du soleil, ne seraient qu'une extrémité du spectre de l'archétype. L'autre est de nature symboli­que, et les positions des planètes à un moment donné réfléchissent les qualités de ce moment et reflètent donc les qualités propres à tout ce qui voit le jour à ce moment, qu'il s'agisse d'un individu, d'une ville, d'une idée, d'une société ou d'un couple. L'un ne pro­voque pas l'autre ; ils sont synchrones et se réfléchis­sent l'un l'autre.

Nous disposons, pour justifier la raison de cette synchronicité, d'une part des archétypes de l'incons­cient collectif de Jung et d'autre part, des enseigne­ments de la doctrine ésotérique. Il semble que ces deux points de vue renferment la même vérité, laquelle paraît confirmée par les découvertes de la physique quantique et de la biologie des vingt-cinq dernières années. La vie est un organisme dont les diverses par­ties, bien que de formes différentes et d'apparences distinctes, participent de la même globalité et sont solidaires les unes des autres.

Paracelse, écrivant sur l'astrologie au XVIe siècle, dit :

Si j'ai le « mana » dans ma constitution, je peux attirer le « mana » du ciel… « Saturne » ne se trouve pas seulement dans le ciel, mais est également enfoui dans la terre et dans l'océan. Qu'est « Vénus » sinon l'« armoise » qui pousse dans votre jardin ? Qu'est-ce que le « fer » sinon « Mars » ? Ce qui revient à dire que Vénus et l'ar­moise sont deux produits de la même essence, et Mars et le fer deux manifestations de la même cause. Qu'est-ce que le corps humain sinon une constellation des mêmes pouvoirs qui formèrent les étoiles dans le ciel ? Celui qui sait ce qu'est le fer, connaît les attributs de Mars. Celui qui con­naît Mars, connaît les qualités du fer.

Le système solaire ne correspond pas seulement à un arrangement du soleil et des planètes rendues soli­daires par la force de gravité et décrivant des orbites dans l'espace. On peut également le considérer comme le symbole d'un schème énergétique vivant, reprodui­sant à tout moment les formes plus petites d'existence qu'il renferme.

En tentant de comprendre le symbolisme du thème natal, il est utile de considérer ce que nous savons de la psyché, car le thème à la naissance est vraiment un modèle, en termes symboliques, des divers schèmes énergétiques ou composants psychiques qui façon­nent l'individu. Nous savons que l'ego, en tant que centre du champ de conscience, est un centre régula­teur qui a pour fonction d'illuminer les domaines de l'inconscient, tant personnel que collectif, qui cher­chent à s'exprimer. Nous n'ignorons pas par ailleurs que l'ego est le substitut ou le reflet de ce centre mystérieux que Jung nomme le Soi et que les doctri­nes ésotériques appellent l'âme. Nous saisons en outre qu'au cours de son développement, l'individu est sus­ceptible d'interdire l'accès du champ de conscience à des aspects de sa nature qui en réalité lui sont per­sonnels, mais qui pour l'une ou l'autre raison sont incompatibles avec ses valeurs ou avec celles de sa famille ou de la société. En dernier lieu, nous savons qu'il importe que l'individu, qui recherche un épanouis­sement personnel et une vie significative satisfaisant les desseins plus vastes justifiant sa naissance, mette en lumière ces aspects de sa propre nature plutôt que de les condamner à demeurer dans les ténèbres perpétuelles de l'inconscient. La personnalité faisant l'objet d'une projection dès les premiers jours de l'en­fance n'est presque jamais exprimée dans son intégra­lité ; seule une partie s'exprime, et pour de nombreu­ses personnes celle-ci est de beaucoup inférieure à leur véritable patrimoine. En de tels cas, nous disons qu'un homme n'a pas vraiment tiré parti de son potentiel, qu'il a laissé passer des opportunités et gâcher des talents, ou qu'il n'a jamais été vraiment « en accord avec lui-même ».

Le thème natal est une graine ou une empreinte de tout ce qui appartient à titre potentiel à la person­nalité d'un homme - si elle était tout à fait épanouie et consciente. C'est une carte routière dans le sens le plus pur du terme, car l'objectif de la recherche n'est pas de « surmonter » les « influences » des planètes, mais plutôt de permettre à toutes les qualités et ten­dances que symbolise le thème de s'exprimer dans la vie de l’individu. Ce n'est qu'alors que l'être pourra s'approcher du plan original de développement de sa vie tel qu'il est conçu - car nous devons en définitive inférer un développement intelligent et significatif - par le Soi.

Si cette définition du thème natal paraît trop abstru­se ou trop élevée, il est pertinent de se souvenir que l'astrologie avant d'avoir été récupérée par les maga­zines populaires et les journaux était un art sacré. Grâce à elle, l'étudiant avait accès à une perception intuitive de la dynamique des énergies sous-jacentes à la vie, qu'aucun autre système ancien - excepté peut-être son équivalent oriental, le Yi-King - n'of­frait. Ce qui est grand se réfléchit dans ce qui est petit, et le fait que l'astrologie puisse également être utili­sée pour éclairer des problèmes plus terre à terre ne constitue pas une négation de sa valeur psychologique plus profonde. Cela montre simplement que même dans les détails les plus petits de notre vie, notre com­portement révèle l'essence dont nous sommes consti­tués.

Considérée sous cet angle, il apparaîtra qu'une com­préhension de l'horoscope natal confère une dimension nouvelle à la compréhension de notre parcours exis­tentiel. De la même manière, la comparaison de deux horoscopes fournira une information considérable sur les échanges intervenant entre deux personnes ; et c'est à partir de cet art de la comparaison de thèmes que s'est développée la synastrie - l'utilisation des comparaisons pour explorer et évaluer les relations.

D'un point de vue astronomique, l'horoscope natal n'est qu'une carte du ciel tel qu'il se présentait lors de la naissance de l'individu - calculée avec exactitude afin qu'elle ne puisse être critiquée par l'astronome le plus tatillon. Le cercle des douze signes du zodiaque est un symbole de totalité, et dans sa totalité, il repré­sente toutes les possibilités de la vie. À cet égard, le zodiaque est semblable à tout autre symbole universel de globalité, tel que l'œuf, l'ourobouros (le serpent qui se mord la queue) ou la croix. C'est un mandala, et ainsi que Jung l'a montré, les mandalas correspon­dent à l'expression symbolique de la globalité poten­tielle de la vie et de la psyché humaines. Ils sont tout à la fois des symboles du Soi, et des symboles de Dieu, car en termes de perception humaine, ces deux princi­pes recouvrent la même notion.

Sur la toile de fond de ce cercle du zodiaque (qu'on nomme l'écliptique et qui représente en fait la course du soleil dans le ciel), on trouve le Soleil, la Lune et les huit planètes connues. Les positions de ces planè­tes sur le zodiaque au moment de la naissance de l'individu forment le schème interne du thème natal. Nous disposons donc d'une image symbolique, avec le cercle de la globalité à l'extérieur et la combinaison individuelle des composants psychologiques à l'inté­rieur. Chaque thème est fait des mêmes ingrédients : douze signes du zodiaque, huit planètes, le Soleil et la Lune. Pourtant chaque thème est différent parce qu'à un moment donné la disposition de tous ces facteurs est différente, à la fois à l'intérieur du schème plané­taire et au sein de la relation entre les planètes et l'horizon de la terre lui-même.

