Qu’est-ce que la Lune Noire ?

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Qu’est-ce que la Lune Noire ?

Pascal Patry astrologue et thérapeute à Strasbourg 67000
Publié par Pascal Patry dans Astropsychologie · Mercredi 03 Mai 2023
Qu’est-ce que la Lune Noire ?

Là où est la Lune noire, il n’y a rien à voir et ça vous regarde.

1 - La Lune noire n’existe pas !
2 - La Lune noire et le désir
3 - Le manque et le vide
4 - Un manque qui s'adresse à l’autre
5 - Avènement du désir
6 - La Lune noire ou l'expression du plus grand désir

1 - La Lune noire n’existe pas !

Je conviens que c’est là une affirmation pour le moins provocatrice, voire paradoxale. Mais il est nécessaire de garder à l’esprit cet essai de définition préliminaire pour analyser de façon pertinente le jeu de la Lune noire dans un thème. Lorsque nous affirmons que la Lune noire n’existe pas, cela ne veut pas dire qu’elle ne correspond à rien.

En réalité, la Lune noire est un point mathématique, le second foyer de l’orbite de la Lune. Il ne s’agit donc pas d’une entité réelle et cosmographique comparable aux pla­nètes de notre système solaire, par exemple. Et nous savons que c’est une des raisons pour lesquelles beaucoup d’astrologues, et non des moindres, refusent d’inclure la Lune noire dans les cartes de naissance qu’ils élaborent.

Cet argument n’est pas probant, à mon sens. Nous savons tous que l’astrologie utilise des symboles qui ne possèdent aucune réalité concrète, et notre travail consiste précisé­ment à donner du sens à ces symboles par l’analogie qu’ils possèdent avec la nature humaine. Il en est ainsi, par exemple, des signes zodiacaux, qui n’ont aucune réalité objective et que l’on ne doit surtout pas confondre avec les constellations qui portent les mêmes noms. Les signes zodiacaux n’existent pas non plus…

La Lune noire n’est pas une réalité qu’il est aisé d’ob­server pour en comprendre la signification. La Lune noire est un concept ou, mieux, elle est un symbole, et comme tout symbole, elle est par définition, polysémique, redon­dante, inépuisable. On ne peut jamais épuiser la valeur d’un symbole. Et je ne crois pas que l’on puisse jamais être exhaustif en ce qui concerne la Lune noire, pas plus d’ailleurs qu’en ce qui concerne toute l’astrologie.

Le fait que la Lune noire n’ait pas de réalité objective constitue l’une des raisons pour lesquelles nous traiterons ici de la Lune noire et non de Lilith, dans l’espoir d’échap­per à cet anthropomorphisme simplificateur qui veut qu’en tous les domaines (et pas seulement en astrologie) nous ramenions à nous ce qui nous est difficile à concevoir en deçà de nos propres limites, c’est-à-dire que nous donnons une forme à ce qui ne saurait en avoir, un tempérament et des attitudes à ce qui échappe à notre structure, un contour enfin à ce qui ne peut être contenu.

Pour parler de la Lune noire, il est une autre difficulté, précisément celle du langage, ce langage qui est bien la meilleure et la pire des choses, en ce sens qu’il traduit et dès lors trahit toujours, comme dirait Freud, l’adaptation idéale entre le signifiant qui nous habite et le signifié que l’on désigne.

Il y a toujours plusieurs langages possibles pour signi­fier un même objet. Le langage que je vais utiliser ici est celui de la théorie psychanalytique, il n’est ni meilleur ni pire qu’un autre, mais il est seulement celui auquel je suis le plus accoutumé, et il est aussi celui qui, à mon sens, convient le mieux à l’étude et à l’analyse astrologique.

Jean Carteret, qui est le premier à avoir théorisé sur la Lune noire, disait que le langage est le témoignage du monde à travers l’homme. Le temps est venu de parler de la Lune noire.

Dans son ouvrage, Le Retour de Lilith, Joëlle de Gravelaine s’y est employée avec le langage de la mytholo­gie, proche parfois, il est vrai, de celui de la psychanalyse et surtout de la poésie. Et je ne crois pas que l’on puisse faire mieux qu’elle dans ce registre. Toutefois, elle en fait une femme, alors que pour moi, ce symbole n’est ni un homme ni une femme et je l’appelle Lune noire, jamais Lilith.

