Les 12 sens de l'homme

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Les 12 sens de l'homme

Pascal Patry astrologue et thérapeute à Strasbourg 67000
Publié par Pascal Patry dans Anthroposophie · Jeudi 09 Mai 2024
Tags: Les12sensdel'homme:hommesensperceptioncinqsenssixièmesenstouchergoûtodoratouïevueintuitionressenticonscience.
Les douze sens de l’homme

Rudolf Steiner

Êtres universels et essence du Moi
Extrait de la 3e conférence faite à Berlin le 20 juin 1916 - [1]

Avant de devoir en venir aujourd’hui au sujet qui doit nous occuper, je veux sans plus tarder dire un mot de la perte immense, douloureuse, que nous avons éprouvée sur le plan physique ces jours-ci.

L’âme de Monsieur de Moltke a passé avant-hier le seuil de la mort.

Ce que cet homme était pour son peuple, le rôle éminent qu’il a joué dans des événe­ments majeurs et lourds de conséquences fatidiques que nous vivons, de même que l’élan profond, dé­terminant, puisé aux sources de l’expérience hu­maine, qui l’a poussé à agir, à œuvrer et l’a soutenu, à tout cela, d’autres auront d’abord la tâche de rendre hommage, c’est à l’histoire future qu’il appartiendra de le faire.

Il n’est de toute façon pas possible de donner aujourd’hui déjà une image parfaitement exhaustive de tout ce qui précisément concerne ces jours que nous vivons. Mais, vous l’aurez compris, il n’est pas question de parler ici et maintenant de ce que l’histoire et d’autres que moi diront, encore que celui qui vous parle ici soit convaincu au plus pro­fond de lui-même que l’histoire à venir aura beau­coup, beaucoup à dire sur cet homme en particulier.

Cependant, je me sens autorisé et tenu à dire ici certaines choses que j’ai devant l’âme en cet instant, à ceci près qu’il m’est nécessaire d’employer tel ou tel mot en lui donnant une résonance imagée plutôt que le sens propre, lequel n’apparaîtra, n’est-ce pas, que petit à petit.

Cet homme est là, devant mon âme, et son âme avec lui ; comme un symbole du temps présent, voire de l’avenir proche, un symbole de notre époque en marche, oui ; c’est vrai, un symbole de ce qui doit se produire et ne peut pas ne pas se produire, en un sens très réel, très vrai du terme.

Nous n’avons cessé de le dire et de le répéter : il ne s’agit pas, pour le bon plaisir de celui-ci ou de celui-là, d’incorporer à la civilisation du temps pré­sent ce que nous appelons la science de l’esprit ; cette science de l’esprit est aujourd’hui une nécessité, il n’y aura pas d’avenir possible si la substance de cette science de l’esprit ne peut se mêler au courant du devenir humain.

Et c’est là, mes chers amis, que doit apparaître maintenant à vos yeux le fait majeur, significatif, lorsque nous commémorons l’âme de Monsieur de Moltke.

Il était des nôtres et nous avions en lui un homme, une personne des plus efficaces, des plus actives, au premier plan de la vie publique d’aujourd’hui, cette vie qui a derrière elle tout un passé et qui connaît actuellement une des crises les plus graves que l’humanité ait eue à tra­verser au cours de son histoire connue, un homme qui participait à la conduite des armées, qui était au cœur des événements où prennent forme un présent et un avenir lourds pour nous de conséquences fati­diques.

Et en même temps nous avons en lui une âme, un homme, une personne qui était tout cela et qui, en quête de savoir, en quête de vérité, a été as­sise au milieu de nous, ici, emplie du besoin de con­naître le plus sacré, le plus fervent, ce besoin dont seules certaines âmes peuvent être animées au­jourd’hui. Voilà le tableau proposé à nos âmes.

Car c’est ce qui fait de l’âme de cette personne récemment pas­sée par la porte de la mort, indépendamment de tout ce qu’elle est par ailleurs au regard de l’histoire, un symbole historique de premier ordre.