En d'autres termes, les êtres humains sont faits de la même matière première, des mêmes tendances ou énergies, des mêmes besoins et possibilités ; mais il existe un ordonnancement individuel de ces énergies qui confère son unicité au schème. Les mêmes forces sont présentes en chacun de nous, un fait auquel nous nous trouvons constamment confrontés dans tout tra­vail impliquant le conseil ou la thérapie. Mais une individualité créative tire de ces énergies fondamenta­les une œuvre d'art unique, la vie individuelle. Nous devons supposer que ce façonnement créatif n'est pas dû à l'ego, lequel est incapable d'un tel exploit ; il résulte du Soi, et le Soi, en tant que tel, ne figure pas sur le thème de naissance. C'est le zodiaque entier. Le thème n'indique pas non plus qu'à tel ou tel mo­ment l’individu décidera de coopérer avec la conduite de sa propre psyché pour parvenir à une conscience plus grande, et donc de recourir de manière plus sys­tématique à ces potentiels qui sont siens depuis le commencement. La signification la plus profonde du libre arbitre individuel réside dans cette décision.

Les planètes

Les pierres de fondation dans le symbolisme astro­logique sont les huit planètes ainsi que le Soleil et la Lune. En jargon astrologique, les luminaires, le Soleil et la Lune sont qualifiés de planètes, dans un souci de simplicité. En astronomie, ces dix corps célestes sont les éléments constituant la structure de notre système solaire. Sur un plan symbolique, ils forment la struc­ture de la psyché humaine. Dans les anciens enseigne­ments ésotériques, on croyait que l'espace n'était pas « vide », mais qu'il était en fait le siège d'une vie gigan­tesque, un organisme qui possédait les attributs de la conscience et du dessein. Sa force physique était le système solaire, et le soleil représentait le cœur, autour duquel la Lune et les huit planètes servaient d'orga­nes ou centres d'énergie - de la même manière que les organes du corps humain secondent le cœur dispen­sateur de vie. Avant la découverte d'Uranus en 1781, on ne connaissait que cinq planètes ; mais nous rele­vons de vagues indications de l'existence des trois autres dans la mythologie, où elles sont invariablement assimilées à des dieux invisibles, qui vivent dans les profondeurs des eaux ou de la terre. Ce concept ésotérique du système solaire paraît abstrait et difficile à imaginer, c'est pourtant un symbole indispensable à celui qui veut comprendre le rôle des planètes dans le thème natal.

L'astrologie, comme l'inconscient collectif au­quel la psychologie a trait, relève de configurations symboliques : les « planètes » sont les dieux, sym­boles des pouvoirs de l'inconscient.

Nous pouvons à présent étudier la signification de chacun des corps célestes en fonction des tendances fondamentales ou schèmes archétypes qu'ils symboli­sent au sein de l'individu.

Le Soleil et la Lune

Le Soleil, qui est le cœur du système solaire et le symbole le plus important du thème natal, suggère par sa représentation picturale - un point au centre d'un cercle - qu'il traduit le besoin qu'a l'individu de devenir lui-même. Bien que cela paraisse simple, c'est une tâche qui demande une vie. Le cercle est l'ancien symbole de globalité, de divinité et d'unicité éternelle de la vie, parce qu'il n'a ni commencement ni fin ; et le point au centre suggère que l'esprit, ou la vie, ou encore le Soi, se manifestent (en un lieu par­ticulier et à un moment spécifique dans le temps) comme un ego individuel qui possède, entre autres choses, l'élan vers la réalisation de soi. À l’instar de tout autre symbole vivant, le Soleil du thème natal ne peut être réduit à quelques mots-clés bien choisis. Mais nous obtiendrons un aperçu de sa signification en sachant qu'il suggère l'itinéraire que l'individu doit emprunter pour satisfaire son aspiration fondamen­tale à un sentiment d’identité. Nous pouvons dire que le soleil symbolise le besoin d'expression, de réalisa­tion, et de conscience de soi ou employer tout autre terme qui n'acquiert un sens que quand l'individu est conscient du besoin qui est en lui d'être soi-même et à condition qu’il voie ce besoin œuvrer dans tous les actes créatifs qu’il réalise non en fonction d'un motif ultérieur, mais en tant que reflet véritable de l'essence de son individualité.

Les planètes du thème natal symbolisent les expé­riences archétypes de la vie, et l'astrologie n'est qu'un moyen de les décrire. Ainsi que nous l'avons vu, le mythe et le conte en sont d'autres, et le Soleil peut être considéré comme une réflexion du principe, repré­senté par le Héros. La Quête du Héros et le symbolis­me du thème natal traitent du même voyage ; le Héros recherche à jamais d'abord son autre moitié, afin d'at­teindre à la globalité, puis son origine, afin de pouvoir reconnaître vraiment sa parenté et son dessein. Rien ne nous interdit d'avancer que le Soleil de l'horoscope traduit l'aspiration de l'individu à identifier cette force existentielle ou centre dont son ego conscient, le « Je » personnel, est un reflet.

Le Soleil est donc un symbole de l'ego, dans le sens où Jung emploie le terme. En fin de compte, c'est le vaisseau ou le véhicule permettant à la totalité de la psyché, au Soi, de se manifester. Ainsi que nous l'avons déjà signalé, le thème ne révèle rien du Soi, qui est représenté par le zodiaque en tant que tout. Le thème natal n’est que la route que l’ego emprunte, la quête particulière du Héros individuel ; et ces qualités que l'individu est en mesure d'actualiser à un niveau cons­cient - sa contribution infime dans le spectre plus vaste de la vie - sont symbolisées par le signe dans lequel le Soleil se trouve à la naissance.

Un tort considérable - et involontaire - a été porté à l'astrologie par les rubriques spécialisées des jour­naux et des magazines populaires, et il est déplorable que même le plus sérieux des étudiants en astrologie tombe souvent dans le même piège que le lecteur de ces colonnes : le signe du Soleil est, en règle géné­rale, interprété comme un ensemble de comportements préexistants et cristallisés. Nous lisons qu'un Bélier est entêté, impulsif, téméraire et apprécie le défi ; qu'un Taureau est stable, fiable, sensuel, obstiné et sensible au bien-être matériel. Et ainsi de suite. Mais il serait beaucoup plus significatif, et plus en accord avec la compréhension de la psyché fournie par le travail de la psychologie, de ne pas considérer le Soleil comme un simple catalogue de traits de caractère, mais comme ce que l'individu s'efforce de devenir, et comme ce qu'il est à un niveau potentiel, essentiel. En fait, ce symbole de l'ego totalement intégré est rare­ment atteint avant que les trente premières années de la vie soient écoulées ; et l'aube d'une réelle remise en question de soi succède en général à la crise de la vingt-neuvième année, qu'on nomme retour de Saturne. Concrétiser le potentiel complet du Soleil demande une vie entière. Nous pouvons donc dire que le signe de votre Soleil n'« exerce » pas une influence particulière sur vous ; il symbolise plutôt les énergies, le mythe particulier, par le truchement desquels vous tentez d'apprendre à devenir conscient, et que vous vous efforcez d'exprimer de manière créative. Il incombe à chaque individu de rendre conscient et de faire pas­ser par le canal de son individualité la signification du symbolisme du signe solaire afin qu'il s'imprègne de l'essence mystérieuse de son propre Soi. Le fait d’être né avec le Soleil en Bélier ne rend pas un homme entêté et impulsif mais suggère que pour parvenir à un état de globalité, il devra cultiver un sentiment de vitalité, une faculté de s'affirmer dans le monde extérieur, ainsi qu'une aptitude à induire le changement et à relever des défis de manière créative. Au risque de simplifier de manière abusive, nous pouvons dire que d'une façon semblable le Taureau doit apprendre à communiquer avec le monde terrestre et à forger en lui un sentiment de valeur permanente ; le Gémeaux doit apprendre à développer ses pouvoirs de discrimination intellectuel­le, afin de mieux connaître le monde dans lequel il vit ; le Cancer doit apprendre à faire part de ses senti­ments aux autres afin de nourrir la conscience nais­sante de ceux qui lui sont chers ; le Lion doit appren­dre à reconnaître en fournissant des efforts créatifs le centre qu'il abrite, qui est le véritable créateur et
auquel il doit faire allégeance ; la Vierge doit appren­dre à se perfectionner, à s'épurer en tant que vase afin de pouvoir participer à la transmutation de tout ce qui est fondamental et indifférencié dans la vie ; la Balance doit apprendre à reconnaître les opposés au sein de sa nature et à les équilibrer afin d'être en mesure d'entretenir des relations avec autrui ; le Scor­pion doit apprendre à aimer et à intégrer ses propres ténèbres, afin de remédier à l’obscurité qui règne autour de lui ; le Sagittaire doit apprendre à discer­ner la cohérence sous-tendant toute aspiration humai­ne afin de transmettre à autrui sa connaissance glo­bale de l'expérience existentielle ; le Capricorne doit apprendre à maîtriser son environnement et ensuite lui-même, afin de rayonner en incarnant le pouvoir de la volonté humaine ; le Verseau doit apprendre à deve­nir conscient de la vie de la communauté dont il fait partie, afin d'offrir sa contribution à la croissance de la conscience collective ; et le natif des Poissons doit apprendre à faire don de lui-même à la Vie, afin de sauver ce qui a été perdu. Le signe solaire est aussi peu personnel qu’un ensemble de schèmes comporte­mentaux, et n'influencera jamais personne. C'est un symbole de ce qu'il est nécessaire d'atteindre. Il est plus que probable que l'individu rencontrera moult difficultés dans cette entreprise.