Cette différence de langage entre nous est essentielle en ce qu’elle n’est pas uniquement culturelle, mais qu’elle témoigne également de différences conceptuelles et métho­dologiques. Nous sommes conduits souvent à désigner le même objet par des signifiants différents et, cela est encore plus riche, à donner un sens différent aux choses dont nous parlons. Cette différence, ces divergences sont toujours enrichissantes. Pour ma part je m’en félicite, la participation de chacun peut collaborer à la compréhen­sion de l’ensemble.

Le titre de cet ouvrage laisse entendre que j’établis un rapport particulier entre la Lune noire et le désir. Cette conviction ne s’est pas avérée rapidement ni simplement ; avant qu’elle ne s’impose à moi, il aura fallu des années et bien des hésitations.

Ce qui a d’abord, très rapidement, retenu mon attention, c’est l’extrême sensibilité du point zodiacal et de la mai­son où se situait la Lune noire dans les thèmes que j’étudiais. J’en suis arrivé à la certitude qu’il était impossible d’analyser profondément un thème sans tenir compte de cet endroit précis. J’ai même vu beaucoup de cartes de naissances dont l’analyse se révélait tout simplement fausse si l’on omettait de tenir compte de la Lune noire.

En revanche, j’ai vite remarqué que, si je stimulais ce point-là, j’obtenais toujours, je dis bien toujours, des réac­tions intenses, toute une succession d’associations psy­chiques, de formulations, de plaintes, de confidences et de demandes. J’en avais déduit, et j’en suis resté à cette déduction, que la Lune noire représentait la mise en évi­dence de quelque chose d’absolument archaïque, profond, originaire dans l’économie psychique du sujet.

Cela ne me donnait pas pour autant la clé du mystère. J’avais pris l’habitude de considérer la Lune noire comme le représen­tant de l’épreuve majeure de l’existence de tout individu, mais j’ai dû me rendre à l’évidence, ce n’était considérer qu’un des aspects - le plus dramatique - des significations que l’on pouvait lui attribuer.

Si ce point zodiacal correspond en effet, dans nombre de thèmes, à des déchirements, des souffrances, des deuils ou des chutes irréductibles, restent ceux où la même Lune noire marque la création, le pouvoir, l’exaltation du moi, et ce que Joëlle de Gravelaine appelle l’hyperconscience.

Dans ces thèmes-là, la souffrance laisse la place à une sorte d’aspiration compulsive, une tension de l’être tout entier vers un but, vers un apogée, vers une assomption.

J’ai finalement pu me convaincre du fait que dans tous les thèmes, quels qu’ils soient, et dans toutes les biogra­phies, heureuses ou malheureuses, la Lune noire possède une dynamique toujours semblable que je déterminerai de la façon suivante :

• tout d’abord, la Lune noire induit toujours la compul­sion de répétition, décrite par Freud comme étant le méca­nisme princeps de la pulsion et qui pousse le sujet à repro­duire inlassablement les mêmes mouvements, les mêmes processus, et à provoquer les mêmes comportements et les mêmes situations, les plus pénibles ou les plus aliénantes. Et cela, bien entendu, dans le champ d’investigation repré­senté par la maison où se trouve cette Lune noire ;

• par ailleurs, la lune noire est toujours en rapport avec le narcissisme du sujet étudié, avec cette estime de soi, indispensable à sa créativité et à ses investissements, ainsi qu’à son identification. C’est cette estime qui nous permet d’être et d’établir des relations interindividuelles. Le nar­cissisme est la source de l’« être », et se nourrit du regard de l’autre. Enfin, j’ai pu constater qu’aucun être humain, dont j’avais étudié le thème et pour lequel j’avais suffi­samment de repères biographiques, n’avait jamais pu « faire l’économie de la Lune noire ».