Symbole histo­rique d’une signification et d’une portée profondes que cet homme, de ceux qui sont au premier rang de la vie publique, cette vie publique qu’il a servie tout en trouvant malgré tout le pont qui conduit à la vie de l’esprit et que l’on cherche en travaillant cette science de l’esprit ; voilà qui peut rendre notre âme réceptive à un souhait, mais un souhait qui n’est pas d’ordre personnel ; qui procède au contraire de l’urgence avec laquelle notre temps peut déposer en notre âme le sentiment d’un souhait à formuler : puissent-ils être nombreux à suivre son exemple et leurs rangs ne cesser de grossir, ceux qui sont dans sa situation !

En cela réside l’importance du modèle proposé à votre sentiment, à votre sensibilité. Si autour de vous on ne parle guère de ce fait, peu importe, le mieux c’est encore qu’on n’en parle pas du tout ; mais c’est une réalité et l’important n’est pas ce qu’on en dit, mais les effets qu’elle a.

Ce fait est une réalité de la vie de l’esprit. Car ce fait nous conduit à nous rendre à l’évidence : cette âme avait en elle la faculté de ressentir ce que les signes du temps ont exactement à dire. Puisse cette âme être suivie par beaucoup qui peut-être aujourd’hui, dans telle ou telle direction, sont encore très loin de ce que nous appelons ici science de l’esprit.

Tant il est vrai que ce qui coule dans ce courant de science de l’esprit qui est le nôtre et qui lui donne sa pulsation a reçu de cette âme l’exacte mesure de ce que nous avons pu lui donner. Et nous devrions en garder bonne mémoire, car j’en ai si souvent parlé ici. Cela veut dire que maintenant, à notre époque, entrent dans le monde spirituel des âmes qui portent en elles ce qu’elles ont appris ici de la science de l’esprit.

Si donc une âme plongée dans la vie la plus active passe la porte de la mort et se trouve désor­mais là-haut dans ce monde de clarté dont nous devons apprendre à connaître l’existence, si nous la savons là-haut, en d’autres termes si une âme comme celle-là passe la porte de la mort en appor­tant avec elle le fruit de notre recherche, cela de­vient, grâce à l’union contractée précisément avec une âme telle que celle-là, une force agissante d’une portée immense dans le monde spirituel.

Et les âmes ici présentes qui me comprennent en cet instant n’oublieront plus jamais ce que j’ai voulu dire ici à l’instant même du sens à donner au fait que cette âme emporte maintenant avec elle dans le monde spirituel ce qui des années durant a passé comme un courant à travers notre science de l’esprit et que cela prend dans ce monde force et efficacité.

Tout ceci ne peut avoir pour but, vous l’aurez compris, d’éliminer banalement en l’étouffant le chagrin que nous éprouvons d’avoir perdu sur le plan physique cet ami précieux. En pareil cas, dou­leur et chagrin sont justifiés. Mais douleur et chagrin n’acquièrent de grandeur et de poids et ne devien­nent eux-mêmes forces actives qu’à partir du mo­ment où les sous-tend une appréhension raisonnée de ce qui est à l’origine de cette douleur et de ce chagrin. Prenez par conséquent mes paroles comme l’expression de la douleur causée par cette perte sur le plan physique au peuple allemand et à l’humanité.

Une fois encore, mes chers amis, élevons nos âmes :

Esprit de ton âme, vigilant veilleur
Puissent tes ailes apporter
L’amour implorant de nos âmes
A l’hôte des sphères confié à ta garde
Afin qu’unie à ton pouvoir
Notre prière rayonne, secourable,
Pour cette âme qu’avec amour elle cherche.

Mes chers amis, ces derniers temps vous m’avez souvent entendu dire que la substance occulte dont on peut dire qu’elle accompagne le cours du devenir humain, l’évolution de l’humanité, a trouvé à s’exprimer publiquement - comme vous le savez, j’ai caractérisé plus précisément cette vulgarisation dans mes dernières conférences - et s’exprime au­jourd’hui déjà fréquemment de manière tout à fait publique dans toutes sortes de confréries ou d’associations plus ou moins occultes ou symboli­ques.

Nous vivons maintenant en un temps où il faut que les connaissances occultes que le monde spirituel peut nous livrer soient apportées à l’humanité sur un autre mode, celui que nous es­sayons de mettre en œuvre depuis des années, où les voies du passé sont en quelque sorte surannées.

Certes, les voies du passé vont encore se perpétuer quelque temps, mais elles sont sous certains rapports surannées. C’est un fait et la question est surtout de le comprendre de la bonne manière.