Il convient de ne pas oublier que le Soleil n'est pas un point personnel sur le thème, en ce qu'il ne con­cerne pas le comportement de la personnalité. Il sym­bolise le parcours, l'objectif, non le véhicule qu'utilise le voyageur - jusqu'à ce que ceux-ci finissent par se confondre. Le Soleil est le cœur de l'être humain, mais qui connaît vraiment son cœur ?

Les planètes, à l'instar de la totalité du symbolisme astrologique appartiennent à deux groupes, celui des énergies masculines et celui des énergies féminines. On considère que le Soleil est une planète masculine,
parce qu'il est associé à l’aspect de la vie qui concerne la volonté, la conscience, la décision, et l'impact sur l'environnement - en d'autres termes, c'est un prin­cipe actif. En toute logique, il est plus « accessible » aux hommes qu'aux femmes du fait qu'il reflète une qualité qu’ils expriment plus spontanément. La plu­part des hommes prennent conscience de la nécessité d'avoir une identité individuelle dès qu'ils atteignent leur seizième année ; de nombreuses femmes, au con­traire, se contentent, durant la première moitié de leur vie, de trouver leur identité à travers leurs partenaires et leur famille. Le principe consistant à s'épanouir en transmettant la lumière de l'ego au monde est plus une prérogative de la conscience masculine que fémi­nine. En conséquence, dans l'horoscope d'une femme, le Soleil indique souvent ce qu'elle recherche dans le côté masculin de la vie, et chez les hommes qu'elle fréquente, à titre complémentaire. Il va de soi que d'un point de vue idéal chaque individu se doit d'exprimer les polarités masculines et féminines du thème. C'est un des aspects du défi que représente l’évolution de notre conscience.

Le Soleil reflète le besoin qu'éprouve tout être humain de s'exprimer et de développer ses potentiali­tés. La Lune symbolise en revanche la tendance à l'inconscience, l'irréflexion, le passé et l’immersion dans le flux des sentiments qui permettent à l'individu de se laisser emporter dans les mouvements de masse et le torrent de la vie sans s'engager dans la lutte qu'im­plique l'accession à la conscience de soi. La Lune est également le symbole de la mère, tant personnelle qu’archétype, et c'est vers cette matrice sécurisante que notre côté lunaire nous incite à retourner. La Lune illustre le besoin de se plonger dans l'expérience vécue sans avoir à l'évaluer et à la comprendre ; elle symbolise également l’aspiration au confort et à la satisfaction des besoins affectifs. Alors que le Soleil s'efforce d'atteindre à la différenciation, la Lune lutte pour établir des relations humaines, la fusion de l'identité. Le Soleil évite les relations personnelles et privilégie le développement de l'ego indépendant ; la Lune renonce à l'identité au bénéfice des relations, et se languit de la paix de la nuit au cœur de laquelle les couleurs se fondent et tout s'endort. Esther Harding déclare dans son livre sur la signification du symbolisme de la Lune :

Aux époques où le culte lunaire était en vigueur, la religion s'intéressait aux forces invisibles du monde de l'esprit, et même quand la religion d'État adopta le Soleil, un dieu de la guerre, de l'épanouissement personnel et des affaires terres­tres, les qualités spirituelles demeurèrent attachées aux divinités lunaires. Car le culte de la Lune est celui des pouvoirs créateurs et féconds de la natu­re et de la sagesse qui est inhérente à l’instinct et à l'harmonie avec la loi naturelle. Le culte du Soleil a trait quant à lui à ce qui triomphe de la nature, à ce qui dompte sa plénitude chaotique et asservit ses pouvoirs pour la satisfaction des finalités de l'homme.

Le Soleil et la Lune présentent une dyade des prin­cipes masculin et féminin dans le thème natal, laquelle symbolise la polarité masculin-féminin au sein de cha­que individu ; la tension qui les oppose est nécessaire. En son absence, il n'y aurait ni conscience ni vie. Le Soleil et la Lune sont apparentés aux autres symbo­les duels tels que les ténèbres et la lumière, l'esprit et la matière, l'actif et le passif, la mère et le père, la vie et la mort, et à toutes autres propriétés antithétiques qui constituent la pierre angulaire de la vie. Ces opposés englobent tout, depuis le sublime jusqu'au ridi­cule : le Soleil indique non seulement d'une manière très vaste et très profonde la voie qu'emprunte l'indi­vidu pour parvenir à l'épanouissement, mais encore nous renseigne sur l'image de lui qu'il projettera. Quant à la Lune, elle révèle la voie que suivra un hom­me pour rétablir le contact avec la vie de la nature qui réside au plus profond de son être ainsi que la manière dont il entretient sa maison et le type d'habi­tudes personnelles qui lui est propre. En matière d'as­trologie, le spectre de la signification engendre sou­vent la confusion dans l'esprit des gens : comment un symbole peut-il dans le même temps avoir une signifi­cation si importante et être apparemment si insigni­fiant ? Les symboles, de par leur nature, agissent tou­jours de la sorte ; en outre, notre discussion porte sur les archétypes, et les planètes qui les symbolisent sont les poutres maîtresses de l'expérience individuelle. Tout ce qui les concerne, du plus superficiel au plus profond, se conformera au schème.

Le signe de la Lune à la naissance nous renseigne en partie sur la manière dont l'individu s'exprime lors­qu'il ne se comporte pas comme un individu, mais comme une créature d'instinct. En d'autres termes,
la Lune symbolise la nature instinctuelle ou irrationnelle. Sa position dans le thème natal suggère égale­ment dans quelle sphère existentielle l'individu recher­che un sommeil symbolique, une inconscience, une évasion ou un refuge - laquelle sera probablement dominée par ses besoins plutôt que par sa volonté et sa capacité de prise de décision. Il est possible d'ob­server la Lune quand l'ego ne s'efforce pas d'atteindre quelque objectif - quand une personne s'abandonne à ses schèmes instinctuels de réaction.