Il existe dans les thèmes, nous le savons, des configura­tions plus ou moins agissantes, plus ou moins manifestes et plus ou moins nuancées. Il arrive même que nous ayons parfois des difficultés à préciser la signification exacte de certains aspects qui semblent ne pas avoir marqué la psy­ché du sujet ou n’avoir apporté qu’une sorte de nuance. Rien de tel avec la Lune noire, elle est toujours le point de convergence radicale de toutes les lignes de force de la personnalité.

Il n’y a pas de petite ou de grosse Lune noire. Il y a un point d’appel irrépressible, irréductible, bien que souvent inconscient, dont les manifestations peuvent varier en intensité, d’un sujet à l’autre, mais dont la nature est tou­jours identique et liée à la structure même de la psyché humaine, indispensable à l’émergence et à l’instauration de la vie. Ces observations mille fois répétées m’ont conduit à cette théorisation.

2 - La Lune noire et le désir

Qu’est-ce que ce désir dont nous savons déjà qu’il est le fondement même de notre existence humaine ? Quelle est l’origine de ce désir ?

Il ne saurait y avoir de désir sans le manque qui le génère, l’instaure et le perpétue. Nous le savons depuis Aristote. Cela va nous permettre de bien définir ce que nous entendons, en termes psychanalytiques, par désir.

Je parle de manque et non d’absence. L’absence sup­pose que l’objet est momentanément non perceptible, mais qu’il possède ailleurs, en un autre lieu, une réalité, une vérité autonome et qu’il est aisé d’imaginer, de symboliser.

C’est d’ailleurs par l’alternance répétée de la présence et de l’absence de l’objet - la mère, par exemple - que se mettent en place les processus de symbolisation chez le petit enfant. Freud, Piaget, Lacan l’ont définitivement démontré.

Pour représenter symboliquement l’absence dans un thème, j’évoquerais plutôt la Lune qui, à l’image de la mère, dont elle est d’ailleurs le symbole, s’absente parfois de nos nuits, loin de nos regards, mais nous savons qu’elle va reparaître sûrement. Il n’y a pas d’absence au niveau de la Lune noire car il ne saurait y avoir de pré­sence non plus. J’irai même jusqu’à affirmer qu’il n’existe aucune symbolisation au sens psychanalytique du terme qui puisse lui être attribuée.

J’ai dit manque et non frustration, même si la frustra­tion est proche du symbolisme de la Lune noire. La frus­tration appartient à Saturne, qui prive, enlève, diminue, empêche, censure, occulte, refoule et finalement structure. La frustration génère le besoin, qui est bien autre chose que le désir.

Le besoin peut nous faire dire : « J’ai envie de ». Le désir, lui, n’a pas de voix, le désir est muet ou, s’il prend la parole, c’est toujours sous la forme d’une énigme, celle du Sphinx, par exemple. Le besoin, la souffrance et la frustration peuvent trouver des accommodements, des adaptations, par des mécanismes de défense qui sont propres à gérer justement cette souffrance et l’angoisse due à cette frustration.

Le sujet peut s’inventer d’autres modes de satisfaction, par substitution, déplacement ou sublimation. Et nous savons avec quelle adresse, parfois, ces mécanismes opèrent.

Je dis le manque et non la mort, même si l’on est sou­vent contraint de faire allusion à la mort quand on analyse la Lune noire dans un thème. D’abord, la mort ne saurait trouver une représentation dans un thème. On peut y trou­ver éventuellement l’événement du décès, mais non la mort elle-même, qui est absence de désir.

3 - Le manque et le vide

Le manque sur lequel s’instaure le désir est donc d’ordre différent. On peut l’évoquer comme synonyme du vide, de trou noir. Le manque n’est ni absence ni frustration ; le manque est nul, le manque est zéro. Le manque est impen­sable, irreprésentable, non conceptuel, même si l’on peut, comme je le fais en ce moment, l’évoquer sans fin.

Notre psyché ne peut pas penser le manque ; nous ne pouvons pas nous représenter le négatif, essayer, c’est déjà le repositionner. Nous pouvons savoir qu’il existe, mais si nous réussissions à le penser, il n’existerait plus en tant que manque. Ce qui est pensé existe. Notre pensée a une certaine forme de puissance. Et notre façon de penser le monde influe sur nos comportements.

