La conscience de soi

Bonjour
Title
Aller au contenu

La conscience de soi

Pascal Patry astrologue et thérapeute à Strasbourg 67000
Publié par Pascal Patry dans Philosophie · Jeudi 20 Avr 2023
Tags: Laconsciencedesoi
La conscience de soi

1. La conscience est notre être même
2. Ambiguïté de la conscience.
3. La conscience est un dialogue.
4. La conscience créatrice du moi.
5. Le moi se choisit.
6. L’intimité la plus secrète.
7. La conscience désintéressée.
8. Se découvrir, c’est se dépasser.

--

1. La conscience est notre être même.

La conscience est une petite flamme invisible et qui tremble. Nous pensons souvent que son rôle est de nous éclairer, mais que notre être est ailleurs. Et pourtant, c’est cette clarté qui est nous-même. Quand elle décroît, c’est notre existence qui fléchit ; quand elle s’éteint, c’est notre existence qui cesse.

Pourquoi dire qu’elle nous donne de ce qui est l’image la plus imparfaite ?

Cette image est pour nous le véritable univers : nous n’en connaîtrons jamais d’autres. Pourquoi dire qu’elle nous enferme dans une solitude où nous ne trouverons jamais de compagnon ?

C’est elle qui donne un sens aux mots société, amitié ou amour. C’est en elle que se forme le désir, mais aussi le sentiment de la possession, qui est la possession elle-même.

Lorsque la conscience cherche un objet en dehors d’elle et souffre de ne pouvoir l’atteindre, c’est qu’elle souffre de ses limites et qu’elle cherche seulement à grandir. Car il ne peut y avoir d’objet pour elle que celui qu’elle est capable de contenir.

On peut bien dire qu’elle est enfermée en elle-même comme dans une prison : c’est une prison dont les murs reculent indéfiniment.

Mais qui pourrait penser que la conscience est une prison, sinon celui qui clôt toutes ses ouvertures ?

Lorsque la conscience naît, l’être commence à se libérer des chaînes de la matière ; il pressent son indépendance : une carrière infinie s’étend devant lui qui surpasse toujours ses forces et jamais son espoir.

À mesure que la conscience croît, elle devient plus accueillante ; le monde entier lui est révélé ; elle communique avec lui et une joie la remplit de trouver autour d’elle tant de mains qui se tendent.

Il n’y a point d’état de la conscience, même la souffrance, même le péché, qui ne vaille mieux que l’insensibilité ou l’indifférence. Car ce sont encore des marques de l’être et de la vie qui témoignent de la puissance avec laquelle elle se laisse ébranler.

Il ne faut pas chercher à les abolir, mais à les convertir. On rejette dans le néant tout ce que l’on retire à la conscience. La conscience la plus grande, la plus riche et la plus belle est celle qui unifie le plus grand nombre d’élans et purifie le plus grand nombre de souillures.

2. Ambiguïté de la conscience.

Le propre de la conscience, c’est de rompre l’unité du monde et d’opposer un être qui dit Moi, au Tout dont il fait partie : dans cet intervalle qui les sépare, elle produit l’incessante communication qui les unit, elle insinue à la fois la pensée, l’action et la vie.

Mais la conscience, qui produit tous ces mouvements, est condamnée à les laisser inachevés ; aussi y a-t-il toujours en elle une maladresse, un malaise, une inquiétude et même une souffrance. Telle est la punition de la faute originelle, c’est-à-dire de la séparation.

Mais la conscience est aussi le principe de toute rédemption, puisqu’elle permet une imitation de Dieu et un retour à lui. Seulement les progrès qu’elle accomplit, les joies qu’elle éprouve ne pourraient se consommer que par sa disparition.

Partout où la conscience paraît, on observe une ambiguïté qui l’empêche de se fixer.

C’est la conscience qui nous attache à nous-mêmes, à notre chair secrète et séparée ; et pourtant c’est elle qui rompt notre solitude et nous fait communiquer avec tout l’univers.

L’homme est une partie du monde par son corps ; mais il essaie de faire tenir le monde tout entier dans son esprit : et c’est cette double relation entre ce corps qui est contenu dans le monde et cet esprit dans lequel le monde même est contenu qui forme le drame de l’existence.

