La maturation des forces de l'âme 2

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La maturation des forces de l'âme 2

Pascal Patry astrologue et thérapeute à Strasbourg 67000
Publié par Pascal Patry dans Anthroposophie · 6 Octobre 2022
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La maturation des forces de l'âme

2. Le chemin de la pensée : du préjugé à la reconnais­sance

Trois chemins de l’âme en développement

La Vie est notre maître, la Nature notre école. Pensez par exemple à la façon dont, au cours de l’année, les forces de l’âme sont éveillées et disciplinées par les saisons : expérience dans le domaine du sensible au Printemps ; initiative consciente à l’Automne ; avec l’Été, observation et pensée ; alors que l’Hiver apporte des mises à l’épreuve pour notre être et sa destinée. Et ceci se répète rythmiquement chaque année !

Quelle maturation se produit pendant les périodes du milieu de la vie, entre 25 et 45 ans ! À nouveau, un cycle de « sensibilité printaniè­re » vers la vingtaine, « d’évocation estivale » des pensées vers 35 ans, suivis par les exigences de notre maître la Vie pour éveiller l’initiative intérieure à la « Fête du Travail » des 40 ans ! On pourrait bien ajouter que sans préparation, pendant ces jeunes années automnales, quand la seule nature corporelle cesse de pourvoir aux besoins, les années hiver­nales peuvent être vraiment lugubres.

Alors que dans le passé, l’éducation venait principalement des rythmes de l’Année et des formes sociales qui gouvernaient les étapes de la vie humaine, à notre époque un troisième facteur doit être ajou­té. L’homme a perdu sa sensibilité à « l’année naturelle », et ses formes sociales sont en chaos, dépourvues de leurs instincts moraux. Le mûris­sement des Forces de l’Âme est maintenant la tâche du Soi Individuel. Chaque homme est de nos jours son propre maître d’école. Et les Trois Chemins suivants constituent son projet d’étude : les chemins du cœur, de la tête et celui de la volonté qui suscite l’initiative.

Nous avons abordé, dans la première partie de ce chapitre, le thème du développement du Jugement ; des années que cela demande au savoir de la tête pour pénétrer l’homme entier. La sagesse reliée aux années de l’âme de sensibilité (la vingtaine) ne peut se manifester sous forme de chaleur et lumière que dans les dernières années ; avant cela, elle n’a qu’une bien petite dimension. Le chemin du Jugement, peser les valeurs et les mots, est à cette époque le premier chemin de l’âme, le chemin qui mène à l’éveil du cœur et de la sensibilité en l’homme. Les deuxième et troisième chemins, ceux de la Pensée et de la Volon­té, apparaîtront l’un et l’autre étranges au début. De même que l’on reconnaît rarement que le jugement sûr est lié à un sentiment mature, de même conçoit-on rarement que la reconnaissance et l’idéalisme ont quelque chose à voir avec la pensée et l’initiative. Mais nous verrons cela. Les concepts conventionnels ont une façon de subir des changements, mouvants à nos yeux modernes.

Naissance et re-naissance

Un merveilleux sentiment de sagesse envahit l’âme lorsque nous com­mençons à réaliser quelles forces nous propulsent dans la vie, puis sont relayées pour nous porter au-delà du milieu de la vie.

Chaque homme est né en tant qu’être naturel et peut se découvrir être spirituel individuel. Naître de la Lune, re-naître du Soleil. C’est ainsi qu’on voyait cela autrefois. Nos écrits traditionnels, ancien et nouveau testaments, prennent là tout leur sens : car Yahvé, l’Elohim de la Lune, est dieu des naissances et de l’héritage, de la personnalité et des peuples ; le Christ, l’Être du Soleil, est le dieu intériorisé dans le « Je ». Notre civilisation dépeint, en millénaires, ce que sont nos vies en minia­ture. À mi-chemin, à la suite des traumatismes du soi personnel, la vie du « Je », du « Ich » dans l’homme, commence. (Les métaphores renfer­mées dans le langage sont magiques).