Or donc, vous vous rappelez qu’entre autres noms j’aime bien donner à notre science de l’esprit celui d’Anthroposophie et qu’il y a des années déjà j’ai donné en ce lieu même des conférences qu’à l’époque j’ai appelées conférences sur l’anthroposophie.

Lors de notre dernière étude, l’occasion m’a été donnée de faire allusion à ces conférences sur l’anthroposophie et plus précisé­ment à la façon dont j’avais souligné à l’époque que l’homme possède à vrai dire douze sens. La dernière fois, d’autre part, j’ai montré comment ce qui se diffuse sur toute la substance nerveuse de l’homme en liaison avec ses sens s’ordonne selon le nombre douze parce que tout bonnement l’homme, tout au moins quand on va vraiment au fond des choses, est un microcosme et reflète le macrocosme.

Douze constellations à travers lesquelles se déplace chaque année le soleil au-dehors dans le macrocosme - douze sens dans lesquels effectivement le moi de l’homme vit ici sur le plan physique !

Certes, la suc­cession dans le temps, là dehors, se présente un peu autrement : le soleil va du Bélier au Taureau et ainsi de suite pour revenir au Bélier en passant par les Poissons. Mais le cycle annuel du soleil traverse ces douze constellations. Tout ce que nous portons en nous, tout ce que nous vivons sur le plan de l’âme, est lié au monde extérieur par l’intermédiaire de nos douze sens.

Pour cette fois j’énumère ces douze sens : sens du toucher, sens de la vie, sens du mou­vement, sens de l’équilibre, odorat, goût, vue, sens de la chaleur, ouïe, sens de la parole, sens de la pen­sée, sens du moi. Notre vie psychique tout entière se meut à l’intérieur du cercle de ces douze sens qua­siment de la même façon que le soleil se meut à l’intérieur du cercle des constellations. Jusqu’ici la comparaison n’est qu’extérieure, mais elle va encore beaucoup plus loin.

Pensez donc, il faut que le soleil passe, au cours de l’année, du Bélier à la Balance, de même, tant qu’il fait jour, le soleil passe par les constellations supérieures et pendant la nuit par les constellations inférieures, c’est-à-dire que ce passage du soleil par les constellations inférieures reste avant tout caché à la lumière extérieure. Il en va de même pour la vie de l’âme humaine dans ces douze sens.

Les sens diurnes n’en constituent en fait qu’à peu près une moitié de même que pour moitié les cons­tellations ne sont que du jour, les autres étant de la nuit. Voyez-vous, nous pouvons sans nous tromper dire du toucher que dès l’abord il plonge l’homme dans la vie nocturne du psychisme ; car le toucher ne nous permet qu’une approche sensorielle incertaine et rudimentaire du monde extérieur.

Essayez donc un peu de vous expliquer comme est ténu le lien du toucher, d’une façon générale, avec la vie diurne de l’âme, c’est-à-dire avec un psychisme vraiment con­scient. Vous pourrez vous en convaincre en cons­tatant que vous n’avez pas de mal à vous souvenir des autres impressions sensorielles alors que, faites-en vous-mêmes l’essai, vous ne parvenez guère à garder le souvenir d’une impression tactile.

Essayez de vous rappeler l’impression que vous a laissée une étoffe prise en mains il y a des années, vous ne vous en souvenez guère, pas plus d’ailleurs que vous n’éprouvez le besoin de vous en souvenir. L’impression a tôt fait de se perdre en profondeur, comme la lumière du jour s’interrompt et s’abîme dans le crépuscule lorsque le soleil dans la constella­tion de la Balance s’enfonce dans la nuit, dans la région des constellations nocturnes.

Et les autres sens sont alors totalement cachés, aimerais-je dire, à la vie de l’âme ouverte, éveillée.

Le sens de la vie : il est très rare que la science of­ficielle, si tant est qu’elle s’occupe de l’âme, parle de ce sens de la vie. Vous savez bien qu’on ne parle d’habitude que des cinq sens, les sens du jour, de la conscience éveillée. Mais qu’importe, nous n’avons pas de raison de nous y arrêter.

Ce sens de la vie est celui qui nous permet de sentir notre vie en nous, mais seulement à vrai dire en cas de dysfonctionne­ment, lorsqu’il y a maladie, quand quelque chose nous afflige ou à plus forte raison nous fait mal ; le sens de la vie entre alors en jeu et nous avertit : Tu as mal ici ou bien là.