Je dirais donc que le manque est a-pulsionnel ou anté-pulsionnel, autrement dit qu’il nous habite avant même que la pulsion ne nous dyna­mise. Ce manque est par conséquent originaire, c’est-à-dire qu’il appartient à l’histoire de notre origine indivi­duelle, qu’il s’instaure lui-même sur notre vécu le plus archaïque.

De tout temps les hommes ont essayé de théoriser le manque. Dans la Bible, Adam et Ève, une fois chassés du paradis, sont orphelins de Dieu, avant, ils étaient en Dieu : en fusion.

Freud considère que l’état paradisiaque est celui d’avant la naissance, sans besoin, sans désir de satisfaction, une ataraxie supposée totale. Cet état édénique est rompu bru­talement par l’effraction de la naissance, définitivement et douloureusement. C’est un choc considérable pour l’être qui est rejeté hors d’un monde fusionnel. L’enfant est alors frappé par le manque, ce qui lui donne une nostalgie défini­tive de l’état antérieur fusionnel avec la mère.

Les religions ont utilisé ce sentiment. Dans la Genèse, le manque intervient pour Adam et Ève, quand Dieu les chasse du paradis. Auparavant, ils étaient comme dans l’utérus, sans besoin. Il y a des théogonies faisant Dieu féminin. Les premières divinités étaient féminines ou encore indifférenciées. De toute façon, ce manque est proche du sacré, proche du divin.

C’est à partir de ce moment tragique de la naissance, de ce rejet hors du paradis matriciel, le seul paradis terrestre dont il puisse garder la nostalgie, que pour tout individu, l’objet va devenir indispensable. Le bébé qui n’est pas encore un bébé, le fœtus, dans le ventre de sa mère, est tout-puissant. Mieux, il est dans un état d’être, cosmique, universel, il est un en deux. Il est dans un univers atempo­rel, atopique, non pas irréel, car il existe, mais aréel, autre­ment dit sans réalité individuelle. Il est en état de fusion paradisiaque, dans une quiétude absolue, une béatitude qui ignore le lieu et le temps.

Il est ce que le psychanalyste Nicolas Abraham appelle l’« unité duelle ». Une symbiose bienheureuse qui nous rappelle Platon et le mythe d’Aristophane, et ce monstre total, double et unique à la fois, source de toutes les félici­tés qui serait à « l’origine de notre origine » et que l’on ne peut comparer, pour s’en faire une idée, qu’à l’univers du sein maternel.

Voilà ce qu’est le manque, la perte originelle, origi­naire, qui nous constitue et fait de nous des pèlerins à jamais déterminés, à jamais limités, en quête perpétuelle de cette « élation » paradisiaque à jamais disparue.

Et voilà ce qu’est le désir. Désir de retour au sein mater­nel ou, plus exactement, au sentiment de complétude, de totalité, d’ataraxie vécue dans l’utérus. Ce fantasme de retour à la matrice est bien connu en psychanalyse. Dans Les Voies de la régression, Michaël Balint en parle ainsi : « Il ressort de l’étude de la régression dans la situation ana­lytique, que nous entretenons tous, le fantasme d’une har­monie primaire, qui nous reviendrait de droit, et qui aurait été détruite, soit par notre faute, ou celle d’autrui, ou par la cruauté du destin. Il est impossible d’obtenir une description de cet état, si ce n’est que tous nos désirs y seraient satisfaits et que nous ne ressentirions plus de manque.

« Cette harmonie constitue le thème de bon nombre de croyances religieuses et de contes de fées. Elle semble être la visée ultime de toute aspiration humaine, l’aspiration à une harmonie parfaite entre le sujet et son environnement, peut être plus ou moins approchée dans la vie sexuelle, en particulier dans l’orgasme et dans toutes les formes d’extase. Dans ces états, où il y a identité totale entre l’in­dividu et son environnement, entre le microcosme et le macrocosme, l’impossibilité d’arriver à en faire une des­cription correcte suggère qu’ils pourraient appartenir à une période où les mots n’existaient pas encore. »

Sandor Ferenczi, dans son ouvrage Thalassa, va aussi jusqu’à affirmer que tout homme, dans le rapport sexuel avec la femme, est porteur de ce fantasme de retour aqua­tique au corps maternel.