Grâce aux extraits de la fin du chapitre I, nous pouvons voir à quel point le thème de cette crise et de ces transformations autour de 35 ans est vaste. Comment ces années du milieu sont en fait le pont intérieur entre l’ancien et le nouveau. Voici une constatation curieuse : quand je suis jeune, je suis très, très vieux, très sûr de moi ! Vers le milieu de la vie, je commence à ressentir à quel point je suis un nouveau-né désar­mé, à quel point je suis peu sûr de moi ! À moins que, bien sûr, j’acquière une certitude à partir de moi-même. Le dilemme chrétien est le lot de tout un chacun vers 35 ans : la loi venant de l’extérieur ou la lumière venant de l’intérieur. Ou alors c’est comme si, bon gré mal gré, nous étions tous nés Hébreux ! Il semble en être ainsi.

Évoluer en se dégageant des préjugés

Prenons nos acquis, nos connaissances, nos opinions. Nous grandis­sons dans un tourbillon de conseils moraux, de recommandations de la part des parents, des enseignants, des médecins, des hommes de loi. L’homme est ainsi né avec des préjugés : sa race, sa nation, sa langue, sa famille, sa religion, son sexe… autant de distorsions qui orientent ses vues. Tout ce qu’il tire de l’extérieur, entend ou apprend des autres, il doit le modifier, le remodeler, lui redonner forme, s’il veut le faire sien. Son héritage est constitué de cette matière première.

Né avec des préjugés, né sans liberté ! Une situation étrangement dif­ficile. Autrefois, tout ceci se résolvait par les classes et les castes, la nais­sance et le sang. Les couches se superposaient verticalement. Aujour­d’hui, le monde est devenu un « melting-pot » universel ! Tout est horizontal, il n’y a ni dessus ni dessous. Un XXe siècle de guerres et de conflits, et ce n’est pas fini, tous symptômes des flammes du préju­gé qui réduit tout en cendres.
Mais plus près de nous : si chacun doit avoir son propre monde d’opi­nions, si les vues de chacun, simples ou complexes, doivent être si uni­latérales, comment au nom de l’humanité arriverons-nous un jour à vivre et travailler ensemble ? La transformation et la fonte des préjugés doivent bien être possibles sans couvrir la terre de cendres.

Mais à la vérité, il existe une voie. C’est le chemin de la pensée. Cette lumière qui a commencé à briller dans les âmes humaines autour du XVe siècle. Cette pure force pensante, débarrassée de tout ce qui l’ac­croche au terrestre, peut vraiment devenir ce pouvoir qui peut s’étendre au-delà des barrières des esprits. Et ce faisant, la pensée évolue et devient pouvoir de compréhension pénétrant et aimant.

Mais tout d’abord, regardons de plus près les empêchements. Ces cara­paces dans lesquelles nous cachons nos pensées sont souvent coriaces, et même dures comme des coquilles d’huîtres. Et de même, les multiples façons subtiles par lesquelles nous manifestons nos préjugés.

La fable de l’étranger

Prenez les descriptions savoureuses de Rudolf Steiner à propos du caractère rebelle des peuples (19), sur la façon dont les différentes nationalités parlent entre elles des autres, comment ils considèrent l’étranger. Pour l’italien avec son âme de sensibilité, il est « l'Outsider » ! l’étranger, non membre de ma famille, « Ma fia ». Le Français avec son âme intellectuelle le ressent comme dépourvu de certaines qualités, inculte, fruste, un Barbare ! Pour l’âme de conscience instinctive du Bri­tannique, il représente une menace pour le travail, l’entreprise. L’étran­ger est le Concurrent ! La Ich-Seele allemande ressent le besoin existen­tiel de « croiser le fer avec lui », verbalement seulement sans doute. C’est l’Ennemi, Die Feinde ! Et dans l’embryon d’âme du Soi-Esprit des Russes, apparaît l’image de l’Hérétique. « Celui-ci ne croit pas en notre véritable foi ». (Ou, encore récemment : dans la ligne de notre parti).

Les Américains polyethniques, dans la mesure où il n’y a pas vrai­ment « d’étrangers », doivent peut-être jusqu’à un certain point les prendre tous en considération. Le préjugé prend de nombreux aspects et avec le temps, en évoluant entre nous, nous arrivons à les rencon­trer tous, un par un.