Un exemple nous aidera à expliciter la polarité du Soleil et de la Lune à un niveau interprétatif. Eu égard à la position natale du Soleil dans un signe, les objec­tifs que ce signe symbolise deviennent d'une certaine manière partie intégrante des aspirations de l'individu dans la vie. Quand la Lune se trouve dans un signe particulier, les besoins instinctuels que symbolise ce signe s'intègrent aux attentes de l'individu en matière de bien-être affectif. Ainsi, par exemple, verrons-nous l'homme ayant le Soleil en Lion s'employer à atteindre à une expression de soi créative, un objectif majeur dans sa vie, allié à une valorisation consciente de l'honneur, de la loyauté, de l'intégrité et de l'unicité individuelle. Un homme ayant la Lune en Lion se com­portera en revanche intuitivement de manière specta­culaire, mais aura moins conscience de son besoin de se donner en spectacle, d'être reconnu, adulé et de disposer d'une scène sur laquelle se produire - non parce qu'il privilégie ces valeurs, mais parce qu'il leur demande de le sécuriser. L'homme ayant le Soleil en Lion, s'il se conforme vraiment à la voie tracée, affi­chera ce que le personnage du héros a de plus élevé et de meilleur à offrir. L'homme ayant la Lune en Lion se sent particulier et réagit en fonction de cette différence en recourant à un ensemble moins discrimi­natoire - mais plus naturel - de qualités léonines.

Le Soleil est, en règle générale, le symbole de la conscience et la Lune celui de l'inconscient dans l'ho­roscope d'un homme ; et dans l'horoscope d'une fem­me, la Lune symbolise la conscience et le Soleil l'in­conscient. Il va sans dire qu'il existe des exceptions à la règle. On les rencontre, par exemple, quand une femme a une forte tendance masculine, que ce soit parce que son esprit est très développé ou parce qu'elle se rebelle contre ses instincts. Elles se manifestent également quand un homme présente une forte ten­dance féminine parce que ses sentiments sont très développés ou parce qu'il n'accepte pas la nécessité de lutter pour affirmer son individualité. Mais le Soleil et la Lune sont les deux moitiés de la même unité, et il est nécessaire qu'ils occupent la place qui leur con­vient. C'est l'intégration harmonieuse de ces deux sym­boles que les alchimistes décrivaient dans leur conjunctio ou mariage sacré, et qui dans les contes mar­que la fin de l'histoire, le héros et sa bien-aimée vivant heureux à jamais. Ainsi que nous l'avons vu cepen­dant, rares sont les individus capables de s'investir totalement dans leur expérience vécue. L'instinct est en général en désaccord avec les objectifs existentiels, parce que ces derniers sont soit trop étroits, soit trop difficiles à atteindre, soit encore condamnés par la société ou par nos propres critères ; et l'individu éprouve souvent le sentiment qu'il doit faire un choix, alors qu'il devrait s'efforcer de les marier pour qu'ils puissent s'exprimer comme une unité vivante. Com­ment peut-il s'attendre à contracter une union externe heureuse, s'il échoue à procéder à ce mariage interne ?

Mercure

Nous en arrivons à la planète Mercure qui, en ter­mes astronomiques, est la plus petite et la plus rapide des planètes de notre système solaire et qui, dans la mythologie, est un étrange personnage androgyne qui détient les clés de la connaissance et qui porte les mes­sages que les dieux échangent entre eux ou avec les hommes. Mercure, qui est lié à l'Hermès des Grecs, au dieu Thoth des Égyptiens, et au dieu Loki des Germani­ques et des Teutons, symbolise la manière dont nous appréhendons et ordonnons nos perceptions afin qu'el­les soient comprises et communiquées. Il est principa­lement le symbole du besoin de comprendre, d'intégrer un mobile inconscient à la reconnaissance consciente. Cette planète ne représente pas l'intellect, bien qu'elle ait souvent été décrite ainsi dans les anciens manuels ; car nous devons nous souvenir que d'autres modes de perception existent lesquels n'étaient guère pris en compte par le passé. Il est possible de percevoir et de comprendre par le truchement des sentiments, de l’in­tuition, ou des cinq sens. Mercure placé en Cancer dans le thème natal suggère une personne dont les perceptions émanent de l'inconscient et sont évaluées au niveau des sentiments ; Mercure en Capricorne, d'un autre côté, appréhende la vie par l'intermédiaire de ses sens et accumule les faits, évaluant ses perceptions en fonction de ce qui a déjà été vérifié et démontré. La planète est un symbole du mode selon lequel l'individu prend conscience de son environnement et de lui-même, et rien n'interdit de dire qu'elle symbolise le besoin d'assimiler l'expérience, de devenir conscient.

Mercure est lié à Mercurius, l'étrange personnage de l'alchimie médiévale. En dépit du fait que l'astrologie traditionnelle ne lui reconnaisse pas une importance ou une signification majeurs et qu'elle le relie à la « communication », nous pensons qu'il convient de ne pas se fier aux apparences. En alchimie, Mercurius représente le grand principe transformateur ; et peut-être serions-nous bien fondés de nous souvenir que c'est le besoin de comprendre qui habite l'homme, qui l'élève au-dessus des autres règnes de la nature, qui le pousse à songer à son évolution et donc à coopérer volontairement avec l'inconscient dans sa quête d'une plus ample intégration. Nous commençons alors à com­prendre pourquoi Mme Blavatsky dit dans la Doctrine secrète : « Mercure et le Soleil ne sont qu'un », impli­quant l'unité entre le microcosme de l'entendement hu­main et le macrocosme du dessein cosmique. Étant la planète la plus proche du Soleil, Mercure est son mes­sager, et tandis que le Soleil est le symbole de l'es­sence, Mercure est celui de la fonction qui nous per­met de connaître l'essence.

La position dans les signes de Mercure à la nais­sance suggère la façon dont l'individu apprend, la ma­nière dont il appréhende, catégorise ou assimile ce qu'il apprend : quelle est la méthode par laquelle il passe de l'expérience à la compréhension. En tant que messager, Mercure est le symbole reliant le Soi et l'ego, ainsi que l'ego et l'environnement ; il est le grand unificateur ainsi que le grand destructeur. Sous son influence, l’individu peut découvrir que tout est lié ou se priver de cette cohérence en accumulant des informations éparses et dépourvues de signification.

Vénus et Mars

Vénus et Mars, qui étaient amants dans les mythologies grecque et romaine, forment une autre dyade de principes masculins et féminins. Ils constituent un autre mode d'expression du Soleil et de la Lune, c’est-à-dire du yin et du yang, de l'homme et de la femme. Mais ici le besoin fondamentalement féminin d'asso­ciation, d'harmonisation et d'ajustement dans la sphè­re des relations personnelles, offre un contrepoids sen­sible au besoin fondamentalement masculin de con­quête, de séparation et d'affirmation de soi par rap­port aux autres. Vénus symbolise l'aspiration au par­tage, allant parfois jusqu'à l'identification à autrui ; Mars symbolise la passion qui tend à englober l'autre, et à atteindre un objectif virtuel. Mars désire ; Vénus est le désir d'être désirée. Vénus nous permet de recon­naître que nous entretenons des relations avec autrui, et, en procédant par comparaison, elle cherche à décou­vrir leur similarité ; Mars nous autorise à imposer notre attitude, et par l'affirmation de soi, fait appa­raître les différences.