4 - Avènement du désir

Ainsi, ce manque et le désir qu’il génère sont à l’ori­gine même de notre avènement individuel, bien avant que les mots n’existent, bien avant notre possibilité de symbo­liser.

Le désir est donc muet, privé de parole. Il évoquera, pour nous, ce point de convergence que Georges Bataille appelle : la « continuité ». Cet essai régressif de retour à la fusion, c’est dans notre vie affective et surtout sexuelle que nous l’appréhendons avec la plus grande acuité. La jouissance est la recherche de l’extase, du grec ex-sîasis : hors de soi, c’est-à-dire, la fusion avec l’objet, la fusion avec l’autre. La jouissance originaire, celle de la béatitude fœtale est dans cette continuité.

L’autre, l’objet, dès qu’il intervient, introduit la discon­tinuité, qui est de l’ordre de la nature humaine, il introduit la différence, l’écart et donc le désir, et donc le plaisir, qui ne sont pas et ne seront jamais la jouissance originaire. La jouissance est un, le plaisir est deux et tend à revenir au un, autrement dit à la fusion, à l’identité à travers nos efforts inlassables. Bien entendu, le désir auquel je fais allu­sion ici est à différencier du désir érotique qui s’étaye sur une pulsion, donc sur le plan biologique.

Cette pulsion sexuelle et son correspondant psychique, le désir sexuel, peuvent prétendre à la satisfaction, mais le désir dont je parle ici, s’agissant de la Lune noire, s’instaure sur le manque originaire et ne saurait jamais dès lors être satis­fait. Il est cette quête insatiable, témoin de notre incomplétude ; il est cette béance comme l’appelait également Jac­ques Lacan, inéluctablement liée à notre condition humaine et vers laquelle converge tout ce qu’il peut y avoir eu en nous d’aspiration et d’angoisse.

5 - Un manque qui s'adresse à l’autre

Et c’est parce qu’il est vain de rechercher cette unité duelle en nous-mêmes que ce manque s’adresse à l’autre, à celui qui me fait face et en qui je place mon désir et mon espoir qu’il puisse combler cette vacance en mon âme. Tout désir est en effet désir de l’autre ou, comme l’énonce encore plus radicalement Hegel : « Tout désir est désir du désir de l’autre. »

Mais, si ce manque et ce désir insatiable sont toujours générateurs de souffrance, ils sont de surcroît garants de notre existence humaine. La Lune noire, le manque, le désir, c’est bien notre écartèlement entre la quête perpé­tuelle de la plénitude, mais c’est aussi la protection contre le risque mortel qu’il y aurait à y parvenir. La satisfaction de ce désir ne pourrait être sanctionnée que par la mort.

Dans son séminaire sur l’angoisse, Jacques Lacan évoque une fois encore le stade du miroir : lorsque l’enfant se voit dans le miroir et réalise que c’est lui, il intègre cette idée et, comme tout ce que l’on découvre pour la pre­mière fois, il la symbolise psychiquement.

Cependant, cette image ne peut pas être symbolisée totalement, ne serait-ce que parce que la gauche devient la droite et inver­sement. D’où un manque et c’est sur ce manque que va s’instaurer le désir de l’autre.

Ainsi, ce manque est structural pour l’enfant et pour l’homme qu’il sera demain : en effet, il participe à la struc­turation de sa psyché en lui permettant l’accès à l’imagi­naire et à l'altérité, à la réalité de l’autre. « L’angoisse, la mort, dit Lacan, c’est quand le manque vient à manquer. » Je traduis : « Lorsque l’on tue le désir. »

Et nous ne manquons pas d’exemples mythologiques, littéraires ou pathologiques, pour confirmer cette idée, que ce soient les drames de l’amour fou : Tristan et Iseut, Roméo et Juliette, ou bien les psychoses infantiles. Dans tous les cas, il est question de combler le manque. Et la mort, physique ou psychique, accompagne toujours ce « quelque chose » à la place du manque.