Quand la vie se porte bien, elle est enfouie dans les profondeurs, de même que la lumière est absente quand le soleil est dans le Scor­pion, donc quand il est dans une constellation noc­turne. Il en va de même pour le sens du mouvement. Car c’est lui qui nous permet de percevoir comment les choses se passent en nous du fait que nous met­tons quelque chose en mouvement.

La science offi­cielle commence à peine à parler de ce sens du mou­vement. Elle commence à peine à savoir que le mou­vement accompli par notre corps est perçu en fonction de la façon dont les articulations appuient les unes sur les autres - c’est parce que je courbe le doigt par exemple que telle face de l’articulation appuie sur l’autre. Nous marchons, mais nous mar­chons sans en avoir conscience.

La cause en est im­putable à un sens : la perception de la capacité de se mouvoir, fondue là encore dans la nuit de la con­science. Faites un pas de plus et prenez le sens de l’équilibre.

À vrai dire, nous ne nous en rendons maîtres que petit à petit dans la vie. Mais c’est sans y penser, parce qu’il repose dans la nuit de la cons­cience. L’enfant ne l’a pas encore ; il rampe sur le sol. Il faut commencer par l’acquérir. La science n’a découvert l’organe des sens qui préside au sens de l’équilibre que dans les dernières décennies. J’ai parlé des trois canaux semi-circulaires qui sont dans l’oreille et qui se dressent à la verticale à côté l’un de l’autre dans les trois directions de l’espace.

Leur arrive-t-il d’être endommagés, nous avons alors le vestige, en d’autres termes l’équilibre nous échappe. De même que pour l’ouïe nous avons l’oreille ex­terne, pour la vue l’œil, nous avons pour l’équilibre les trois canaux semi-circulaires qui ne sont liés à l’oreille que par un vertige d’affinité particulier entre le son et l’équilibre. Mais ils sont logés là, dans la cavité du rocher de l’oreille.

Ce sont trois demi-cer­cles formés de petits, de minuscules osselets. Mais il suffit qu’ils soient endommagés pour que c’en soit fait de la possibilité de garder l’équilibre. C’est pen­dant notre tendre enfance que nous acquérons la prédisposition nécessaire à ce sens de l’équilibre ; mais il est plongé dans la nuit de la conscience. Il passe inaperçu. C’est ici que l’aube commence à poindre et que la clarté entre dans la conscience.

N’oubliez pas ce­pendant que l’odorat et le goût - qui ne sont pas encore tout à fait sortis de l’obscurité, eux non plus - n’ont somme toute pas grand-chose à voir avec notre vie psychique au sens supérieur du terme. Pour pouvoir vivre pleinement dans l’odorat, il faut déjà plonger dans la vie du corps.

S’agissant du goût, la clarté commence déjà à se faire sérieusement en l’homme, les premières lueurs commencent à mon­ter à la conscience. Mais vous pouvez toujours faire l’expérience d’âme, si l’on peut dire, que je vous ai indiquée tout à l’heure pour le toucher : vous aurez du mal à vous rappeler ce que perçoivent l’odorat et le goût.

Et il faut que la vie psychique plonge da­vantage dans l’inconscient pour que se valorise un tant soit peu en quelque sorte pour la vie consciente de l’âme le sens de l’odorat. Vous savez peut-être à ce propos qu’il y a eu des compositeurs qui se sen­taient particulièrement inspirés en s’approchant d’un parfum qu’ils avaient respiré naguère lors d’une autre création musicale. Non pas que le parfum émerge à la mémoire, pas du tout : ce sont des mouvements d’âme analogues qui, en rapport avec l’odorat, émer­gent à la conscience claire. Le sens du goût, en revanche, … chez la plupart des gens des signes sé­rieux de clarté naissante.

Mais malgré tout la plupart des gens montrent que le sens du goût n’en est en­core qu’à ses toutes premières lueurs dans la vie de l’âme, pas encore au plein jour de la vie de l’âme ; car très peu de personnes se donnent pour satisfaites d’une impression purement psychique dans le do­maine du goût ; autrement il faudrait qu’après avoir trouvé excellent goût à quelque chose nous éprou­vions le même plaisir à nous en souvenir qu’à y goûter une seconde fois.