Les anciens symboles astrologiques de ces planètes sont maintenant utilisés en biologie pour désigner le mâle et la femelle. Ces deux « dieux » sont les expres­sions de la grande polarité du Soleil et de la Lune sous une forme spécialisée : ce sont les principes cosmiques de la lumière et des ténèbres, de l'activité et de la pas­sivité, œuvrant spécifiquement dans le domaine des relations humaines.

Si la Lune est la mère, Vénus est l'archétype de l'amante ou hétaïre : ce sont les deux visages de la femme. Si le Soleil est le père, Mars est le conquérant : ce sont les deux visages de l'homme. Chacun de nous possède ces quatre visages, mais nous choisirons de nous identifier plus à l'un qu'aux autres ; ainsi que D.H. Lawrence le dit, les femmes sont soit des épouses soit des maîtresses, les hommes soit des époux soit des amants. L'expression de ce besoin que Vénus sym­bolise est visible dans la manière dont une personne s'occupe d'elle, dans ses goûts personnels, dans ses réactions à la beauté et dans ses critères sociaux ; elle apparaît également lorsqu'on étudie ce que l'individu privilégie le plus dans ses relations, ce qu'il cherche dans le partenaire idéal. L'expression du besoin que Mars symbolise est visible dans la manière dont une personne cherche à obtenir ce qu'elle désire ; cette planète reflète la qualité ou le mode de son désir, la manière dont elle poursuit son objectif, et la forme d'expression que ses passions supposent.

Nous reviendrons sur ces deux planètes en raison de leur importance dans les relations personnelles. Il semble que le principe général s'appliquant ici soit le même que dans le cas du Soleil et de la Lune : Mars est une énergie plus accessible pour les hommes, et Vénus pour les femmes. En conséquence, comme avec le Soleil et la Lune, la planète dont l'énergie se trouve en opposition avec le sexe de l'individu sera en général projetée sur un objet approprié dans les relations per­sonnelles, et l'individu tentera d'exprimer son côté transsexuel à travers son partenaire. Le signe dans lequel se trouve Vénus dans le thème d'un homme révé­lera souvent ce qu'il recherche chez la femme « idéa­le » ; et le signe dans lequel se trouve Mars dans le thème d'une femme indiquera ce qu'elle recherche chez un homme. Une femme ayant Mars en Capricorne, par exemple, trouvera qu'un homme est sexuellement attirant s'il fait montre de pragmatisme, d'ambition, de volonté et de détermination. Un homme ayant Vénus en Poissons appréciera qu'une femme affiche des qualités telles que la sympathie, l'empathie, la gentillesse, l'imagination et la mansuétude.

Jupiter et Saturne

Avec ces deux planètes, nous quittons le domaine des orientations et des tendances personnelles. On nomme planètes personnelles le Soleil, la Lune, Mer­cure, Vénus et Mars parce que ces corps célestes symbolisent des besoins qui se manifestent à un niveau personnel ; les énergies psychiques qu'ils sym­bolisent sont orientées vers l'ego, et sont dans une certaine mesure facilement accessibles à la conscience, en dépit des difficultés d'intégration des opposés. Le royaume de Jupiter et de Saturne, qui tous deux étaient les rois des dieux dans la mythologie, attire l'individu hors de la sphère de la conscience de l'ego personnel, et celui-ci commence à établir un contact avec ce qui est transpersonnel - à la fois à l'intérieur et à l'extérieur de lui-même. Jupiter et Saturne sont les grands explorateurs, les gardiens de la porte du monde personnel ; l'un comme l'autre présentent deux visa­ges, l'un tourné vers l'intérieur, l'autre vers l'extérieur, et tous deux symbolisent des besoins de transcendance des confins limités du moi. L'un élève, l'autre rabais­se ; ils sont respectivement comparables à la carotte qui fait avancer l'âne en lui promettant des récom­penses futures, et au bâton qui l'incite à marcher parce qu'il est trop douloureux de demeurer sur ses posi­tions. Il va sans dire que nous préférons la carotte au bâton, et nous sommes enclins à valoriser la chance plutôt que la douleur ; mais ces deux planètes symbo­lisent, de manières opposées, des aspirations relatives à la croissance de la conscience. On peut dire que Jupiter est une aspiration masculine, et Saturne une aspiration féminine ; il en est ainsi parce que Jupiter, un dieu du ciel et de la foudre, est lié aux régions « supérieures » de l'esprit intuitif, alors que Saturne, un Titan et un dieu de la terre, est lié aux régions « inférieures » de l’inconscient personnel, le côté noir de la nature humaine. Tous deux sont nécessaires et créent entre eux une autre variation sur le thème de la lumière et des ténèbres, qui concerne cette fois la sphère de la réalisation de la signification.

Attendu que nous étudierons dans un autre chapitre le symbole de Saturne, nous ne nous étendrons pas sur le sujet dans ce chapitre. Jupiter mérite cependant de plus amples explications. Cette planète est liée à ce qu'on pourrait nommer l'aspiration religieuse de l'hom­me, un besoin que Freud et ses disciples percevaient comme la simple sublimation de l'instinct sexuel, mais dont Jung a démontré qu'il était une orientation aussi fondamentale pour l'être humain que toute pulsion biologique. L'homme n'a pas seulement besoin de sur­vivre et de se reproduire en vue de la préservation de l’espèce, mais encore de savoir que de l'une ou l’autre manière, quelque part, il existe un schème de vie, un ordre et un sens intrinsèque, un tout dont il doit à tout le moins avoir une connaissance intuitive vague afin d'être en mesure de préserver sa faculté d'espé­rer et de croître. Peut-être avons-nous inventé Dieu ; mais nous ne pouvons créer ce dont nous n'avons aucune expérience, fût-elle inconsciente, et on peut dire que Jupiter symbolise le besoin d'expérimenter ce qui est mystérieux et divin en le projetant sous des formes symboliques que nous adorons ensuite et nom­mons divinités. Le signe dans lequel se trouve Jupiter dans le thème natal d'un individu nous renseigne sur la manière dont il cherche à donner un sens à sa vie. Un être ayant Jupiter en Vierge concentrera par exemple cette expérience à un niveau professionnel, parce que son travail est susceptible de lui fournir une sorte de rituel, une purification et une améliora­tion rythmique de soi qui lui permettent de prendre conscience d'un schème plus vaste. Jupiter cherchant à élargir l'expérience afin que son sens brille par sa forme, un individu ayant Jupiter en Vierge cherchera des moyens plus efficaces de se développer à travers son travail, afin d’anoblir cette activité et de lui don­ner un sens plus vaste que celui de la satisfaction des besoins matériels. Cette planète symbolise le principe générateur du mythe, dans le sens le plus positif du terme « mythe ».

Jupiter est donc relié à l'aspiration de la psyché à créer des symboles, et ceci nous entraîne vers des pro­fondeurs vertigineuses si nous songeons à la force créative qui a façonné les grands mythes, les légen­des et les religions du monde. C'est un pouvoir non moins créateur qui engendre le symbolisme onirique, de sorte que chaque rêve est un chef-d'œuvre de signi­fication et ne peut être modifié de quelque manière que ce soit en vue d’amélioration. À ce titre, Jupiter est vraiment un dieu de la porte, car il établit un lien entre le conscient et l'inconscient à travers la création et la compréhension intuitive des symboles. Ainsi que nous l'avons vu, les symboles constituent le langage principal de la vie ; et Jupiter symbolise la fonction qui les crée dans l'homme et qui révèle leur sens.