La conscience ne consent à s’identifier ni avec le corps, qui est pour elle un compagnon aveugle et indocile, ni avec l’esprit, à l’égard duquel elle est tantôt consentante et tantôt rebelle. Le moi consiste précisément dans ce mouvement de va-et-vient qui rend tour à tour ma société plus étroite avec l’un ou avec l’autre.

La conscience nous sollicite à agir pour sortir de l’immobilité, mais aussi à n’agir qu’en vue d’une fin parfaite capable de nous combler. La liberté s’exerce dans l’intervalle de ces deux aspirations, l’une nous poussant, l’autre nous retenant, et elle oscille entre toutes les apparences qui la séduisent.

Ainsi il y a dans la conscience à la fois de la perfection, puisqu’elle accroît ce que nous sommes, qu’elle nous permet de rayonner sur le monde au-delà des limites du corps et qu’elle nous donne une sorte de possession spirituelle de l’univers ; et de l’imperfection, puisqu’en même temps elle est faite d’ignorance, d’erreur et de désir. La conscience est une transition entre la vie du corps et la vie de l’esprit.

Elle est un péril, puisqu’elle peut être mise au service du corps, que pourtant elle ne cesse de dépasser. Elle est une perpétuelle interrogation, une hésitation qui ne cesse de nous donner de l’insécurité dans notre vie quotidienne ; et pourtant elle est une lumière qui nous guide vers la sécurité d’une vie surnaturelle.

3. La conscience est un dialogue.

Quand on est seul, on dit qu’on est seul avec soi, ce qui implique qu’on n’est pas seul, mais qu’on est deux. L’acte par lequel nous nous dédoublons pour avoir conscience de nous-mêmes crée en nous un interlocuteur invisible auquel nous demandons notre propre secret.

Pourtant, de ces deux êtres qui naissent en nous dès que la conscience paraît dont l’un parle et dont l’autre écoute, dont l’un regarde et dont l’autre est regardé, nous ne savons jamais quel est celui qui est nous-mêmes : ainsi, toute conscience est astreinte à se jouer une sorte de comédie dans laquelle le moi ne cesse de se chercher et de se fuir.

On le voit bien dans la mémoire, qui est le meilleur instrument de la connaissance de soi, le plus subtil et le plus cruel. On n’a jamais conscience de ce qu’on accomplit, mais seulement de ce qu’on vient d’accomplir.

La mémoire suppose un recul, un dépouillement de tout intérêt, qui nous permet de percevoir notre propre réalité dans une sorte de transparence purifiée : mais cette réalité nous est déjà étrangère, et la reconnaître, c’est aussi la renier.

La conscience que nous avons de l’univers est elle-même un dialogue entre l’univers et nous où l’univers nous parle autant que nous lui parlons.

En observant son propre corps, les autres hommes et la nature entière, le moi s’observe dans des témoins hors desquels il ne sait rien de lui-même.

Jamais il ne parvient à saisir directement sa véritable nature ; mais l’être le plus humble, l’objet le plus petit, l’événement le plus frivole sont comme autant de signes qui lui en donnent la révélation. Et l’espace tout entier est un miroir infini dans lequel il discerne le jeu de ses différentes puissances, leur efficacité et leurs limites.

Celui qui veut se connaître de plus près se regarde dans un autre moi qui est toujours pour lui un miroir plus émouvant. La découverte d’une autre conscience est semblable pour nous à celle de ces lieux privilégiés où nous percevons les échos de notre propre voix avec assez de retard pour qu’ils nous paraissent distincts, ou de ces puits profonds où ils se répercutent avec une gravité sonore qui nous donne une sorte de saisissement.

4. La conscience créatrice du moi.

Penser, c’est avoir conscience de soi, c’est se posséder soi-même.

Mais il n’y a pas de différence entre l’acte par lequel je me connais et l’acte par lequel je me crée. De même que la fécondité de l’acte providentiel ne cesse de produire dans le monde des êtres nouveaux, je ne cesse aussi de produire en moi de nouveaux états par l’acte de mon attention : ainsi, grâce à l’opération de la conscience, je me crée moi-même comme Dieu crée le monde.

Qu’est-ce en effet que le moi, sinon ce que chacun connaît de lui-même ? Je ne puis rien m’attribuer de ce que j’ignore : cela appartient à un être auquel je suis uni, mais dont je ne puis identifier les mouvements avec moi tant qu’ils ne sont pas devenus pour moi un objet de connaissance et d’assentiment.