Et vous savez bien que pour la plupart des hommes les choses ne se passent pas ainsi. Ils en redemandent, ils ne se contentent pas du simple souvenir de ce qu’ils ont trouvé bon.

Mais voici que nous en arrivons, avec le sens de la vue, à la région où se lève le soleil de la cons­cience, nous en arrivons avec le sens de la vue à la conscience totalement éveillée. Le soleil s’élève de plus en plus. Il parvient au sens de la chaleur, au sens du son, du sens du son au sens du langage. Le soleil est à midi. Le midi de la vie psychique se situe entre le sens du son et le sens de la langue.

Puis viennent le sens de la pensée, le sens du moi. Le sens du moi n’est pas celui de son propre moi, mais bien entendu le sens de la perception du moi d’autrui - il s’agit bien de perception, donc de sens ! La cons­cience du moi, de son propre moi, c’est tout à fait autre chose. Je m’en suis expliqué alors dans les conférences sur l’anthroposophie.

En l’occurrence, il ne s’agit pas de connaître son propre moi, mais du face-à-face avec autrui qui dévoile ainsi son moi. La perception du moi d’autrui, tel est le sens du moi et non pas la perception de son propre moi. Ce sont là les douze sens devant lesquels apparaît pour ainsi dire la vie de l’âme chez l’homme, comme le soleil devant l’une ou l’autre des douze constella­tions selon le cas.

Vous y avez la preuve que l’homme est vraiment, dans toute l’acception du terme, un microcosme. Vis-à-vis de choses comme celle-là, notre science actuelle est encore souvent dans la plus parfaite ignorance. Notre science ac­tuelle veut bien admettre la validité du sens du son, mais pour le sens de la langue elle s’y refuse, indiffé­rente au fait que la parole au sens supérieur du terme ne pourrait jamais être comprise à l’aide du seul sens du son.

Il faut pour cela que s’y ajoute le sens de la langue, le sens du message qui s’exprime dans la parole.

Et le sens de la langue ne se confond pas non plus avec le sens de la pensée ni le sens de la pensée avec le sens du moi. Pour vous montrer comment notre époque se fourvoie sur le chapitre, permettez-moi de vous donner un exemple. Édouard vonHartmann, qui a vraiment poussé très loin la recher­che, commence son ouvrage Fondements de la psychologie de but en blanc par ces mots - qui pour lui semblent s’imposer à l’évidence - « La psychologie prend pour point de départ les phénomènes psychi­ques et, qui plus est, pour chacun les siens propres, puisque seuls ceux-ci lui sont donnés immédiate­ment et que personne n’a le pouvoir de regarder ce qui se passe dans la conscience d’un autre. »

Premiè­res phrases d’une science de l’âme sous la plume d’un des philosophes contemporains les plus mar­quants, et elles partent du principe qu’on nie l’existence du sens de la langue, de la pensée et du moi.

On ne les connaît pas. Et dire que voilà un cas où il faut que l’absurdité, oui, le comble de l’ineptie, prennent les couleurs de la science pour que l’on puisse nier les choses !

À moins de se laisser em­brouiller les idées par cette science, on n’a pourtant aucun mal à détecter l’erreur dans laquelle elle tombe. Car, dixit cette science de l’âme : tu ne peux pas voir dans l’âme de l’autre, tu ne sais d’elle que ce qui s’exprime à travers elle. Ainsi donc, on est censé interpréter l’âme d’autrui au travers de ce qu’elle ex­prime, vous imaginez ! Quand quelqu’un vous dit un mot affectueux, il faudrait d’abord l’interpréter ! Est-ce vrai ?

Non, ce n’est pas vrai ! Le mot affectueux a un effet immédiat, comme la couleur qui agit sur l’œil. Et l’amour qui vit dans une âme est porté en votre âme sur les ailes du mot de même que la cou­leur est portée en votre œil. On parle ici de percep­tion immédiate, il n’est pas question d’interprétation. Il faut d’abord l’ineptie de la science pour nous en­fermer dans notre égoïté et nous faire perdre de vue que, vivant au milieu de nos congénères - j’ai bien dit qu’avec le sens du moi, le sens de la pensée, le sens de la langue, c’est de cela qu’il s’agit - nous vivons au contact immédiat de leur âme.