Et chez nous, plus précisément

Pour montrer combien cette imagerie est fondée, considérons l’atti­tude méditerranéenne de l’âme de sensibilité. Sa façon de manifester les préjugés, même plus tard dans la vie, après la phase naturelle entre 21 et 28 ans. Quel penchant nous avons à former des groupes particu­liers, des cercles-cliques, avec une acceptation totale de certains, sans souci des compétences, et un mépris pour d’autres que le destin a placé à portée de main. Comme c’est difficile d’intégrer « l’étranger » parmi nous. Cet esprit de clan, ce favoritisme affectueux et cette loyauté inter­ne nous suivent partout, dans la mesure où aujourd’hui la vie naturel­le de l’âme plafonne autour de 27 ans.

Distorsion de « l’âme de compréhension-sentiment », l’âme intellec­tuelle gauloise imprime sa marque de façon subtile et quelquefois moins subtile. Le mépris envers les souffrances humaines, souvent dénoncé dans nos petits cercles, ignore que l’esprit de notre époque est à l’œuvre partout. Mais cet élitisme a des formes plus grossières encore ici, en Amérique. Prenez par exemple, ce curieux atavisme qui pousse à faire suivre le nom d’une personne d’une kyrielle de titres et de com­pétences. À créer des auras autour des dignitaires à diplômes, séparant de fait ceux qui Ont de ceux qui n’Ont Pas, les officiellement cultivés des « Barbares » profanes. Tout cela sans aucun contrôle réel des quali­fications et aptitudes véritables. Une hiérarchie de papier, mise en place pour la vie, plutôt qu’une hiérarchie fondée sur la reconnaissance des réalisations.

Où nous attendons-nous à trouver cet instinct de compétition de l’âme de conscience occidentale ? Où, si ce n’est dans la sphère de la technique pragmatique, avec sa lutte pour que survivent les « plus aptes ». Ainsi que dans les endroits où s’élaborent les stratégies adroites pour établir les « fiefs » et les « royaumes ». Chaque petit chef limité dans sa vision par l’horizon de son propre projet chéri ou sa propre institution. Repérant les sphères d’influence, cet esprit com­pétitif se débrouille souvent pour atterrir dans les comités où les contrôles financiers dominent. Dans le jargon, on appelle cela : obte­nir sa « part du gâteau ». Un tel mépris pour des préoccupations plus larges, une telle négligence de l’aide mutuelle, semblent typiques du préjugé occidental.

L’instinct de combat de l’âme-ego germanique, avec son amour pour la bataille, se perçoit très bien dans l’histoire de la Société Anthroposophique : dans les confrontations et les hostilités, les conflits de personnes et les heurts qui ont entravé et retardé le développement du travail anthroposophique. Les traducteurs, par exemple, sont si profondément individualistes qu’ils sont rarement capables de coordonner leurs efforts.

Soixante-dix savants ont traduit le grand livre unique, la Bible Anglica­ne. Mais combien devons-nous en réunir pour coordonner érudition et compétences linguistiques sur les plus de trois cent cinquante ouvrages de Steiner ?

L’image de l’âme du Soi-Esprit slave, qui ressent d’abord les « héré­sies », n’en est encore qu’à ses premiers balbutiements, bien sûr ; et pourtant, à travers certaines préférences, elle agit aujourd’hui dans notre vie dévotionnelle inconsciente, dans le domaine de la pensée. Les symptômes en sont souvent faibles ou cachés. Et cependant, pourquoi cette adhésion massive à tous ces « courants » ? Pensez à tous les illustres modèles que nous nous donnons ; pour n’en citer que quelques-uns : les Graal, Alexandre, Hypatia, Giotto, ou Gœthe… Et, en plus, les sous-courants, appelés « écoles », qui divisent les artistes en fonction des maîtres qui les ont formés. Toutes ces troupes de suiveurs tendent à créer l’illusion de la « vraie foi ». Ce découpage en courants représente un danger permanent.