Ainsi, il n’y a d’âme que pour celui qui connaît son âme et qui, en la connaissant, la fait être. Et demander de se connaître, ce n’est pas supposer que l’on est avant de se connaître, comme les choses sont avant que le regard s’y applique : le propre de la connaissance de nous-mêmes, c’est précisément de nous faire.

C’est que se connaître, ce n’est point découvrir et décrire un objet qui est soi, c’est éveiller en soi une vie cachée. La conscience me révèle des puissances qu’elle met en œuvre. Elle est pour le moi à la fois une analyse et une éclosion.

Ma nature, dit-on, est multiple et faite de puissances qui m’appartiennent avant que je les connaisse. Mais les connaître, c’est les exercer ; et, avant que je les exerce, puis-je les dire miennes ?

En vérité, je ne puis appeler moi ce trésor obscur dans lequel je ne cesse de puiser, qui me propose toujours de nouveaux dons et qui se retire de moi dès que mon attention fléchit ou que ma volonté se refuse.

5. Le moi se choisit.

Que parlez-vous du moi comme s’il était une chose ? Il n’y a rien en lui que le pouvoir de devenir à chaque instant quelque chose, c’est-à-dire autre chose.

Car il faut que l’esprit ne soit rien pour qu’il puisse tout accueillir, qu’il soit invisible pour qu’il soit transparent à tous les rayons, qu’il soit plus petit que le grain de sénevé pour qu’il ne puisse rien obtenir que par sa propre germination, qu’il soit dépouillé de tout corps et de toute possession particulière pour que tout ce qu’il pourra devenir soit l’effet de sa pure opération ou de son consentement pur.

Le moi ne peut pas se connaître autrement qu’en s’exprimant. Mais en s’exprimant, il se réalise ; il prend possession de certaines dispositions, qui jusque-là étaient en lui sans être lui, mais qui ne deviennent siennes que par le choix et l’usage qu’il en fait.

C’est ce moi exprimé par l’action et par la parole qui témoigne de notre existence aux yeux d’autrui ; c’est lui qui est l’objet de la mémoire et qui forme peu à peu notre être le plus secret.

Ainsi le moi n’est pas un être donné, mais un être qui ne cesse de se donner à lui-même : et le sentiment qu’il a de soi est moins la révélation de ce qu’il est qu’un appel à l’acte par lequel il va être.

Le moi a toujours quelque modèle auquel il cherche à ressembler : mais c’est déjà commencer à se réaliser que de choisir un modèle. Le moi est un débat entre plusieurs personnages : mais il y en a toujours un dont il se rend solidaire.

On trouve dans le moi une multiplicité d’éléments qui forment la matière de son activité, le corps, les désirs, les rêves de l’imagination et même la raison : mais chacun d’eux peut devenir l’objet exclusif de ses soins au point de se confondre à la fin avec lui-même.

Or, puisque le moi devient ce qu’il a choisi, il importe qu’il règle son choix : car il y a en lui la semence de tous les vices, et, pour les faire croître, il lui suffit d’un peu de complaisance.

Pourtant, choisir le meilleur, ce n’est pas mutiler sa nature, ni détourner le regard de ses mouvements les plus bas, ni chercher à les étouffer : c’est utiliser la force qui s’y cache, c’est lui donner un autre cours et la transfigurer.

Alors le moi cesse d’être divisé. Mais il n’est un que s’il s’unifie. Le propre de la vie spirituelle, c’est de produire l’intimité la plus parfaite entre les êtres multiples qui habitent notre conscience.

Chacun d’eux, il est vrai, montre tantôt une pudeur par laquelle il se dérobe, tantôt un amour-propre par lequel il cherche à triompher.

Mais, comme dans la société extérieure et visible où tous les individus doivent accepter de se tendre la main, de se comprendre et de se soutenir, il faut que chacune de nos puissances intérieures consente à parler et à écouter tour à tour, à tenir son rôle en l’accordant avec celui de toutes les autres.

La paix avec soi est souvent plus difficile à obtenir que la paix avec autrui : mais la conscience est un peuple tumultueux dont le moi est l’arbitre et le conciliateur.