Nous vi­vons avec les âmes des autres comme nous vivons avec les couleurs et avec les sons et celui qui ne le \ voit pas ne sait absolument rien de la vie de l’âme. Il importe avant tout de percer ces choses à jour, jus­tement. On vous explique aujourd’hui partout par A + B que toutes les impressions que nous recevons des autres n’ont qu’une valeur symbolique et s’interprètent à la lumière de la chose exprimée. Il n’y a rien de vrai là-dedans. Le moment est maintenant venu de former l’image devant votre âme : lever du soleil, apparition de la lumière, derechef coucher du soleil.

C’est l’image macrocosmique répondant au microcosme de la vie de l’âme qui se meut non pas par rotation cette fois, précisons-le, mais, comme le besoin s’en fait sentir pour la vie psychique de l’homme, à l’intérieur des douze constellations de la vie de l’âme, c’est-à-dire des douze sens.

Chaque fois que nous percevons le moi d’un autre, nous sommes du côté diurne du soleil de l’âme. Lorsque nous plongeons en nous-mêmes, nous sommes du côté nocturne de la vie de l’âme, nous percevrions notre équilibre intérieur, notre mouvement n’était que justement, c’est le côté nocturne.

Et vous ne trouverez plus tellement invraisemblable à ce stade que je vous dise : Tandis que l’homme traverse le temps entre la mort et une nouvelle naissance, prennent pour lui une importance toute particulière - parce qu’alors ils se spiritualisent - les sens qui sur terre se retirent à l’intérieur de lui, qui sur terre se couchent et ce sont les sens qui sur terre se lèvent qui tendent davantage vers le couchant.

De même que le soleil se lève, de même l’âme humaine se lève, aimerais-je dire, entre le sens du goût et le sens de la vue et se couche de nouveau dans la mort. Comme vous pouvez vous en convaincre d’après différents exposés que j’ai don­nés naguère et que vous pouvez retrouver en lisant les cycles de conférences, lorsque nous trouvons une âme dans le temps qui s’écoule entre la mort et une nouvelle naissance, nous la trouvons - il en est même déjà question dans ma Science de l’Occulte, vous le verrez - comme intimement unie à nous.

Nous percevons cette âme non pas dans un face-à-face extérieur avec elle et en recevant de l’extérieur l’impression de son moi, mais en étant unis à elle. Le sens du toucher se spiritualise alors entièrement.

Et ce qui sur terre reste subconscient, ténébreux pour­rais-je dire : sens de l’équilibre, sens du mouvement, tout cela une fois spiritualisé joue le plus important des rôles dans la vie entre la mort et une nouvelle naissance. Les choses sont ainsi faites que sur l’ensemble de la vie notre parcours est semblable à celui du soleil à travers les douze constellations.

Nous entrons dans notre vie, et la conscience que nous avons de nos sens se lève en quelque sorte auprès d’un des piliers de l’univers et se couche auprès de l’autre pilier. Nous passons devant ces piliers lorsqu’au firmament nous passons de la face nocturne à la face diurne en quelque sorte.

N’est-ce pas ce que cherchaient à dire, elles aussi, depuis toujours, ces sociétés occultes ou symboliques en appelant Hakim le pilier de la naissance devant lequel l’homme passe lorsqu’il entre dans la vie côté jour ? Ces piliers, il vous faut les chercher en dernière analyse au ciel.

Et ce qui, pendant la vie entre la mort et une nouvelle nais­sance, constitue le monde extérieur, ce sont les per­ceptions de l’organe du toucher étendues au monde entier, où au lieu de toucher nous sommes touchés, où nous sentons que les êtres spirituels sont partout en contact avec nous alors qu’ici-bas c’est nous qui sommes en contact avec ce qui n’est pas nous.

Pen­dant la vie entre la mort et une nouvelle naissance, nous vivons dans le mouvement de telle façon que nous ressentons ce mouvement comme si, ici-bas, un corpuscule sanguin ou un muscle ressentait son mouvement propre. Dans le macrocosme, nous nous sentons nous mouvoir entre la mort et une nouvelle naissance, nous ressentons l’équilibre et nous nous ressentons comme faisant partie de la vie du tout.