Les planètes extérieures

Dès que nous franchissons les limites de Saturne, nous pénétrons dans le royaume de l'inconscient col­lectif - le réceptacle des images archétypes - et des aspirations qui ne concernent pas les tendances de la personnalité, mais qui leur sont souvent opposées. On serait presque en droit de considérer que les planètes intérieures, personnelles et les planètes extérieures, transpersonnelles constituent une autre paire d'oppo­sés, symbolisant respectivement la vie de l'ego et la vie de la matrice plus vaste de laquelle l'ego et son séparatisme fictif jaillissent.

Les aspirations que symbolisent les trois planètes extérieures connues sont rarement accessibles à la conscience de l'individu ; car elles marquent toutes la transition d'une phase de conscience à une autre, et la conscience est incapable de concevoir de telles transitions. Elle n'appréhende que la phase dans laquelle elle fonctionne à un moment donné. Saturne est le Seigneur tout-puissant des Limites et le Maître de l'illusion. Il joue le rôle de Lucifer et nous mur­mure à l'oreille que notre monde personnel constitue la réalité et que s'aventurer au-delà relève dans le meilleur des cas de la stupidité et dans le pire de la folie. Nous lui prêtons souvent l'oreille et nous nous identifions à ce que nous nommons la réalité « objec­tive », ne voyant pas qu'elle est tout à fait subjective et que nous ne faisons que créer des interprétations personnelles de la vie. Et à l'instar de Lucifer, qui - comme Goethe le souligne - est secrètement le bras droit de Dieu, Saturne nous presse de nous identifier de plus en plus à nos interprétations, afin qu'en défi­nitive nous nous isolions si complètement que nous soyons vraiment en enfer - un enfer dissocié des courants les plus profonds sous-jacents à la vie. À ce titre, Saturne est le grand professeur, déguisé sous les traits de celui qui apporte la douleur et la limitation, car ce n'est que dans les ténèbres et la dégradation - que les alchimistes nomment nigredo ou Caput Mortuum, la Tête de Mort, la première phase de l'œuvre alchimique - que nous prenons conscience de l'Autre qui est en nous, le véritable pouvoir créateur du Soi. Cette dialectique évoque de plus en plus la vision mys­tique, encore qu'il s'agisse d'un processus psychologi­que empiriquement observable dans la vie de tout indi­vidu - bien que les moyens d'actualisation dont nous usons soient très différents.

Uranus et Neptune forment une autre dyade des principes masculin et féminin, Uranus étant le pôle masculin et Neptune le féminin. La personnification de ces planètes, ou « dieux », dans la mythologie est riche d'enseignement. Uranus est l'ancien dieu du ciel, époux de sa mère Gaia, la terre, et petit-fils de Chaos, la nuit primordiale de laquelle émerge la réalité mani­feste - ou conscience. Uranus est un symbole du monde des idées archétypes, les schèmes sous-tendant ce qu'une certaine pensée théologique nomme l'Esprit de Dieu et ce qui dans la doctrine platonicienne est la pierre angulaire des Idées divines qui soutiennent la structure de l'univers. Il n’est pas surprenant que nous éprouvions quelque difficulté à définir la signification de cette planète dans le cadre de la psyché individuelle.

Dans le thème individuel, Uranus, le premier dieu du ciel et l'esprit, semble représenter le besoin de la psyché de s’affranchir de l'identification à la réalité matérielle et d'expérimenter le monde de l'esprit arché­type. L'astrologie traditionnelle considère donc qu'Uranus symbolise le besoin de changement, de liberté, d'invention, et de développement de l'esprit au-delà du royaume de la pensée concrète soumise aux faits et à la connaissance empirique. D'aucuns ont prétendu qu’Uranus était Celui qui éveille, parce que l'aspira­tion qu'il symbolise, comme tous les éléments incons­cients, est projetée. Il semble que l'individu l'appré­hende comme un événement soudain émanant de l'« ex­térieur » qui balaie souvent sans ménagement l'édifice de ce qu'il avait précédemment identifié comme étant sa réalité. Il lui permet en môme temps d'entrevoir l'idée collective sous-jacente sur laquelle a été élabo­rée sa petite expérience personnelle. L'individu n'est en général pas conscient du fait qu'il attire lui-même ce type d'expérience ; il incrimine donc la main du « des­tin ». Mais il importe qu'il reconnaisse que sa psyché est son destin, s'il souhaite comprendre la significa­tion de ce qu'il vit et utiliser l'expérience comme elle doit l'être - comme un éveil à une conscience plus vaste.

Uranus, un symbole de liberté et d’invention, a été découvert en 1781 - ce fait relève moins d'une « coïn­cidence » que d'une synchronicité. Cette année s'ins­crit entre deux grandes révolutions politiques - tou­tes deux impliquant des idées de liberté, d’égalité et d'affranchissement du carcan des privilèges héréditai­res - et marque l'aube de ce que nous nommons l'ère industrielle qui visait à libérer l'homme de sa dépendance de la matière en exploitant la faculté que possède l'esprit de découvrir, de maîtriser, et d'appli­quer sur un plan technologique les lois de l'univers physique. D'aucuns penseront qu'il est inconcevable que la découverte d'une planète soit liée à l’Ère de la Technologie et aux Révolutions française et américaine, mais nous devons nous souvenir que la découverte de la planète n'a pas « provoqué » ces événements. Elle ne fit que refléter leur réalité. Les modifications de conscience qui engendrèrent tant les révolutions que l'aspiration à la découverte et à l'application scientifi­ques sont également à l'origine des moyens techni­ques qui permirent à l'homme de voir la planète.
La signification symbolique de celle-ci est liée, en retour, à cet esprit d'aventure, d'exploration et de libération qui rendit possible tous ces événements phy­siques. La planète et l’état du monde au moment de sa découverte se réfléchissaient l'un l'autre : ce sont des événements synchrones.

S’affranchir de l’identification à une expérience par­ticulière, ou à un aspect d'une expérience, peut s’ap­pliquer à tout. Uranus participe au besoin qu’éprouve l’individu de modifier sa compréhension de soi, son travail, ses convictions, ou ses relations. Les relations sont des expériences que chacun interprète à sa ma­nière - et il existe à l'intérieur de la psyché de cha­que être un besoin de modifier constamment ses inter­prétations, afin de devenir plus inclusif et plus cons­cient.

Dans les mythologies grecque et romaine, Uranus - ou Ouranos - est le père de Saturne (Cronos), et Saturne, un dieu de la terre, émascula son père et usurpa son trône à l’instigation de sa mère terrestre. On dit que ces événements advinrent parce qu'Uranus avait sa progéniture en horreur ; c'était un dieu des régions supérieures, qui n'appréciait pas les tristes créatures terrestres qu’il avait engendrées. Il est pos­sible de tirer maintes déductions de ce fragment du mythe. L’acte de violence de Saturne dirigé contre son père mit un terme à la loi du ciel et instaura la règle des Titans terrestres. Et il se peut que la civilisation humaine ait perpétué le même schème tout au long de son histoire millénaire.