Une fois suffisamment éveillés pour voir et identifier de telles concré­tions dans la vie de l’âme, nous sommes déjà bien avancés sur le che­min qui mène à la question de savoir comment nous en libérer. Com­ment les préjugés peuvent-ils être dissous ? Comment puis-je m’émanciper du point de vue habituel ? L’altruisme dans le domaine de la pensée est-il actuellement possible ? Toutes ces questions font que nous commençons à réaliser que l’errance de l’âme moderne « sans logis » dépasse la simple dimension géographique.

Reflet dans les images

Comme il est facile de repérer les insuffisances, l'unilatéralité, les points de vue figés chez une connaissance ou un ami. Comme ils sont flagrants. C’est-à-dire chez les autres ; pas chez soi. La connaissance de soi vient en dernier, elle ne s’achève que lorsque nous passons le Seuil de l’existence terrestre. Les poètes, les mystiques, et ceux qui recher­chent l’esprit, tous parlent de ces rencontres avec le Soi inférieur, cette effigie monstrueuse, cette image rampante de nos imperfections et de nos préjugés, qu’on ne peut regarder en face qu’avec un courage sur­humain et la volonté de le magnifier par la transformation de soi. Sans cela, l’obscurité nous envahit, et nous nous retrouvons rejetés sur les rives de la routine quotidienne.

Pour commencer, nous pourrions peut-être faire une liste de tout ce qui doit être nettoyé moralement, avec pour titre : « Je suis spécial pour cela et cela ». Pour chaque vertu éventuelle, une polarité, un complé­ment négatif. Regarder en face ses insuffisances, conserver l’objectivité dans les observations sur soi, ajouter de l’humour, peut certainement adoucir l’aspect tranchant de la surprise lors des rencontres du Seuil, et incidemment nourrir quelque charité et compassion pour les autres. Cela peut même apporter quelques idées pour aider autrui. Le Saint qui guérit a été autrefois un Pécheur.

Au fronton des Portails (L’Initiation ou Comment acquérir des connaissances sur les mondes supérieurs, chapitre III (19-a), il est écrit : « Sans un solide bon sens humain, tous vos pas sont vains ! ». Et « Reje­tez tous vos préjugés, vous qui voulez entrer ici ! »

Cette vertu appelée tolérance

Les mots dotés de plusieurs significations sont un fléau pour la santé mentale et pour toute rencontre intellectuelle. Vénération et tolérance, sont de ceux-là. Ils sont sur les lèvres de tous les prédicateurs itinérants : Que le jeune honore le vieux ; et que le vieux soutienne le jeune. Scien­tifique et artiste, « laissez faire » ! Et pourtant, assez curieusement, la tolé­rance est une caractéristique générale parmi les occidentaux de tous niveaux sociaux. Nous sommes instinctivement polis, éduqués dans le « vivre et laisser vivre ». Nous pratiquons des rituels de salutations éla­borés, et un protocole parlementaire dans toutes nos réunions, du cercle de couturières aux décisions de la Société Anthroposophique. On s’at­tend à de la courtoisie. Nous écoutons poliment le verbiage, nous ne rions pas des gaffes ni ne ridiculisons l’insensé. Nous n’en pensons pas moins, mais nous ne disons rien.

Lorsque nous arrivons à l’âge adulte, nous avons déjà l’usage de bien des civilités de la vie en société. Après que soient passées les années d’insolence de la pré-adolescence et les années d’intolérance puritaine envers les aînés pendant l’adolescence, nous estimons finalement que nous sommes des êtres sociables, de bons citoyens.

Mais exactement comme la « liberté » a une valeur extérieure et une valeur intérieure, qu’elle peut être sans entrave extérieure ou motivée par une intention intérieure déterminée, de même la tolérance mutuel­le a une signification extérieure et une signification intérieure. La tolé­rance extérieure enseigne à laisser faire, accepter, permettre, tolérer, admettre. Écouter sans prêter attention. Laisser chacun libre de donner son avis. Les vrais sentiments, eux, ne sont pas exprimés. Cela ne peut mener qu’à la confusion, particulièrement dans les moments de crise, lorsqu’il faut prendre des décisions.