Ici-bas, notre vie est confinée dans notre peau, mais là-bas nous nous sentons inclus dans la vie du tout et nous nous sentons en toutes circons­tances nous apporter à nous-mêmes notre équilibre. Ici, la gravitation de la terre et la constitution spéci­fique de notre corps nous donnent l’équilibre et en règle générale à vrai dire nous n’en savons rien. Dans la vie entre la mort et une nouvelle naissance, nous ressentons à tout moment l’équilibre.

C’est là une impression immédiate, l’autre côté de la vie de l’âme. L’homme passe par Hakim pour entrer dans la vie terrestre, avec la garantie que lui donne Ha­kim : ce qui est au-dehors dans le macrocosme vit maintenant en toi, te voilà devenu microcosme, car c’est cela le sens du mot Hakim : en toi le divin ré­pandu sur le monde. Boas est l’autre pilier : l’entrée dans le monde spi­rituel par la mort.

Ce qui se résume dans le mot Boas, c’est à peu près ceci : ce que j’ai cherché jusqu’ici en moi, la force, je vais la trouver répandue sur le monde entier, en elle je vais vivre. Mais ce sont des choses qu’on ne comprend pas à moins de les pénétrer grâce à la connaissance spirituelle.

Dans les confréries symboliques, on y fait allusion au moyen de symboles. On y fait davantage allusion dans notre cinquième période de culture post-atlantéenne, afin qu’elles ne soient pas totalement per­dues pour l’humanité, afin que plus tard il puisse encore venir des hommes qui à leur tour compren­dront ce qui se conserve selon la parole. Mais voyez-vous, tout ce qui se vit extérieure­ment dans notre monde est aussi le corollaire de ce qui existe au-dehors dans le macrocosme.

De même que notre vie de l’âme est un microcosme au sens où je vous l’ai indiqué, de même la vie de l’âme de l’humanité se forme en celle-ci à partir du macro­cosme en quelque sorte. Et il importe beaucoup pour notre époque que soient livrées à notre histoire les deux répliques des piliers jumeaux dont j’ai parlé.

Ces deux piliers ne présentent chacun qu’un côté de la vie, car il n’y a vie que dans une situation d’équilibre entre les deux. Jakim n’est pas la vie - car c’est le passage de l’esprit à la chair - pas plus que Boas, car c’est le passage de la chair à l’esprit. Tout est dans l’équilibre.

Et c’est ce que les hommes ont tant de mal à comprendre. Les hommes cherchent toujours un côté, toujours l’extrême, ils ne cherchent pas l’équilibre. C’est pourquoi deux piliers restent véritablement dressés en quelque sorte pour notre époque également, mais si nous comprenons cor­rectement notre époque, il nous faut passer au milieu et ne donner ni d’un pilier ni de l’autre une inter­prétation fantaisiste qui en ferait la force de base de l’humanité, mais passer en plein milieu !

Une chose est certaine, il faut vraiment saisir ce qu’il en est dans la réalité au lieu de traîner son apathie dans cette vie d’où la pensée est absente et où se traîne le matéria­lisme actuel. Si vous cherchez aujourd’hui le pilier Hakim, vous le trouverez chez un de nos très émi­nents contemporains ; il est mort, il n’est plus de ce monde, mais le pilier est bien là : il est présent dans le tolstoïsme.

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Source : Êtres universels et essence du Moi - GA 169

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Note :

[1] - Au sujet de ses publications privées, Rudolf Steiner s’exprime de la manière suivante dans son auto­biographie « Mein Lebensgang » (chapitre 35 et 36, mars 1925) :

"Le contenu de ces publications était destiné à la communication orale, non à l’impression. Il n’y est rien dit qui ne soit le résultat de l’anthroposophie, qui est en train de s’édifier. Le lecteur de ces publications privées peut pleinement les considérer comme une expression de l’anthroposophie [...] C’est pourquoi on a pu sans scrupule déroger à l’usage établi qui consistait à ré­server ces textes aux membres. Il faudra seulement s’accommoder au fait que dans ces sténogrammes, que je n’ai pas revus, il se trouve des erreurs".

"On ne reconnaît la capacité de juger le contenu d’une telle publication privée qu’à celui qui remplit les conditions préalables à un tel jugement. Pour la plupart de ces publications figurent, au moins parmi ces conditions, la connaissance de l’enseignement anthroposophique sur l’homme et le cosmos et celle de l’histoire selon l’anthroposophie, telle qu’elle dé­coule des communications provenant du monde de l’esprit".



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Pascal Patry
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