Mais si nous poursuivons notre lecture, nous décou­vrons que des gouttes de sang qui s'écoulèrent sur la terre de la terrible blessure naquirent les Érinyes, les Furies ou déesses de la justice et de la rétribution (karma) ; et que des parties génitales jetées dans la mer naquit Vénus-Aphrodite, la déesse de l’amour et de la beauté, et symbole du besoin de relation en astrologie. Il semblerait que la communication personnelle nous permette de découvrir un moyen de faire revivre - ou de rendre à nouveau conscient - le monde du ciel. Nul ne peut comprendre le langage mythologi­que en se fondant sur l'intellect seul ; il convient de l'entendre avec l'intuition, avec le cœur, et ce n’est qu'alors qu'il livrera ses secrets. Considérons à la lumière du mythe cette trinité de planètes - Uranus, Saturne et Vénus - dans le thème natal, et nous verrons apparaître les éléments d'un processus, d'un cycle, présent dans la psyché de chaque individu. Nous pouvons également considérer le célèbre conte de la Belle et la Bête, dans lequel la Bête enlève Beauté à son père et la retient prisonnière jusqu'à ce qu'elle ait appris à l'aimer pour lui-même ; ce conte traite en effet du même processus. Un trait qui nous est propre en désavoue un autre, lequel étant brimé crie vengean­ce. Il s'agit d'une confrontation douloureuse, souvent violente, avec nous-mêmes, nos origines et nos droits, ce que nous sommes et ce que nous engendrons ou créons. Mais ce choc discordant nous offre la possibi­lité d'une harmonie et d'une intégration nouvelles.

Contrairement au dieu des régions célestes, Neptune est une divinité de l'eau, et bien que la mythologie le présente comme un homme, l'énergie qu'il personnifie est féminine. Dieu des océans et des profondeurs - et comme Poséïdon-Hippios, maître des tremblements de terre et des cours d'eau souterrains - Neptune est un symbole de l'infinité des sentiments collectifs qui montent en nous pour nous immerger dans la masse et nous faire renoncer à notre individualité précaire, durement gagnée afin que la dissolution nous offre l'opportunité de nous purifier. Toute foule moti­vée par le même intérêt émotionnel nous donne un aperçu de l'action de cette énergie : il n'existe plus d'individus dans une foule, seulement un organisme grouillant, mû par une émotion dominante qui doit s’exprimer - souvent de manière violente - avant que l'individualité puisse prévaloir. Il semble que l'as­piration à ce type de désintégration de la conscience individuelle existe en chacun de nous, et il s'agit d'un trait pernicieux - il suffit d'assister à un match de football pour voir une de ses manifestations relative­ment inoffensives ou de songer à l'Allemagne nazie pour en trouver une manifestation beaucoup plus sinistre.

Neptune est également lié à Dionysos, le dieu de l'ex­tase, et l'extase sacrée de l'immersion dans les pro­fondeurs faisait naguère partie des plus anciennes religions à mystères. De l'une ou l'autre manière, l'in­dividu qui recevait cette « bénédiction des dieux » était purifié, renaissait, et était lavé de son passé ; il pouvait offrir au dieu tout ce qu'il avait accumulé de lui-même et échouait nu sur le rivage, prêt à entre­prendre une nouvelle étape de son voyage. L'un des visages de Neptune est incontestablement destructeur pour ce que nous nommons la civilisation, mais l'au­tre est profondément nécessaire à la psyché, car l'expé­rience de purification par immersion dans l’océan de l'inconscient est vraiment une expérience religieuse, dans le sens le plus profond du terme. À une très petite échelle, nous pratiquons ce rituel chaque nuit quand nous passons de la conscience à l'inconscience au moment du sommeil.

On voit également une manifestation de Neptune dans tous les symboles de la vie affective collective que nous appelons mode. Qu'il s'agisse d'une mode musi­cale, vestimentaire, idéologique ou artistique, le besoin irrépressible de faire comme tout un chacun est pré­sent en nous - nombreux sont ceux qui combattent cette tendance, parfois avec raison, parce qu'elle dimi­nue la suprématie de l'ego individuel. Dans ces modes éphémères qui balaient les cultures - et les croyances religieuses s’apparentent souvent à la mode - nous voyons des symboles des courants de la vie affective cachée, en mouvement perpétuel à l'instar des marées océaniques. À maints égards, être emporté par ces courants pendant un moment constitue une expérience salutaire, parce qu'en cette occasion, l'individu décou­vre le respect dû au pouvoir de l'inconscient et déve­loppe une perspective plus équilibrée du rôle de l'ego.

Dans le thème natal individuel, Neptune indique le besoin de sacrifier le « Je », ainsi que les sentiments personnels à la vie affective collective. Il existe des idées archétypes, et il existe des sentiments archéty­pes - et Neptune personnifie ces derniers, que nous expérimentons tous à l'un ou l'autre moment. Le rêve, l'enchantement, le romanesque, l'extase, la vision mys­tique - sont autant de traits neptuniens. Subir l'in­fluence exclusive de l'un d'entre eux est en définitive destructeur. Pourtant ces aspects de la réalité sont nécessaires à la psyché et doivent s'exprimer dans la vie personnelle.

Neptune, à l'instar d'Uranus, est en règle générale inconscient chez la majorité des êtres. Comment l'ego pourrait-il être conscient de ce qui cherche à ruiner sa suprématie, ses fondements mêmes en fait ? Ceci reviendrait à admettre que d'autres forces existent à l'intérieur de la psyché outre la volonté personnelle, ce à quoi l'ego ne consentira pas volontiers. Neptune, comme Uranus, est donc en général projeté et vécu comme un événement que l'individu a inconsciemment attiré dans sa vie et qui se présente à nouveau sous l'apparence du « destin ». Les « événements » neptu­niens sont en général ceux qui emprisonnent l'individu dans une situation comportant des implications aux­quelles il est aveugle d'une manière ou d une autre. En conséquence, il se trouve en général empêché d'agir à un certain moment et n’a d'autre choix que de sacri­fier des désirs qui lui étaient chers. Il est soumis à des sentiments collectifs qui le transforment, le purifient, et le maintiennent en esclavage pendant un certain temps, puis le libèrent en douceur, le laissant tout à la fois semblable à lui-même et différent, car il a été tou­ché par le pouvoir du dieu et ne pourra plus jamais se dire, en toute honnêteté, qu'il exerce un contrôle total sur ses sentiments.

L'ambiguïté, si caractéristique de la qualité du sym­bole, présida à la découverte de Neptune en 1846 : il y eut deux découvreurs dont il fut quasiment impossi­ble de distinguer les mérites. La même époque fut mar­quée par un regain d'intérêt pour le spiritualisme et les phénomènes psychiques, hypnose, suggestion et association libre et par les véritables prémices d'une exploration qui fut au fil du temps précisée, vérifiée et raffinée, jusqu'à ce qu'elle devienne la psychanalyse, l'étude de la psyché inconsciente de l'homme. On enre­gistra en outre les révolutions traumatisantes qui défer­lèrent sur l'Europe telle une vague, et minèrent irré­médiablement l'ordre établi, alors qu'elles étaient moins cohérentes, plus chaotiques que celles du siècle précédent. Avec la découverte de Neptune, la révolu­tion - pour la révolution - devint une « mode ».

Il est frappant que nous ayons donné à la planète la plus extérieure de notre système solaire, connue à ce jour, le nom de l’ancien Maître du Monde souterrain, et il est tout aussi frappant que les astronomes ne sachent pas avec certitude si Pluton est vraiment une planète, ou une lune perdue de quelque autre corps céleste. L'ambiguïté semble être le propre de Pluton, en effet sa densité est disproportionnée par rapport à sa taille, ce qui donne à penser qu'il est en fait beau­coup plus grand que nous le pensons à l'heure actuelle en nous fondant sur nos observations télescopiques. Pluton conserve ce caractère dans la mythologie, rési­dant dans le monde souterrain, régnant sur les morts et sur les richesses terrestres, ne s'aventurant jamais à la surface de la terre, excepté quand il porte son casque magique qui le rend invisible aux yeux de l'homme.