En apprenant à maîtriser les préjugés reçus en héritage, nous deve­nons adultes. Nous apprenons cela du monde. Des préjugés à la tolé­rance, nous parcourons notre chemin jusqu’à la maturité, vers le milieu de la vie. Et là, regardez ! Nous découvrons que la tolérance ne suffit pas, qu’il y a autre chose. L’énergie de la vénération doit maintenant devenir un pouvoir actif, qui permette de rencontrer la vie de la pen­sée vivante de l’autre personne. Ce qui n’était que tolérance doit maintenant se métamorphoser, devenir reconnaissance intérieure.

Réceptivité et perspicacité

Reconnaître comment l’esprit structurant se manifeste dans le monde a été de tous temps le message de l’Ange et du Sage. Pensez aux multiples moyens existants pour répondre aux demandes de l’évolution de la conscience du genre humain : les disciplines des Ordres, l’intensité de la méditation des Mystiques - jusqu’à l’époque scientifique avec son entraî­nement rigoureux à la pensée analytique et à l’ascétisme mathématique.

Historiquement, cette période a commencé avec l’entraînement au débat et à l’argumentation de la Scolastique. Mais il ne s’agissait pas alors du genre d’échange de mots et de pensées que nous connaissons aujourd’hui. Car à cette époque, on s’attendait - c’était la règle - à ce qu’un orateur mérite d’abord le droit de parler ! Il devait se montrer capable de refor­muler, récapituler, re-penser aussi bien sinon mieux, ce que le précédent avait exprimé. Alors seulement il pouvait ajouter sa propre contribution.

Imaginez ce que cela exigeait ; l’attention concentrée, la capacité d’en- - registrer sans déformation, la réceptivité altruiste. Telle était la discipli­ne qui a posé les premières pierres de ladite « recherche objective de la vérité » proclamée par la communauté scientifique aujourd’hui.

La conscience objective, altruiste, la capacité d’endiguer le flot per­sonnel habituel, laissant la place libre pour un système de pensée autre que le sien - qu’il vienne d’un autre homme, qu’il soit le produit des lois de la Nature ou qu’il soit inspiré par un Monde Intérieur. On apprend alors à distinguer entre ce que Je pense et ce qui peut penser en moi.

De nos jours, à moins que quelques pas soient franchis en vue de raf­fermir cette aptitude, de suivre un enseignement pour acquérir l’al­truisme de la pensée, la communication devient pratiquement impos­sible. Réfléchissez un instant à la façon que nous avons de démolir avec la plus grande désinvolture ce que dit une personne - oh, poliment, bien entendu - nous laissons sa pensée en suspens, changeons de sujet pour tout ce qui nous passe par la tête, saisissant un point mineur pour nous lancer à plein galop sur un de nos chevaux de bataille préférés. Est-ce que ce n’est pas de l’égoïsme à l’état pur ?

L’écoute réceptive de la façon dont les pensées s’expriment à travers une autre personne, y compris les qualités de l’âme et les humeurs qui les accom­pagnent, exige un calme intérieur doublé d’une concentration et d’une atten­tion aiguisées. Momentanément, le réceptacle doit se tourner complètement vers l’autre, et rester pourtant totalement éveillé - créant de ce fait un état d’âme sphérique, pour ainsi dire, qui enveloppe l’autre personne.

La conversation en écoute, cet art de répondre à partir de la vie de la pensée venant de l’autre personne, plutôt qu’à partir de ce qui réagit en nous, demande une intense vigilance et un intérêt authentique pour l’autre. Ceci crée l’atmosphère propice pour comprendre et être com­pris. Cela exige une pratique constante de ces vertus de l’âme que sont l’impartialité et la positivité : l’ouverture à la nouveauté, et l’apprécia­tion de ce qui est en train d’émerger - aussi maladroitement exprimé qu’il soit - et la volonté de l’aider et de l’encourager.

À travers cette attitude de l’âme, la spiritualité de l’autre personne peut s’éveiller en nous. Sans ce vide préalable que nous créons en nous-mêmes, sans l’expérience active de ce Pas Moi, permettant alors, dans cet espace créé, de ressentir les qualités spirituelles de l’autre, il ne peut y avoir de réel progrès sur le chemin de pensée vers l’esprit. L’ouverture au Soi Supérieur est requise, elle contient la qualité intuitive de l’amour qui s’ouvre sur les mystères de l’autre : une pénétration et une reconnaissance de ses efforts et de sa valeur.