6. L’intimité la plus secrète.

La conscience est un monde intime et clos que nous découvrons dans une sorte de tremblement. Et l’attention que nous portons à sa vie cachée nous montre en elle un jeu infini de nuances différentes, devient le principe de toutes les délicatesses de notre sensibilité et multiplie en nous les froissements et les blessures.

À mesure que croît notre être invisible, notre amour-propre croît aussi.

Il y a une forme de vie intérieure qui consiste à ne laisser aucun de ces frissons sans le retenir pour le prolonger et pour s’y complaire. Mais ce retour du moi sur lui-même produit en lui une sorte de resserrement ; il ne lui donne qu’une possession illusoire qui l’exténue et l’empêche de se renouveler et de s’accroître.

Il faut descendre plus avant dans l’intimité pour découvrir en soi un autre monde dans lequel l’amour-propre, au lieu de s’affiner, se dissout ; mais chacun de nous ressent une émotion incomparable en faisant l’épreuve de sa richesse, de sa profondeur et de son infinité : c’est un monde dans lequel nous sommes tous appelés à communier.

Devant lui le monde apparent recule et perd sa réalité : nos soucis misérables se fondent ; notre vie s’illumine et se transfigure. Dira-t-on que c’est là un pays lointain et ignoré dans lequel on ne peut pénétrer sans une grâce surnaturelle ? Il est vrai que celui qui en parle semble tenir un langage mystérieux, chimérique, dépouillé de tout intérêt humain.

Mais, en prêtant mieux l’oreille, on reconnaît peu à peu tous les mots. Car ce voyageur vient du paradis, d’un paradis spirituel que chacun porte en soi et qu’il suffit de désirer pour le découvrir et y vivre.

De toutes les formes de vérité qui se révèlent à nous, celle qui est véritablement nôtre et qui nous découvre tel que nous sommes est si unique et si personnelle que nous osons à peine la dire et que nous ne réussissons jamais à la communiquer tout à fait : l’intimité la plus profonde est aussi l’intimité la plus close.

Ce sont pourtant les mêmes hommes qui sont incapables de toute intimité véritable avec eux-mêmes et avec autrui.

Car, dans les deux cas, l’intimité ne peut se produire qu’au moment où l’amour-propre est aboli. Mais alors il se forme dans la conscience un sanctuaire intérieur où tous les êtres ont accès selon leur degré de sincérité et où ils reconnaissent l’identité de leur commun secret.

Car l’essence de la conscience, c’est d’être impénétrable et de tout pénétrer : et elle pénètre tout ce qui est sans sortir d’elle-même. Ainsi, c’est la conscience qui s’est retirée le plus loin au cœur d’elle-même qui est aussi la plus accueillante ; c’est elle qui donne le plus et qui reçoit le plus et même elle ne fait plus de distinction entre donner et recevoir.

7. La conscience désintéressée.

Dès que la conscience est éveillée, l’être qui sent et qui agit dirige son regard vers tous ces biens qui lui appartiennent, en redouble indéfiniment la présence par la pensée, se complaît et se roule dans leur possession et dans leur jouissance.

Mais la même conscience qui est capable de nous asservir est capable aussi de nous délivrer ; car elle nous donne le spectacle de nos propres états qui nous apparaissent alors comme ceux d’un autre.

Nous les apercevons ainsi dans une lumière plus pure : nous obtenons à leur égard une sorte de désintéressement ; nous nous détachons de ce que le regard nous montre pour ne plus faire qu’un avec le regard qui le voit ; et tout ce qui est en nous reçoit de ce regard qui l’enveloppe et qui le pénètre un invisible rayonnement.

La connaissance que j’ai de ma propre douleur n’est pas douloureuse, pas plus que la connaissance que j’ai de la couleur n’est elle-même colorée.

Cette impassibilité de la conscience, c’est la présence en moi du regard par lequel Dieu contemple toutes choses ; mais je suis si éloigné de Dieu que le regard qui devrait me détacher de mon mal lui donne souvent plus d’acuité.

L’impassibilité est la condition même de la connaissance. Seulement cette impassibilité ne doit pas être confondue avec l’indifférence ni avec la dureté. Sans doute elle nous rend insensibles à l’égard de tous les mouvements de l’amour-propre.