Dans les mythes de chaque nation, ainsi que dans de nombreux contes, on rencontre un Seigneur des Morts, et ce symbole est, semble-t-il, lié à l'expérience archétype des débuts et des fins, de la mort et de la renaissance. Joseph Campbell, dans son livre Creative Mythology, écrit :

... Ce domaine de l'existence, qui est à la fois le dispensateur et le ravisseur des formes qui appa­raissent et disparaissent dans l'espace et le temps, bien que sombre en vérité, ne peut être assimilé au mal, excepté si l'on adopte la même attitude vis-à-vis du monde. La leçon qu'enseigne Pluton-Hadès… ne prétend pas que notre partie mortelle soit ignoble, mais qu'elle renferme - ou côtoie - cet Être immortel que les chrétiens divisent en Dieu et Diable et dont ils pensent qu'il existe « quelque part ».

Le « dispensateur et le ravisseur des formes qui apparaissent et disparaissent dans l’espace et le temps » est l'archétype de la mort et de la renaissance cycli­ques et éternelles que personnifie la planète Pluton, et le processus du voyage et du retour éternel existe dans chaque aspect de la vie. La vie inhérente à toutes les formes est toujours la vie, mais du fait de sa mutation incessante, elle engendre inévitablement tou­tes formes, lesquelles doivent disparaître afin que la vie puisse se manifester par une nouvelle naissance et par une nouvelle forme. La nature nous renseigne sur ce processus archétype de multiples façons, et si un individu se penche sur sa propre vie, il constate que chaque expérience, chaque attitude, chaque relation, chaque sentiment, chaque idée - tout en fait - a un commencement, un milieu, une fin, et un nouveau com­mencement sous l'une ou l'autre forme. Nous crai­gnons instinctivement ce cycle, parce qu'à l’instar de Faust, nous voulons que certains moments durent à jamais. Le changement est acceptable s’il est agréable mais nous le récusons quand se profile une phase iné­vitable du cycle de changement qui nécessite un pas­sage dans les ténèbres : nous ne faisons pas confiance au Seigneur des Morts. À maints égards, l'ère chré­tienne nous a dérobé la compréhension que nous en avions, parce que le Christianisme, redoutant la pers­pective d’un renouveau perpétuel, a mobilisé notre attention sur une après-vie prédéterminée, impliquant soit la punition soit la récompense - il a substitué un état de stase définitivement stagnante au proces­sus vital et dynamique. L'ego, d'une manière caracté­ristique, souhaite croire que la vie est cohérente. Heu­reusement ou malheureusement, toutefois, la seule cho­se qui soit cohérente en la matière est le changement. En conséquence, Pluton symbolise un besoin au sein de la psyché qui en règle générale est inconscient, et à l'instar d'Uranus et de Neptune, la planète semble opérer par des expériences qui « arrivent » à l'indi­vidu et qui d’une manière ou d’une autre le forcent à subir une mort intérieure. La renaissance succède tou­jours à la mort, et la forme nouvelle est toujours supé­rieure à la précédente ; mais face à l'épreuve, la majo­rité des individus n’y croient pas, et pensent qu’ils ont irrémédiablement perdu quelque chose. En géné­ral c’est quelque chose (ou quelqu'un) avec quoi (ou qui) on entretient un lien affectif intense, et à travers lequel, d’une certaine manière, l'individu vit une partie de sa vie - une partie qui doit disparaître afin qu'il puisse vivre par lui-même. À certains égards, le lien est perdu, la relation change, et il y a expérience de la mort. Celui qui cherche parmi ces cendres y décou­vrira une perspective et une naissance nouvelles.

Pluton joue un rôle des plus significatifs dans la sphère des relations, car c'est dans ce domaine que de nombreuses personnes connaissent des morts et des renaissances. Pluton est également lié à la sexualité dans le sens où l'acte sexuel signifie - ou symbolise de manière potentielle - la mort du sentiment de sépa­ration individuelle à travers l'expérience de l'« autre » et de la nouvelle force de vie créative qui s'instaure entre les deux partenaires. La création d'une vie nou­velle implique toujours une mort de quelque nature qu’elle soit, un changement de l'attitude psychologi­que de l’individu ; le fait de procréer produira inévita­blement ce type de changement dans la psyché, car l'individu passe du rôle d’enfant à celui de parent qui a donné naissance à l’enfant, et une nouvelle phase de vie débute. La mort aussi, dans sa forme la plus littérale, est le domaine de Pluton, car, marquant la fin d'un cycle, elle en ouvre un nouveau. L’Occident dans son ensemble est réticent à l'égard du principe de la réincarnation, pourtant de nombreux grands esprits - et la pensée orientale dans son ensemble - ont constaté depuis des siècles qu’il était acceptable, soit en tant qu’expérience littérale, soit en tant que symbole de la vie éternelle de l'être, l’Existence, bril­lant éternellement au travers des cycles individuels de vie et de mort.

Pluton est un symbole de l'aspiration à la transfor­mation de soi. En d'autres termes, il existe à l’inté­rieur de la psyché un besoin de croissance, qui exige le changement constant des formes par lesquelles passe la croissance. L’individu doit grandir, qu'il le désire ou non, et le cycle de croissance requiert une période de mort, de désagrégation, de germination nouvelle, de gestation et de renaissance. La nature observe ce principe. Que l’homme le rejette et tente de le nier est caractéristique de cette perte de contact avec les racines de la vie, si typique de l'époque à laquelle nous vivons.

Comme le Parzival de Wolfram von Eschenbach, l'alchimie décrit le processus que l'astrologie nomme Pluton en recourant à une très belle allégorie. Il est un roi, dit le symbolisme alchimique, vieux, stérile, et qui ne peut plus gouverner efficacement parce qu'il a perdu sa puissance créative. Ses terres sont épuisées, et ses sujets meurent de faim et de soif. Il doit en premier lieu contracter un mariage sacré - avec sa mère, ou sa sœur, ou sa fille, le thème de l'inceste donne à penser qu'il s'agit du mariage de deux éner­gies ou principes issus de la même source. Il doit ensuite descendre dans les profondeurs de la mer, ou dans les entrailles de la terre, pour consommer l'union. Au moment de l'extase de la consommation, il meurt, et est mis en pièces et dévoré par la femme noire à laquelle il s'est uni. La reine est alors fécondée, et à la fin de la période de gestation, elle donne naissance à une vie nouvelle, au roi, mais au roi qui, par cette seconde naissance, a retrouvé jeunesse et virilité ; une vie nouvelle l'anime ainsi que tout ce qu'il gouverne.

« Seul celui qui peut se détruire est vraiment vivant. »

Les planètes, ainsi que nous l'avons vu, sont les symboles des pouvoirs de l'inconscient ; elles corres­pondent aux expériences archétypes ou énergies, qui existent dans toute vie et également dans l'homme, lequel fait partie intégrante de la vie. Ayant appris le vocabulaire des planètes, et leur signification dans le thème natal individuel, nous pouvons étudier ce der­nier et nous faire une idée de la manière dont cha­cune de ces énergies s'exprimera sur un plan indivi­duel. Le signe dans lequel se trouve une planète joue le rôle de l'adjectif par rapport au nom, du vêtement par rapport au corps, il représente le mode ou la qua­lité d'expression de la planète.

Nous pouvons maintenant aborder les signes du zodiaque eux-mêmes et leur division en fonction de la polarité masculine et féminine, laquelle se trouve amplifiée dans le système quaternaire des éléments. Cette structure fondamentale est, ainsi que nous le constaterons, également archétype, et nous devons reprendre notre exploration de la psyché avec le regard du psychologue pour améliorer notre compréhension des royaumes de l'air, de l'eau, de la terre et du feu.

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Source : Liz Green - Le guide astrologique des relations humaines.







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Pascal Patry
Praticien en psychothérapie
Astropsychologue
Psychanalyste

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