Mais rappelons-nous : « l’autre personne » peut très bien être l’auteur d’un livre. Peut-être quelqu’un qui enseigne les Mystères du Soleil. Ses mots eux aussi, sont des « conversations », accessibles seulement grâce à l’intuition et à l’amour.

Avec le temps, nous apprenons aussi que la destinée nous parle à tra­vers les personnes que nous rencontrons. Nous parle si, bien sûr, nous savons « entendre ». Par la bouche même du petit enfant, elle peut s’adresser à nous, et l’être le plus insignifiant peut porter d’importants messages. Même ce qui nous arrive en termes d’adversité porte la marque de la destinée, une « guidance » angélique que nous n’appre­nons souvent à apprécier que plus tard.

Telles sont les formes que la réceptivité altruiste doit prendre envers l’esprit qui s’exprime à travers les pensées des autres. Et dans la mesu­re où nous surmontons ce qui nous empêche d’aller vers les autres, et ce qui nous empêche d’entrer en contact avec nous-mêmes, nous deve­nons membres de la hiérarchie de l’Humanité.

Conscience du but

Wer vom Ziel nicht weiss, kann den Weg nicht haben. (20)

Les prêtres initiés de naguère savaient bien que c’était l’Ange de l’autre avec lequel ils parlaient. L’Angéologie était alors une science spirituel­le. Ils cultivaient une oreille intérieure pour la parole de l’Ange. Ce qu’alors le prêtre pouvait dire à l’homme devant lui, c’était les paroles de son propre Ange Gardien. De cette façon, les paroles du sage pou­vaient guérir, consoler et orienter la destinée. Telle était la forme ancien­ne du « Pas Moi, mais l’Esprit parle en moi ».

Aujourd’hui c’est l'Angelos de l’Esprit de l’Humanité qui parle au cœur de ceux qui ont trouvé le chemin de pensée vers les domaines de l’es­prit. Le Chemin est long, jalonné de myriades de distractions. L’Anthroposophie est là pour nous montrer les étapes. Les conseils des prêtres initiés ne sont plus d’actualité. Mais les autodidactes, s’ils ont devant eux l’image du but à atteindre, peuvent apprécier à leur juste valeur les indi­cations qui montrent le chemin. Nous les avons tous lues et étudiées. La seule question, c’est avec quelle intensité nous les avons prises à cœur.

Acceptation totale

Ce sont ceux qui ont fait l’expérience merveilleuse de cette compré­hension, de cette acceptation enveloppante qui en parle le mieux. Ces expériences sont par nature intuitives, difficilement exprimables, et pourtant bien réelles. Comme la réponse d’un enfant à l’intérêt affec­tueux de son professeur nous rappelle la fleur qui s’ouvre grâce à la lumière du soleil. C’est comme si la compréhension entourait réellement l’autre personne. Ceci est d’une qualité inoubliable pour ceux qui l’ont rencontrée.

Nous lisons sans cesse dans les récits de vies de personnes qui ont rencontré Rudolf Steiner que la qualité de cette expérience, même lors d’une très brève rencontre, laissait une impression indélébile. Ils savaient, comme pour toujours, qu’ils avaient été acceptés pour ce qu’ils étaient. Des années plus tard, ils se souvenaient des mots prononcés alors. Mais plus encore, la chaleur enveloppante accompagnant ces mots avait été si profondément ressentie, si différente des autres rencontres humaines.

Nous pouvons nous faire une petite idée de l’expérimentation ulti­me de cette force grâce au livre de Raymond Moody La Vie après la vie, dans les descriptions de ceux qui ont survécu à une mort cli­nique. Ils parlent de rencontres ineffables avec l’Être de Lumière. Pen­dant la récapitulation de la vie et le dialogue qui l’accompagne sous la forme « d’un transfert de pensées direct, sans entrave… d’une façon si claire qu’il n’y a aucune possibilité de méprise ou de mensonge à la Lumière » (21), l’âme momentanément désincarnée se sent enve­loppée par une chaleur, une compréhension, et une acceptation totales. « L’amour et la chaleur de cet être envers la personne mou­rante sont bien au-delà des mots, elle se sent complètement entourée et emportée grâce à eux, complètement à l’aise et totalement accep­tée par cet être » (21).