Mais c’est pour nous rendre semblables à une surface polie et nue, sur laquelle les nuances les plus fugitives du réel, ses aspects les plus fragiles révèlent leur présence par une touche infiniment délicate. Cette impassibilité, c’est l’état d’une sensibilité pure ; il ne se distingue plus d’une connaissance parfaite.

L’être qui se regarde comme un objet se rejette dans l’univers pour devenir le spectateur de lui-même ; mais alors il est déjà au-dessus de cet être qu’il regarde.

L’être que je connais en moi n’est plus moi dès que je le connais : il est déjà un autre. Ainsi la conscience est un acte par lequel je deviens toujours supérieur à moi-même.

On a dit que chaque conscience est l’image de ce qui est au-dessus d’elle et le modèle de ce qui est au-dessous d’elle ; c’est dire que sans sortir d’elle-même elle peut connaître tout ce qui est. Mais la conscience, en ouvrant devant nous l’infini, nous montre la misère de toutes nos acquisitions.

À quoi servirait la conscience, si elle enfermait le moi dans sa propre clôture ? Mais, en la lui découvrant, elle l’invite sans cesse à la franchir. Et c’est parce qu’elle est désintéressée qu’elle nous délivre de notre attachement à nous-mêmes et par conséquent de nos limites.

8. Se découvrir, c’est se dépasser.

On ne prend conscience de son être et de sa vie que dans une émotion si pleine d’angoisse, de joie et d’espérance qu’elle nous déchire et qu’elle nous fait presque défaillir.

Mais cette émotion, qui devrait être permanente, est difficile à surprendre ; quand elle se produit, elle s’efface vite afin de nous laisser libre de disposer de toute notre attention et de toute notre volonté pour des tâches particulières.

Dès que nous parvenons à concentrer sur elle notre regard, c’est-à-dire à percevoir avec lucidité la présence de l’univers et notre présence au milieu de lui, le jour qui luit pour nous luit de la même lumière miraculeuse que le premier jour de la création.

Tous ceux qui, dans cette première découverte, n’éprouvent que du plaisir, n’ont point encore pénétré jusqu’à la racine de l’être et de la vie. Mais plus le sentiment qu’ils éprouvent acquiert de profondeur, plus ce premier plaisir leur paraît frivole.

C’est qu’ils mesurent leur responsabilité devant cette destinée qui s’ouvre devant eux et qui dépend de leur initiative, devant cette puissance créatrice qui leur a été donnée et qu’ils tremblent d’exercer.

Bien différent de celui qui, emprisonné dans les dédales de son amour-propre, s’aveugle dans la complaisance douloureuse qu’il a pour lui-même, celui qui cherche à se connaître commence déjà à se fuir.

Il faut qu’il se sépare de lui-même pour se voir. Le propre de la vie intérieure, c’est précisément de nous permettre d’échapper sans cesse à ce que nous sommes et de rendre vivante une idée de nous-mêmes qui nous découvre sans cesse de nouvelles puissances, mais en nous obligeant à les mettre en œuvre.

Ainsi, en cherchant à nous connaître, nous cherchons toujours ce que nous devons être plus encore que ce que nous sommes : nous cherchons toujours ce qui nous manque et nous ne pouvons le trouver que dans un principe qui nous contraint sans cesse à nous renier pour nous surpasser.

La conscience nous révèle la présence de cet être individuel qui s’agite en chacun de nous, qui frémit, qui désire et qui souffre.

Mais en prendre conscience, c’est cesser de s’identifier avec lui. Le moi ne se réalise qu’en se tenant aussi éloigné que possible de lui-même, c’est-à-dire de ce qu’il est déjà et aussi près que possible de cette idée même du Tout dont il n’est qu’une partie, mais avec lequel il communique et où il puise un perpétuel enrichissement.

Le mystère du moi, c’est de n’être que désir, de ne s’accomplir qu’en sortant de soi et, pour ainsi dire, d’être où il n’est pas plus encore qu’où il est. Il n’a la certitude de se découvrir que quand il se délivre de soi ; et il n’y a point pour lui d’autre vie que de se quitter sans cesse et de se réfugier sans cesse dans un autre moi plus vaste qui est toujours au-delà de lui-même.

___
Source : Louis Lavelle







0
commentaires

Pascal Patry
Praticien en psychothérapie
Astropsychologue
Psychanalyste

5, impasse du mai
67000 Strasbourg

Mobile : 06 29 54 50 29

Retourner au contenu