Ainsi la Lune noire est-elle ce point d’appel, source de nos aspirations les plus vitales : le désir d’apprendre, de créer, d’évoluer, d’être. C’est ce qui nous permet de vivre, tant que nous courons après ce qui peut combler le manque. En pure perte et, heureusement, car si nous y par­venions, se serait la mort. La Lune noire est ce non-lieu, ce non-dit, non dicible, non formulable, mais structurant, sans lequel nulle vie ne prendrait forme. Elle est donc ce vide dont parle Jean Carteret, ce « vide à vivre », ce désir d’être.

Toute notre vie va dépendre de la balance au-dessus de ce vide, entre manque et désir. Dans le meilleur des cas, le manque va susciter le désir, mais si le manque est trop fort, c’est la dépression, la mélancolie, qui a l’aspect de la mort et y conduit parfois.

Et puisque tout désir est désir de l’autre, nous sommes attirés par l’autre comme le papillon par la lumière. Mais l’autre, quelque effort que nous fas­sions pour le connaître, pour le rencontrer, sera toujours décevant, en ce qu’il échappera toujours à l’identité de notre désir qui s’affronte au sien. Heureusement, puisque cette fusion serait mortifère.

Vous voyez maintenant pourquoi j’évoquais plus haut l’aspect compulsif des comportements suscités par la Lune noire et le rapport étroit qu’elle entretient avec notre narcissisme. Ce que nous recherchons éperdument, c’est l’identité de nos désirs. Or, cette identité équivaudrait à la figure horrible du double. Quelles que soient nos angoisses existentielles, nous ne pouvons assumer notre vie et en jouir que si nous sommes singuliers, absolument singu­liers. Car le double c’est le monstre, c’est la mort, c’est l’image spéculaire de Narcisse fusionnant avec son propre reflet, jusqu’à en perdre la vie.

6 - La Lune noire ou l'expression du plus grand désir

Ainsi donc, l’endroit où se trouve la Lune noire dans un thème exprime la plus grande souffrance et le plus grand désir. C’est le point d’avidité maximale, l’origine de sa quête la plus intense, la source de ses investissements. Les prolongements en sont parfois heureux. Joëlle de Gravelaine remarquait elle-même combien était chargée la Lune noire des sujets s’intéressant profondément à la psycholo­gie ou à la psychanalyse.

Mais si justement la Lune noire angulaire se trouve souvent dans les thèmes d’analystes ou d’analysants, c’est parce que le désir est l’objet essentiel, unique, exclusif de la psychanalyse.

On trouvera également des Lunes noires très fortes dans les thèmes des sujets blessés, qui ont besoin de prendre une revanche sur cette faille narcissique. Ce sont des thèmes d’hommes et de femmes de pouvoir, pouvoir social, politique, financier, pouvoir qu’ils ont acquis pour combler cette amputation, par un formidable investisse­ment, un effort considérable, une tension extrême vers l’idéal du moi.

Parfois, l’organisation psychique, la force du moi, les moyens à disposition ne permettent pas cet élan de tout l’être vers le sublime et le grandiose, et alors, nous lisons dans les cartes du ciel des existences chaotiques, déla­brées, misérables, dans lesquelles les natifs répètent inlas­sablement le seul procédé qu’ils semblent connaître pour sortir de leur condition, et qui se révèle faux, inefficace, et toujours dangereux.

La Lune noire va ainsi provoquer des comportements contraires, diamétralement opposés. Il faut s’habituer à penser le contradictoire. Une même configuration peut faire le fou et le génie, l’imbécile et le savant. Elle peut donner une chose chez l’un et son contraire chez l’autre. Il y a peu de différence entre le normal et le pathologique. Le normal intègre mieux les matériaux, même l’angoisse.

C’est ce que nous allons voir dans les thèmes en étu­diant la Lune noire en signes et surtout en maisons. C’est là que nous verrons dans quel secteur de l’être elle est blessure et demande de réparation. Et ce sont les aspects qu’elle fait avec les autres facteurs du thème qui indiquent s’il y a possibilité de réparation et de quelle façon.

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Source : Philippe Granger - La Lune noire et les destins de Vénus.










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Pascal Patry
Praticien en psychothérapie
Astropsychologue
Psychanalyste

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