Telle est l’expérience du supraterrestre, qui devient visible parmi les humains sur Terre, et qu’il est au-delà du pouvoir humain d’exprimer, un Idéal divin pour l’Humanité. Comme dans les mots du poète :

« Voici le Christ
Qui depuis qu’il s’est élevé,
Vient auprès du lit de mort
De chacun » (22).

Rudolf Steiner à ce sujet : le nouveau langage

Je suis né avec des préjugés et je dois d’abord dans la vie me libérer des préjugés de pensée. Et comment le puis-je ici sur terre ? Seulement à travers ceci : que je développe un intérêt non seulement pour ce que je pense moi-même, ce que je considère comme juste, mais que je dévelop­pe un intérêt altruiste pour toute chose que les autres pensent et qui passe à ma portée, même si je la considère comme erronée.

Plus un homme affirme ses propres opinions obstinément, et ne s’in­téresse qu’à celles-ci, plus il s’écarte de l’Esprit de l’Humanité - à ce moment de l’évolution du Monde.

Plus un homme développe un intérêt social pour les points de vue des autres, même s’il considère qu’ils sont erronés, plus il illumine ses propres pensées grâce à ces points de vue, plus il juxtapose ses propres pensées (qu’il considère peut-être comme la vérité) aux pensées des autres qu’il considère comme fausses, mais pour lesquelles il conserve néanmoins un intérêt, plus il ressentira aux tréfonds de son âme la Parole du Christ qui aujourd’hui doit être interprétée selon le nouveau Langage du Christ…

C’est ainsi que le Christ parle aujourd’hui à ceux qui veulent L’en­tendre : " Ce que pense le plus petit de vos frères, vous devez lui accor­der cette valeur que Je pense en lui et que Je ressens en vous lorsque vous comparez ses pensées avec les vôtres, lorsque vous montrez un intérêt social pour ce qui se passe dans l’âme de l’autre. Dans toute notion que vous trouvez, dans toute opinion du moindre de vos frères, là vous Me chercherez ». Ainsi parle le Christ dans notre vie de la pensée…

Le Christ est le Dieu de tous les hommes. Nous ne Le trouverons pas si, avec nos pensées, nous restons égoïstement en nous-mêmes, mais seule­ment si nous soupesons nos pensées par rapport à celles des autres, si avec la plus grande tolérance intérieure nous étendons notre intérêt à tout ce qui est humain, si nous nous disons : de par ma naissance, je suis un homme de préjugés. À travers ma re-naissance par les pensées
de tous les hommes, dans un sentiment élargi de pensée sociale, je trou­verai à l’intérieur de moi l’impulsion du Christ. Quand je cesse de me voir comme la source unique de ce que je pense ; mais que je me vois, au plus profond de mon âme, comme un membre de l’humanité, alors je peux trouver un chemin vers le Christ.

Ceci constitue le chemin que l'on peut aujourd’hui nommer le Che­min de Pensée vers le Christ. Il requiert une auto-éducation rigoureuse pour développer ce sens qui permet d’apprécier les pensées des autres. Dans les conversations avec les autres, cela doit devenir une tâche pri­mordiale de notre vie, de corriger l’automatisme de nos points de vue personnels. Si cela, comme tâche vitale pour les hommes, ne se faisait pas, l’humanité perdrait le chemin vers le Christ. Aujourd’hui, c’est le chemin de la pensée…

Ne cherchez pas de chemins abstraits vers le Christ cherchez ces chemins concrets. Demandez-vous ce qu’il en est du chemin de la pensée : if consiste à devenir intérieurement tolérant envers les points de vue de toute l’humanité, à développer un intérêt social envers les pensées des autres » (23).

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Source : George et Gisela O'Neil avec les apports de Florin Lowndes - La vie humaine - Saisir le sens de son parcours terrestre.

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Travail soutenu par les Docteurs Claude Boudot, Vincent Hédon et Robert Kempenich par leur intérêt et leurs compétences pro­fessionnelles en médecine anthroposophique.

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Pascal Patry
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